La plupart des pays européens ont amélioré l’accès aux dossiers médicaux électroniques. Mais des progrès restent nécessaires, et la faible culture numérique en santé dans certains États demeure un défi majeur.
Les services de santé numériques prennent une importance croissante dans toute l'Europe. La pandémie de Covid-19 a poussé de nombreux pays à lancer ou développer les consultations à distance. Depuis, les téléconsultations n'ont cessé de se développer.
L'accès aux dossiers médicaux électroniques et les compétences numériques en matière de santé sont au cœur de la transformation numérique des systèmes de santé. Les dossiers permettent des soins plus rapides, plus sûrs, de meilleure qualité et mieux coordonnés. Les compétences numériques garantissent que chacun puisse accéder aux informations et services de santé, les comprendre et les utiliser en toute confiance.
L'Union européenne (UE) s'est fixé un objectif en matière de santé numérique. D'ici 2030, 100 % des citoyens de l'UE devraient avoir accès à leur dossier médical électronique.
Toutefois, les niveaux varient fortement en Europe. Quels sont donc les pays les plus avancés en matière d'accès aux dossiers médicaux électroniques ? Et dans quelle mesure les Européens sont-ils à l'aise pour gérer leur santé en ligne ?
Selon le rapport final « Digital Decade 2025: eHealth Indicator Study-Final Report » de la Commission européenne, l'accès aux dossiers médicaux électroniques (EHR) dans l'UE a atteint 83 % en 2024. Cet indicateur, appelé aussi indice composite de santé numérique, utilise 100 % pour représenter une pleine maturité et un accès complet des citoyens aux données de leur dossier médical électronique.
Le score a augmenté de quatre points de pourcentage, passant de 79 % en 2023 à 83 %, et de 11 points par rapport aux 72 % enregistrés en 2022.
L'Irlande en queue de peloton
Parmi 29 pays européens, dont les 27 États membres de l'UE ainsi que la Norvège et l'Islande, le score EHR va de 25 % en Irlande à 100 % en Belgique et en Estonie. Le deuxième score le plus bas est de 65 % aux Pays-Bas, ce qui fait de l'Irlande une exception.
Le Danemark (98 %), la Lituanie (95 %), Malte (94 %), la Pologne (92 %) et la Norvège (91 %) figurent également parmi les meilleurs élèves. Tous affichent un score supérieur à 90 %.
Dans ces pays, un pourcentage élevé de la population dispose d'un dossier médical électronique, plusieurs catégories de données de santé étant disponibles auprès de la plupart des prestataires de soins, avec, selon le rapport, des possibilités d'accès pour certaines catégories de personnes.
Le Portugal (88 %), l'Espagne (88 %), l'Autriche (87 %), la Bulgarie (87 %), la Croatie (87 %), l'Allemagne (87 %), la Slovénie (87 %), la Hongrie (86 %), la Lettonie (86 %), la Finlande (85 %), la France (84 %) et l'Italie (84 %) se situent tous au-dessus de la moyenne de l'UE.
La Slovaquie (72 %), la Grèce (74 %), la Roumanie (75 %) et Chypre (75 %) se rapprochent du bas du classement.
Pourquoi l'Irlande est-elle à la traîne ?
En 2024, tous les pays de l'UE, à l'exception de l'Irlande, donnent accès aux données de santé électroniques via un portail en ligne, ce qui explique la position de lanterne rouge du pays. Mais la situation devrait évoluer, l'Irlande ayant récemment accru ses investissements dans la santé numérique.
Le 5 février 2026, le ministre de la Santé a annoncé que le gouvernement avait donné son feu vert au lancement de la procédure d'acquisition d'un Dossier national de santé électronique. Le communiqué y voit une étape majeure dans la modernisation du système de santé irlandais, afin d'offrir des soins plus sûrs, plus intelligents et mieux connectés.
La maîtrise de la santé numérique reste à améliorer
Si la disponibilité des services de santé numériques est importante, la capacité à les utiliser l'est tout autant. Le rapport Panorama de la santé 2025 publié par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) montre qu'il reste des progrès à faire.
La maîtrise de la santé numérique, qui englobe la confiance dans la capacité à trouver en ligne des informations fiables et à comprendre comment les utiliser, reste faible dans de nombreux pays. Elle est particulièrement limitée chez les personnes âgées et celles ayant un niveau d'éducation plus faible.
Les données provenant de 17 pays de l'OCDE, principalement européens, montrent que la maîtrise de la santé numérique demeure faible chez les usagers des soins de premier recours âgés de 45 ans et plus. En 2024, le score atteignait 18 % chez les personnes les moins diplômées, contre 26 % chez les plus diplômées. Ces chiffres ne concernent que cette tranche d'âge.
Les scores varient toutefois sensiblement selon les pays. La Tchéquie enregistre la meilleure maîtrise de la santé numérique parmi les personnes les plus diplômées, avec 53 %, devant le pays de Galles, au Royaume-Uni (46 %), la France (43 %) et les Pays-Bas (31 %). Seule la Tchéquie dépasse les 50 %, même parmi les personnes ayant un niveau d'éducation élevé.
Ces pays occupent également les premiers rangs parmi les moins diplômés, mais à des niveaux plus faibles : 41 % en Tchéquie, 31 % au pays de Galles, 24 % en France et 21 % aux Pays-Bas.
Les scores sont nettement plus bas dans plusieurs pays. En Italie, il atteint 9 % chez les plus diplômés contre 5 % chez les moins diplômés. En Roumanie, les deux groupes n'affichent que 9 %. En Belgique, les chiffres s'élèvent respectivement à 11 % et 10 %.
« Renforcer la confiance est essentiel pour encourager l'utilisation active des technologies de santé numériques », souligne le rapport.
La part des téléconsultations dans l'ensemble des consultations médicales varie elle aussi fortement d'un pays européen à l'autre.
Des experts soulignent l'importance de l'accès aux dossiers médicaux électroniques pour améliorer les services de santé numériques.
« Les pays disposant de dossiers médicaux électroniques bien développés et de plateformes permettant un échange fluide des données peuvent développer beaucoup plus facilement les services de téléconsultation », a déclaré à Euronews Health David Novillo Ortiz, responsable des données, de l'intelligence artificielle et de la santé numérique au Bureau régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'Europe.