États-Unis et Canada en pourparlers de dernière minute pour éviter de nouveaux droits de douane dès mercredi, Trump menace d’imposer 50 % de taxes sur 20 milliards de dollars de produits canadiens.
À l'approche de l'échéance, Washington et Ottawa s'activent dans de dernières négociations visant à empêcher l'entrée en vigueur de droits d'importation de 50 % sur quelque 20 milliards de dollars (17,2 milliards d'euros) de produits canadiens, prévue à partir de mercredi, juste après minuit.
Ces mesures envisagées toucheraient un large éventail d'articles, des crosses de hockey aux abaisse-langue, si les deux parties ne parvenaient pas à un accord d'ici là.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a indiqué lundi à la presse que des discussions étaient en cours, les qualifiant de "très intenses et délicates", tout en refusant d'en dévoiler les détails publiquement.
Carney et Trump se sont entretenus par téléphone lundi après-midi, signe de la mobilisation de dernière minute. Les deux voisins ferraillent depuis des décennies autour du bois d'œuvre résineux et de l'accès au marché laitier, tout en demeurant des alliés indéfectibles.
Les 5 525 miles de frontière entre les deux pays restent sans défense militaire alors que près de 330 000 personnes et 2 milliards de dollars (1,72 milliard d'euros) de marchandises la franchissent chaque jour, et que plus de 800 000 Canadiens vivent aux États-Unis.
La ligne dure adoptée par le président américain Donald Trump marque un changement radical.
Trump a imposé des droits de douane pour rapatrier la production industrielle et a, à plusieurs reprises, évoqué l'idée que le Canada devienne "le 51e État".
Les Canadiens sont manifestement exaspérés. Une pétition demandant la révocation de l'ambassadeur américain Pete Hoekstra, un allié de Trump, a recueilli près de 218 000 signatures depuis le 21 juillet, l'accusant d'avoir banalisé la rhétorique de l'annexion.
Les deux camps cherchent une porte de sortie
L'an dernier, près de 72 % des exportations de biens du Canada étaient destinées aux États-Unis.
Les analystes estiment que Washington pourrait hésiter à imposer de nouveaux droits élevés, d'abord acquittés par les importateurs américains puis répercutés sur les consommateurs, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre, alors que les électeurs sont déjà mécontents du coût de la vie.
"Je ne crois pas que l'un ou l'autre camp souhaite réellement que ces tarifs entrent en vigueur", a déclaré Ryan Majerus, ancien responsable du commerce américain et associé au cabinet King & Spalding.
"Il y a une pression assez forte des deux côtés pour trouver une porte de sortie ici", a ajouté Majerus.
Les États-Unis poussent le Canada à acheter davantage de matériel militaire américain, notamment des avions de chasse F-35, à rejoindre le système de défense antimissile "Golden Dome" de Trump et à ouvrir un accès accru à ses minerais critiques afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Le Canada, de son côté, réclame un allègement des droits américains déjà en vigueur sur l'acier, l'aluminium et le bois d'œuvre résineux, que Washington juge indûment subventionnés.
Une loi de l'ère de la Dépression devient un nouveau levier
Le président américain Donald Trump s'est appuyé sur le Tariff Act de 1930, tristement célèbre pour avoir aggravé la Grande Dépression, pour justifier des prélèvements de 50 % au titre de la section 338.
Cette disposition, jamais utilisée jusqu'ici, permet à un président américain d'imposer des droits pouvant aller jusqu'à 50 % aux pays jugés discriminatoires envers les entreprises américaines, sans enquête préalable ni date d'expiration.
Trump dénonce une discrimination visant les voitures, l'alcool et le fromage américains et reste irrité par les mesures de rétorsion prises par le Canada (et par la Chine) en réponse à ses précédents droits de douane. Cette menace renforce aussi l'arme de négociation des États-Unis alors que l'accord commercial nord-américain, l'Accord États-Unis–Mexique–Canada, est en cours de renégociation.
"On ne peut pas le renégocier en pleine guerre commerciale massive", a relevé Christopher Gundermann, du Center for Strategic and International Studies. Mais la colère de l'opinion au pays pourrait contraindre Carney.
Le politologue Daniel Béland, de l'université McGill, a mis en garde, estimant que le Canada "ne peut pas donner l'impression de simplement céder", prévenant que des concessions unilatérales risquent de provoquer un vif retour de bâton et de faire passer un signal de faiblesse face à de futures pressions.
Le ministre canadien du Commerce, Dominic LeBlanc, a rencontré lundi le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, se bornant à déclarer que "le travail se poursuit".