Budget européen: les gouvernements de l’UE négocient 2 000 milliards d’euros sur sept ans, entre États frugaux et défenseurs de l’agriculture
L'Union européenne entre dans une phase délicate de négociations sur son budget à long terme, alors que les États membres sont divisés sur le niveau des dépenses et les secteurs à privilégier, à l'approche de discussions clés lors d'un sommet à Bruxelles vendredi.
Les États membres doivent trouver un équilibre délicat autour de ce budget de 2 000 milliards d'euros, un groupe de pays contributeurs nets emmenés par l'Allemagne et les Pays-Bas poussant pour de fortes coupes dans les dépenses totales, au grand dam des États d'Europe du Sud et de l'Est qui craignent que le financement de secteurs comme l'agriculture ne soit sacrifié au profit de dépenses de défense accrues.
Si l'agriculture et la politique de cohésion restent les principaux postes de dépenses, leur part reculerait nettement, passant d'environ 60 % du budget actuel à 44 % dans le cadre proposé par la Commission pour la période 2028-2034.
Fin mai, un groupe de 16 pays a signé un document réclamant une hausse des crédits agricoles et régionaux, se présentant comme les « Amis de la cohésion ».
Les signataires étaient la Bulgarie, la Croatie, l'Estonie, la Grèce, l'Italie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Roumanie, la Slovénie, la Slovaquie, l'Espagne et la Hongrie.
Les « pays frugaux », à savoir l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, la Finlande et l'Autriche, jugent qu'une hausse des dépenses est exclue.
Dans un texte révisé présenté la semaine dernière, les autorités chypriotes, qui président actuellement les discussions entre États membres, ont proposé une réduction de 32,8 milliards d'euros sur l'enveloppe globale de 2 000 milliards, présentée comme un compromis entre les Amis de la cohésion et les pays frugaux. Les dirigeants de l'UE entameront leurs discussions sur la base de cette proposition chypriote.
Parallèlement, le Parlement européen, colégislateur qui doit approuver le budget aux côtés des dirigeants, a rejeté la proposition chypriote, jugée insuffisante, en particulier pour l'agriculture et les fonds régionaux.
Recettes du budget et dette roulante
Le débat sur les modalités de financement du budget reste ouvert.
La présidence chypriote n'a pas inclus de nouvelles propositions sur les recettes dans son texte.
Dans sa proposition initiale, la Commission européenne avait prévu des recettes issues du système d'échange de quotas d'émission de l'UE (SEQE), du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), des déchets électroniques non collectés, des droits d'accise sur le tabac et d'un impôt sur les sociétés.
Au cours des négociations, le Parlement européen a proposé des sources de revenus supplémentaires. Selon plusieurs diplomates européens qui se sont confiés à Euronews sous couvert d'anonymat, les pistes qui suscitent le plus d'intérêt parmi les dirigeants incluent une taxe sur les jeux d'argent, un prélèvement numérique et un impôt sur les cryptoactifs.
Les pays frugaux restent toutefois réticents face aux mesures proposées en matière de recettes, en particulier la Suède. Ils estiment qu'étant parmi les États membres les plus riches de l'UE, ils supporteraient une part disproportionnée de la charge financière.
Dans le même temps, des pays comme l'Italie, la France et la Grèce proposent de rembourser NextGenerationEU en réémettant de la dette, un mécanisme connu sous le nom de dette roulante. Cette idée se heurte à une forte opposition de pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas, qui refusent toute nouvelle forme d'emprunt commun.
Les dirigeants européens visent un accord sur le budget d'ici la fin 2026. Les colégislateurs veulent éviter que les négociations ne débordent sur 2027, année de grandes échéances électorales dans plusieurs pays clés, dont la France, l'Italie et la Pologne.
Tout accord budgétaire devra recueillir l'unanimité des 27 États membres, ainsi que l'approbation du Parlement européen.