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La Lettonie veut taxer à 300 % les céréales venues de Russie et du Bélarus

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Photo d'illustration Tous droits réservés  Copyright 2023 The Associated Press. All rights reserved
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Par Александра Ягодкина
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Les principales routes d’exportation de céréales russes en mer Noire et en mer d’Azov sont bloquées par les frappes ukrainiennes, et Moscou risque aussi de perdre une voie alternative via les pays baltes.

Le gouvernement letton prévoit d'imposer un droit de douane de 300 % sur les cargaisons de céréales en provenance de Russie et du Bélarus, ainsi que sur leur transformation. Le Premier ministre du pays, Andris Kulbergs, l'a annoncé. Selon ses déclarations, citées par la presse lettone, "la Russie cherche à augmenter ses exportations de céréales tout en limitant les possibilités de l'Ukraine d'utiliser le corridor de la mer Noire pour ses livraisons".

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Depuis le début de son invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022, la Russie bombarde régulièrement les ports ukrainiens situés sur cet itinéraire. Dans le même temps, ces dernières années, elle exporte ses propres céréales via les territoires ukrainiens méridionaux occupés et les ports des mers d'Azov et Noire, ainsi que le grain produit sur ces territoires.

Les autorités lettonnes ont également annoncé mardi le renforcement des contrôles sur les cargaisons en transit et l'élaboration d'un mécanisme pour détecter les céréales volées provenant des régions d'Ukraine occupées par l'armée russe. À cette fin, la Lettonie entend intensifier sa coopération avec les experts et les laboratoires ukrainiens.

Ces mesures répondent à la volonté du pays balte "d'empêcher la Russie d'utiliser les infrastructures de la région", a précisé Kulbergs. Il a souligné qu'il fallait pour cela élaborer une position commune avec l'Estonie et la Lituanie.

Le chef du gouvernement letton a indiqué avoir discuté de la question avec son homologue estonien et qu'il prévoit de faire de même avec son homologue lituanien.

Ces derniers jours, selon les médias, Riga et Vilnius ont commencé à envisager un embargo total sur le transport de céréales russes via leurs ports. Le parti "Union nationale", membre de la coalition au pouvoir en Lettonie, a indiqué préparer des amendements correspondants à la loi sur l'agriculture.

"L'exportation de céréales russes en utilisant l'infrastructure lituanienne est contraire à nos valeurs", a déclaré mardi le Premier ministre lituanien Mindaugas Sinkevičius.

Il a ajouté que les restrictions au transit entre le territoire principal de la Russie et son exclave, la région de Kaliningrad, via la Lituanie, ne s'appliqueront pas.

Après la crise des carburants — la crise des céréales

Ces derniers mois, la Russie a fortement accru les volumes de transport de céréales par la route baltique. La raison en est de graves perturbations dans le fonctionnement des terminaux portuaires des mers d'Azov et Noire, provoquées par des attaques de drones. L'Ukraine les a multipliées ces derniers mois en réponse aux frappes massives quotidiennes des forces armées russes sur son territoire, y compris sur des infrastructures civiles critiques pour la vie des Ukrainiens.

Jusqu'ici, près de 90 % des exportations maritimes russes de céréales (46,3 millions de tonnes en 2025) passaient par les routes de la mer Noire et de la mer d'Azov. Dans le même temps, les ports russes de la mer Baltique n'ont expédié qu'un million de tonnes.

Fin août, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que, cette année, "le potentiel d'exportation sera d'au moins 60 millions de tonnes". Il a promis que "toutes les mesures nécessaires pour exporter le grain" seraient prises, reconnaissant de fait un problème d'excédent.

Dans le même temps, les autorités russes assurent que le volume des ventes de produits agricoles locaux sur le marché mondial reste important et que le grain est demandé, surtout dans les pays du Moyen-Orient et d'Afrique. S'y ajoutent certains États d'Amérique latine, ainsi que la Chine et le Kazakhstan, qui ont augmenté leurs achats cette année.

Mais l'infrastructure logistique des principaux hubs d'exportation du sud de la Russie — notamment Novorossiisk, Touapsé et Taman — est gravement endommagée. Cela a déjà entraîné la pertede 80 % des capacités russes d'exportation de céréales.

Moscou cherche donc à mettre en place des itinéraires alternatifs. À ce stade, l'itinéraire baltique est devenu le principal pour la Russie, même s'il ne remplace pas entièrement les voies traditionnelles. Selon les estimations de l'Union russe des céréales (RZS), cette saison, le volume des exportations de grain via les ports lettons et lituaniens doit atteindre entre cinq et six millions de tonnes et, si les ports estoniens restent disponibles, jusqu'à 10 millions.

Une telle capacité de transit reste manifestement insuffisante pour écouler les céréales qui s'accumulent dans les entrepôts, d'autant que le transport sur ces axes coûte plus cher que par la route du sud.

L'excédent de céréales russes continue entre-temps de croître. Selon les données de l'Union russe des céréales, entre le 1er et le 20 août, la Russie a expédié à la vente environ 1,4 million de tonnes, soit 2,5 fois moins que sur la même période de l'an dernier. Selon les prévisions, en septembre, les exportations tomberont à leur plus bas niveau depuis 2010.

En conséquence, les prix sur le marché intérieur baissent et les agriculteurs comme les entreprises agricoles essuient des pertes. La crise des céréales est nourrie également par la crise des carburants. Au Kremlin, on promet de soutenir le secteur agricole grâce à des avantages et des subventions financés par le budget de l'État, dont le déficit augmente en raison de dépenses se chiffrant en milliards pour la guerre en Ukraine.

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