Près de 130 000 hectares sont partis en fumée en quelques jours dans les incendies qui ravagent la France et l'Espagne. L'UE reconnaît être dépassée par la violence des phénomènes.
La Commission européenne estime que les capacités de lutte contre les incendies en Europe peinent à suivre le rythme de feux de forêt qui sont de plus en plus intenses en Espagne et en France.
"Ces incendies dépassent nos capacités", a reconnu, ce lundi 27 juillet, un responsable de la Commission, à propos des incendies dévastateurs qui ont déjà ravagé plus de 80 000 hectares en Espagne et près de 50 000 hectares en France. Ces derniers jours, plus de 320 000 personnes ont déjà été contraints de fuir leur logement face aux incendies toujours incontrôlables.
Malgré l’une des plus vastes opérations d’urgence jamais déployées par l’UE, des responsables de la Commission reconnaissent que l’Union est confrontée à des brasiers d’une ampleur inédite, qui progressent plus vite que les efforts de lutte ne peuvent les contenir. La crise met aussi en lumière la pression croissante qui pèse sur le système européen de protection civile et sa capacité à répondre à des catastrophes de grande ampleur.
La commissaire européenne à l’aide humanitaire et à la gestion des crises, Hadja Lahbib, a récemment reconnu dans les colonnes du Monde que le mécanisme de protection civile de l’Union est "sous pression", tout en assurant qu’"il fonctionne".
Davantage de prévention
Bruxelles s’emploie néanmoins à étoffer sa flotte de lutte aérienne contre les incendies pour de futures urgences et à renforcer les capacités d’intervention transfrontalière en cas de catastrophe. Des responsables européens ont reconnu, lundi, que le changement climatique allonge les saisons des feux de forêt et alimente des incendies de plus en plus violents, très différents de ceux observés il y a seulement quelques années.
Lors de l'incendie en Espagne, les flammes se sont propagées à une vitesse estimée à environ six kilomètres par heure, distançant largement les pompiers au sol, qui ne pouvaient progresser et contenir le brasier qu’à quelque 300 mètres par heure.
Le responsable de la Commission a estimé que la réponse aux incendies ne pouvait pas être la seule solution, l’Europe devant investir beaucoup plus dans la prévention des feux plutôt que de compter sur des interventions d’urgence de plus en plus coûteuses.
Ces propos reconnaissent que le modèle européen de protection civile, qui repose sur le partage d’avions, d’équipements et de personnel entre États membres en cas d’urgence, est soumis à des pressions croissantes, plusieurs pays devant lutter simultanément contre de grands feux de forêt.
Avions et hélicoptères déployés
La Commission a mobilisé sept avions et quatre hélicoptères pour la France, six avions et trois équipes terrestres de lutte contre les incendies pour l’Espagne, tout en apportant un soutien à la Tunisie via le mécanisme de protection civile de l’UE, son principal outil de réponse d’urgence.
Cinq avions bombardiers d’eau en provenance du Canada ont également été déployés dans les deux pays. "Deux hélicoptères doivent être déployés prochainement d’Allemagne vers l’Espagne. Deux avions supplémentaires sont également attendus depuis la Turquie", a indiqué la Commission.
Plus de 770 pompiers issus de quatorze pays ont également été prépositionnés dans le sud de l’Europe pour l’été.
Les responsables ont toutefois souligné que Bruxelles ne peut pas simplement mobiliser l’ensemble de sa flotte de lutte contre les incendies, rappelant que les appareils restent la propriété de chaque États membres, dont beaucoup affrontent en même temps de graves feux sur leur propre territoire. Ils ont également noté que les contraintes opérationnelles font que tous les avions ne sont pas adaptés à tous les types de feux ou de terrains.
Alors que l’UE cherche des avions et des hélicoptères de lutte contre les incendies supplémentaires, plus de 100 000 hectares de terres sont en feu et des milliers de familles sont contraintes d’évacuer. Dans le même temps, plusieurs hélicoptères russes de lutte contre les incendies restent cloués au sol en Espagne en raison des sanctions européennes introduites en mars 2022.
Interrogée par Euronews sur la possibilité d’envisager une dérogation temporaire pour permettre l’utilisation de ces appareils, compte tenu de l’ampleur et de la gravité des incendies en cours, la Commission n’avait pas répondu au moment de la publication.
Le mécanisme de protection civile de l’UE mis à l’épreuve
Le principal mécanisme de réponse d’urgence de l’Union est soumis à des pressions croissantes alors que des catastrophes liées au climat frappent simultanément différentes régions d’Europe, et les responsables préviennent que la tension sur le système devrait encore s’accentuer dans les années à venir.
Selon la Commission, la saison des feux de forêt a commencé exceptionnellement tôt cette année, avec une première activation du mécanisme de protection civile de l’UE dès la fin avril. Les responsables avertissent que la saison pourrait désormais se prolonger jusqu’en octobre, voire novembre.
"Nous avons entamé la saison des incendies plus tôt que l’an dernier", a ajouté le responsable de la Commission. "Fin mai, le problème était des feux atteignant des centaines d’hectares. En juin, ils atteignaient des milliers. Aujourd’hui, nous comptons des incendies en dizaines de milliers d’hectares."
La Commission tente de renforcer ses capacités à long terme en acquérant une flotte européenne permanente de douze Canadair et de cinq hélicoptères. Mais les livraisons ne seront achevées qu’en 2030, laissant l’Union dépendante des moyens aériens nationaux pendant encore plusieurs étés.
Bruxelles a également renforcé son Centre de coordination de la réaction d’urgence en y intégrant des analystes spécialisés dans le comportement des feux de forêt, capables de modéliser leur évolution probable afin de permettre aux autorités de prépositionner les moyens avant que la situation ne se dégrade.
Les responsables répètent toutefois que la technologie et des avions supplémentaires ne suffiront pas à régler le problème.
"Ce que nous préconisons, c’est une approche de gestion intégrée", a déclaré un deuxième responsable de la Commission, en soulignant la nécessité d’une meilleure gestion forestière, notamment en réduisant la végétation combustible dans les forêts et les paysages.
Les responsables européens ont également souligné à quel point l’adaptation au climat devient indissociable de la politique de protection civile. Après des vagues de chaleur successives qui ont desséché la végétation dans tout le sud de l’Europe, ils indiquent que les conditions d’incendie dépassent désormais systématiquement les normes historiques et mettent en garde contre la propagation prévue d’un danger extrême de feu vers la Grèce.
Sans aller jusqu’à prédire si 2026 surpassera la saison record de feux de forêt de l’an dernier, la Commission reconnaît que l’activité est déjà supérieure aux tendances observées jusqu’à présent.