Le propriétaire de X soutient Mario Roggero, condamné à 14 ans et 9 mois pour le meurtre de deux braqueurs en fuite, relançant le débat italien sur la légitime défense
« C’est fou ! Ce sont le juge et le procureur de cette affaire qui méritent cette condamnation. » Avec un post publié sur X, Elon Musk a pris position en faveur de Mario Roggero, le bijoutier détenu à la prison de Bollate après sa condamnation définitive à 14 ans et 9 mois de réclusion pour avoir tué deux braqueurs alors qu’ils prenaient la fuite après un braquage.
Le propriétaire de X, Tesla et SpaceX est intervenu en commentant le post d’un utilisateur qui, en retraçant l’affaire, affirmait que « désormais, en Europe, on est puni pour avoir défendu sa famille ».
Elon Musk a partagé ce message en y ajoutant son propre commentaire critique à l’égard de la décision de justice.
Le post de Musk a été relayé par son référent en Italie, Andrea Stroppa, qui a écrit qu’Elon Musk est « du côté de Mario Roggero ».
L’affaire Roggero
Mario Roggero, 72 ans, est propriétaire d’une bijouterie à Grinzane Cavour, dans la province de Cuneo. Le 28 avril 2021, après un braquage dans sa boutique, il a réagi en poursuivant les malfaiteurs qui s’éloignaient et a tiré sur eux avec un pistolet qu’il détenait légalement.
Deux des braqueurs, Giuseppe Mazzarino et Andrea Spinelli, sont morts, tandis que le troisième, Alessandro Modica, qui conduisait la voiture de la bande, a été blessé. Les trois étaient entrés dans la bijouterie armés d’un pistolet jouet et d’un couteau.
Selon la reconstitution des faits par les juges, Roggero a tiré plusieurs coups de feu sur la voiture des braqueurs alors qu’ils étaient en fuite. Dans les motifs de l’arrêt d’appel, on peut lire qu’au moment des tirs, « l’action agressive des braqueurs était totalement terminée ».
En première instance, la cour d’assises d’Asti l’avait condamné à 17 ans de réclusion, en reconnaissant certaines circonstances atténuantes mais en excluant la légitime défense.
Le 15 juillet, la Cour de cassation a rendu définitive la condamnation à 14 ans et 9 mois de réclusion, en rejetant le recours de la défense et en confirmant la demande présentée par le parquet général.
Vendredi 17 juillet, son épouse a officiellement déposé la demande de grâce. Dans l’après-midi de la même journée, le bijoutier s’est présenté à la prison de Bollate.
Les divisions politiques et la demande de grâce
La condamnation a provoqué de fortes tensions dans le paysage politique italien.
Dans la foulée de la condamnation, le vice-premier ministre et leader de la Ligue, Matteo Salvini a lancé une collecte de signatures parmi les députés et les sénateurs, contestant l’issue du jugement.
Salvini a publié sur les réseaux sociaux un appel au président de la République, Sergio Mattarella, afin qu’il accorde la grâce à Roggero.
« Je considère cette condamnation injuste », explique Salvini dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, en invitant à « faire circuler le message » pour « obtenir la grâce » pour « un travailleur honnête, un père, un grand-père qui, à 72 ans, ne mérite pas la prison ».
La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a elle aussi publiquement pris la défense de Roggero.
Dans une interview au Corriere della Sera le 19 juillet, la cheffe du gouvernement a qualifié la peine infligée à Roggero de « disproportionnée » et expliqué avoir demandé au ministre de la Justice Carlo Nordio de poursuivre l’instruction en vue d’une éventuelle grâce, en ajoutant qu’il faudrait prendre en compte « le stress et la peur ».
La cheffe du gouvernement avait déjà défendu cette position sur les réseaux sociaux, en reliant l’affaire au nouveau projet de loi Sécurité. Meloni explique que la norme introduite empêchera à l’avenir les criminels ou leurs proches de demander le remboursement des dommages subis lors de la commission d’un délit.
Le vice-premier ministre et leader de Forza Italia, Antonio Tajani, s’est lui aussi prononcé en faveur de la grâce.
Dans une interview au Corriere della Sera, Tajani a déclaré qu’il serait « favorable à un acte de clémence », en raison d’une « réaction disproportionnée, certainement pas lucide », de la part d’une personne qui toutefois « n’est pas un délinquant habituel ».