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Le ministre allemand de l’UE sur le budget européen : « Les marges sont limitées »

Gunther Krichbaum, ministre délégué aux Affaires européennes, lors d’un entretien avec Euronews à Berlin le 21 juillet 2026.
Gunther Krichbaum, secrétaire d'État aux Affaires européennes, lors d'un entretien avec Euronews à Berlin, le 21 juillet 2026. Tous droits réservés  Euronews
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Par Lena Roche
Publié le Mis à jour
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Pour le haut responsable allemand Gunther Krichbaum (CDU), ministre délégué à l’Europe, l’UE doit repenser son élargissement et son budget.

L’UE doit à nouveau s’agrandir, mais la manière d’y parvenir fait encore débat. Le chancelier fédéral Friedrich Merz reste attaché à sa proposition de créer un statut de membre associé de l’UE pour l’Ukraine, la Moldavie et les pays des Balkans occidentaux, à savoir l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine du Nord et la Serbie.

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Ses détracteurs dénoncent un « salon d’attente », voire une adhésion de seconde zone. Gunther Krichbaum leur rétorque qu’ils n’ont manifestement pas compris ce modèle.

Pour le ministre d’État chargé de l’Europe au ministère allemand des Affaires étrangères, il s’agit d’un engagement clair. Il explique : « Pourquoi ne pas offrir à ces pays, qui auraient alors le statut de membre associé – certes sans droit de vote –, la possibilité de participer aux séances du Parlement européen ? Cela ne nous coûterait pas un seul euro, pas un centime. »

Selon Krichbaum, ce serait aussi un signal clair adressé à la Chine, à la Russie et à d’autres pays, montrant que « ces États font partie de notre camp, celui de l’Union européenne ».

Les pays candidats à l’adhésion à l’UE auraient ainsi le sentiment d’être déjà un peu « membres du club », explique Krichbaum. Il juge essentiel de les rapprocher et de les intégrer.

Un nouveau système par étapes pour l’élargissement de l’UE

Sur ce point, il est en phase avec le chancelier fédéral allemand Friedrich Merz et son homologue français Emmanuel Macron, qui se sont prononcés début juin, lors du sommet UE–Balkans occidentaux au Monténégro, en faveur d’une accélération du processus.

Krichbaum réclame lui aussi plus de rapidité, mais estime que le moment est venu de s’interroger de manière critique sur la méthode d’adhésion.

Plusieurs aspects du modèle actuel ne lui conviennent plus : « Nous organisons les procédures d’adhésion comme une sorte de concours de saut en hauteur. La barre est fixée à 1,50 mètre : c’est ce qu’on appelle l’acquis communautaire, l’ensemble des règles juridiques, de l’arsenal normatif de l’Union européenne, placé à 1,50 mètre, et les pays sont censés franchir cette barre. En réalité, cet acquis communautaire ne se situe plus à 1,50 mètre mais à 2,10 mètres, car toutes les règles se sont durcies au cours des dix, vingt dernières années et de nouvelles réglementations sont venues s’y ajouter. »

Pour rappel, ce que l’on appelle l’« acquis communautaire » désigne l’ensemble du patrimoine juridique de l’Union européenne, c’est-à-dire toutes les lois, règles et obligations en vigueur qu’un pays candidat doit reprendre intégralement.

Selon Krichbaum, de nombreuses nouvelles règles ont été ajoutées, notamment en matière de protection des consommateurs et de l’environnement. L’ensemble n’a plus grand-chose à voir avec les standards d’autrefois. Or, pour les pays candidats, une barre à 1,50 mètre constituait déjà un sérieux défi. Pour lui, une chose est claire : « Nous devons sortir de cette logique de concours de saut en hauteur. »

Il propose donc une sorte d’escalier, un système par paliers, en soulignant qu’il ne s’agirait en aucun cas d’une impasse : « la destination finale, la gare terminus, reste et restera la pleine adhésion à l’Union européenne. »

Mais qu’en est-il du coût de l’élargissement de l’UE ? Les pays contributeurs nets peuvent-ils encore l’assumer ? Krichbaum juge cela supportable, puisqu’il s’agit de dépenses inscrites au budget, et rappelle que d’anciens pays bénéficiaires sont aujourd’hui devenus contributeurs.

La Pologne d’aujourd’hui n’a, par exemple, plus grand-chose à voir avec le pays qu’elle était au moment de son entrée dans l’UE. « L’économie polonaise est en plein essor », souligne Krichbaum.

Ce n’est toutefois pas le cas de tous les pays européens. Pour l’Allemagne, par exemple, les prévisions de croissance pour 2026 restent modestes. Cela a évidemment des répercussions sur sa relation avec Bruxelles. Krichbaum insiste sur le fait que les marges de manœuvre sont limitées et que les États membres de l’UE le ressentiront lors des négociations, encore très complexes, sur le cadre financier pluriannuel 2028-2034.

Nouvelles priorités pour le futur budget de l’UE

De fait, les pays déjà membres du « club européen » planchent actuellement sur le prochain budget de l’UE. L’enveloppe proposée par la Commission européenne s’élève à 1 700 milliards d’euros sur sept ans, explique Krichbaum. Berlin réclame une réduction drastique de 400 milliards d’euros.

Pour Krichbaum, la question centrale reste la répartition des fonds : où fixer les priorités ?

Il appelle à un changement de paradigme, voire à un nouveau départ : « Si nous devions réinventer aujourd’hui l’Union européenne et que nous avions, en théorie, un bouton “reset” sur lequel appuyer, nous ne commencerions pas par la politique agricole. C’était sans aucun doute le bon choix dans la seconde moitié du siècle dernier. Mais aujourd’hui, ce sont d’autres questions qui passent au premier plan : la sécurité, la défense, la cybersécurité, mais aussi l’espace, l’intelligence artificielle, la compétitivité. Autant de domaines dont nous pensons qu’ils seront la source de notre prospérité dans cinq, dix, quinze ou vingt ans. »

Il plaide pour un rééquilibrage des priorités et propose de regrouper la politique de cohésion et la politique agricole dans une même rubrique, en quelque sorte au sein d’un seul pilier.

Il reviendrait ensuite aux États membres de décider de la façon dont ils répartissent les moyens. L’agriculture resterait importante, mais l’accent devrait également être mis sur d’autres secteurs.

Là encore, comme pour l’élargissement de l’UE, la question de la rapidité est cruciale. Krichbaum espère qu’un accord pourra être trouvé sur le nouveau budget européen avant la fin de l’année.

Il explique : « C’est ce que j’espère pour de multiples raisons, car nous pouvons sans doute encore anticiper ce qui se passera d’ici la fin de l’année 2026. Mais je suis incapable de prédire tout ce qui arrivera en 2027, et un compromis pourrait alors devenir encore plus difficile. Autrement dit, la situation est déjà suffisamment complexe aujourd’hui. Je pense que nous avons tout intérêt à finaliser réellement les négociations sur le cadre financier pluriannuel d’ici la fin de cette année. »

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