Les discussions entre plusieurs grandes capitales européennes sur la réforme du service diplomatique de l’UE s’intensifient.
La cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a pris la défense de son propre service des Affaires étrangères dans un courriel interne consulté par Euronews, alors que les discussions s’intensifient entre plusieurs grandes capitales européennes sur la réforme du service diplomatique de l’Union.
Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et le rôle du haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité font l’objet d’un examen de plus en plus poussé, les gouvernements de l’UE cherchant à rendre la politique étrangère du bloc plus agile dans un contexte international de plus en plus volatil.
Paris mène la réflexion sur ce à quoi pourrait ressembler une refonte du service diplomatique de l’UE, en faisant circuler un document de travail présentant plusieurs pistes de réforme. Certaines propositions réduiraient les pouvoirs du haut représentant, poste actuellement occupé par Kallas, tandis qu’une autre renforcerait son autorité dans des domaines clés.
"La relation entre le SEAE, la Commission et les États membres est débattue depuis la création du service. Face aux défis géopolitiques sans précédent auxquels nous sommes confrontés, il est naturel que ces discussions suscitent un regain d’attention et gagnent en intensité", écrit Kaja Kallas dans ce courriel interne.
Le document porté par la France présente trois scénarios possibles. Dans le premier, le rôle du haut représentant serait largement dilué, des compétences essentielles en matière de politique étrangère étant transférées à la Commission européenne. Ce scénario constituerait une victoire majeure pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui intervient de plus en plus souvent sur les affaires extérieures et les crises internationales, qualifiant son approche de "Commission géopolitique".
Le deuxième scénario confierait un rôle renforcé à l’action diplomatique de l’UE au Conseil européen, ce qui donnerait aux États membres un rôle plus opérationnel dans la conduite des relations extérieures, au-delà de la seule définition de l’orientation politique. Dans les deux premiers cas de figure, le rôle du haut représentant serait considérablement amoindri.
Une troisième option, cependant, irait à rebours, en renforçant la fonction de chef de la diplomatie de l’UE par un droit de regard accru sur des portefeuilles clés détenus par des commissaires européens dans des domaines qui, tout en relevant formellement d’autres politiques que les affaires étrangères, ont d’importantes implications géopolitiques, comme le commerce.
Dans son courriel privé au personnel, également consulté par Euronews, Kaja Kallas rejette la perspective d’un affaiblissement du poste de haut représentant/vice‑président, en soulignant que "les rôles et les responsabilités des institutions de l’UE sont clairement définis dans les traités. Ce cadre reste inchangé".
"La relation entre les institutions de l’UE a toujours été débattue, et elle continuera de l’être, comme il se doit. Mais certains ne devraient pas brûler les étapes : toute réforme institutionnelle d’ampleur nécessiterait une révision des traités de l’UE, ce qui n’est pas sérieusement envisagé à ce stade", a indiqué un responsable européen à Euronews.
Un deuxième responsable européen a précisé que l’idée de revoir le service pour l’action extérieure circulait depuis un certain temps dans les milieux diplomatiques, mais qu’elle a gagné en traction depuis que le SEAE a récemment ouvert le poste de secrétaire général, ce qui s’apparente à un intérim institutionnel.
Toute éventuelle réorganisation du service diplomatique de l’UE serait inévitablement liée aux négociations en cours sur le prochain budget pluriannuel de l’Union, même si les diplomates jugent peu réaliste qu’une réforme d’ampleur voie le jour avant la prochaine législature.
Le SEAE travaille aussi à son propre document d’options. Une première discussion au niveau ministériel est attendue lors de la prochaine réunion informelle du Conseil des affaires étrangères, en Irlande, le 2 septembre. Kaja Kallas doit rencontrer vendredi le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean‑Noël Barrot, lors d’un rendez-vous programmé avant la divulgation du document, en marge d’une conférence sur la solution à deux États organisée par la France.
Peggy Corlin et Maia de la Baume ont contribué à cet article.