Faute de candidats présentés par les partis de l’opposition hongroise, l’issue du vote secret ne faisait aucun doute. Dans son premier discours de président, le juriste a souligné que le résultat des élections d’avril, à lui seul, n’avait pas rétabli l’État de droit.
Au début de la procédure, le président du Parlement chargé de diriger les débats a clarifié les conditions et les modalités de la nomination, puis a présenté la biographie de l'unique candidat pouvant être élu. Les députés se sont ensuite retirés pour un vote à bulletin secret.
Selon le résultat contrôlé, confirmé et proclamé, le Parlement hongrois a confié à András Baka la fonction de chef de l'État, avec 140 voix pour.
Le nouveau président prendra ses fonctions dans quelques jours, le 19 août.
Avant et après le vote, le principal parti d'opposition, le Fidesz, a réaffirmé qu'il considérait l'élection présidentielle comme illégitime et qu'il continuait de reconnaître l'ancien président démissionnaire, Tamás Sulyok, comme chef de l'État. Il promet de revenir immédiatement sur cette situation en cas de retour au pouvoir. Cette position relève toutefois davantage du message politique que d'une réalité pratique, car il existe des situations où les relations entre le chef de l'État et les partis sont inévitables et nécessaires du point de vue de la nation.
Le discours d'investiture a porté sur les crises
Sans citer ni le président élu, ni les partis, ni les dirigeants, il a décrit la situation préoccupante de la société hongroise, évoquant les injustices politiques et économiques, la forte polarisation et plusieurs autres signes de crise. Selon lui, les illégalités commises doivent être examinées et tranchées dans des procédures conformes au droit.
Baka a souligné que le président de la République doit défendre la diversité, le droit à l'expression de points de vue opposés, sans que les divergences de vues soient tranchées par la force. Par le passé, un mode de gouvernance par décret contournant le Parlement s'est instauré, les freins et contrepoids ont disparu, et une telle situation ne doit plus jamais se reproduire.
L'ordre constitutionnel doit fixer les limites du pouvoir public, qu'aucune force politique ne peut franchir. La stabilité d'une Constitution tient au fait qu'elle est acceptée par la société. D'où la nécessité d'un vaste débat social et d'une réflexion approfondie sur les bornes du pouvoir. Le président y joue un rôle important, en étant à même de défendre les droits et les instruments de l'indépendance.
Le président n'a pas le pouvoir de résoudre lui-même les problèmes, mais il a un rôle important pour signaler et porter les intérêts du plus grand nombre de groupes vulnérables.
Baka a insisté sur l'importance de la place du pays en Europe et sur la protection des communautés nationales au-delà des frontières, qu'il entend également servir. Le droit offre rarement des solutions parfaites, mais il permet de régler les différends de manière équitable.
"L'État n'existe pas pour lui-même, mais pour l'être humain", a conclu le président élu dans son discours d'investiture.
Une période de transition de plusieurs mois a pris fin
Dans son discours de victoire prononcé le soir des élections, le 12 avril, le Premier ministre Péter Magyar a clairement indiqué qu'il entendait évincer de leurs fonctions les dirigeants nommés par le précédent gouvernement, à commencer par le président de la République, Tamás Sulyok. Le gouvernement Tisza a accordé un délai de 30 jours aux responsables concernés pour qu'ils démissionnent d'eux-mêmes, mais Sulyok s'y est refusé.
Le gouvernement a finalement résolu la question de la mise à l'écart de l'ancien chef de l'État en modifiant la loi fondamentale, en y inscrivant la fin du mandat du président de la République. Sulyok a signé cette loi quelques jours après son adoption par le Parlement, mettant ainsi un terme à son mandat présidentiel.
Le groupe parlementaire Tisza a consulté plus de dix candidats potentiels avant de désigner samedi András Baka comme candidat à la présidence. Auparavant, le Premier ministre Péter Magyar avait proposé la joueuse d'échecs la plus titrée de l'histoire, la grande maître Judit Polgár, pour la fonction de présidente de la République, mais celle-ci avait décliné la proposition.