Olympiade internationale d’informatique à Tachkent: 386 jeunes programmeurs de 97 pays affrontent six défis algorithmiques, sur fond de révolution de l’IA dans l’apprentissage du code.
Six problèmes algorithmiques. Dix heures pour les résoudre. Et entre l’énoncé affiché à l’écran et le code soumis pour évaluation se trouve la véritable épreuve : analyser le défi, trouver une solution efficace et la transformer en un programme qui fonctionne vraiment.
C’est le défi qu’ont dû relever 386 des meilleurs jeunes programmeurs au monde, issus de 97 pays, lors de l’Olympiade internationale d’informatique (IOI) organisée cette année à Tachkent, en Ouzbékistan.
La compétition met à l’épreuve bien plus que la simple capacité à écrire du code. Les participants doivent analyser les problèmes, concevoir des algorithmes et des structures de données, programmer leurs solutions et vérifier qu’elles fonctionnent.
Mais cette génération concourt à une époque où l’intelligence artificielle peut de plus en plus les aider à plusieurs de ces étapes.
L’IA transforme déjà les concours de programmation
"L’IA change beaucoup la manière dont nous organisons les concours, parce que nous devons tenir compte du fait que les étudiants y ont accès", explique à Euronews Giorgio Audrito, chef de l’équipe italienne.
Les concours en ligne sont devenus particulièrement difficiles à organiser, ajoute Audrito, en précisant que les organisateurs sont "encore en phase d’adaptation" et que la question fait toujours l’objet de discussions au sein de la communauté de l’IOI.
Audrito souligne aussi qu’il reste difficile de prévoir précisément comment l’IA va évoluer. Pour l’heure, il estime que l’expérience en programmation reste indispensable "pour guider et corriger ce que fait l’IA".
Moins de code, plus de temps pour résoudre les problèmes
Certains participants à Tachkent constatent déjà que l’IA modifie l’équilibre entre l’écriture du code et la réflexion sur le problème qu’il doit résoudre.
Qiwen Xu, médaillé d’or chinois, s’attend à ce que l’IA soit bientôt capable de produire une grande part du code que les programmeurs écrivent aujourd’hui eux-mêmes.
Pendant l’épreuve de cinq heures, Xu explique que lui et les autres concurrents ont passé plus de deux heures à transformer leurs solutions en code.
"Mais avec l’aide de l’IA, nous pourrons consacrer plus de notre temps à la réflexion ou à la résolution du problème nous-mêmes", confie-t-il à Euronews.
L’IA commence aussi à influencer la manière dont Xu s’entraîne. Au lieu de compter uniquement sur la répétition d’exercices, il étudie désormais les approches adoptées par les systèmes d’IA.
"J’apprends de la façon dont l’IA résout ou aborde les problèmes, et cela m’inspire vraiment dans ma propre manière de les résoudre", explique-t-il.
Mais avoir accès aux mêmes technologies ne signifie pas forcément que les programmeurs auront les mêmes compétences.
"Aujourd’hui, tout le monde peut utiliser l’IA par lui-même", note Xu. "Ce qui vous distingue des autres, c’est […] votre propre raisonnement, votre réflexion qui va au-delà de l’IA ou qui vous guide dans la manière de l’utiliser pendant que vous programmez."
Myriam Faltin, 17 ans, concurrente suisse, insiste elle aussi sur des compétences qui dépassent les seules connaissances techniques.
"Il faut connaître certains algorithmes, mais il faut aussi beaucoup d’intuition pour savoir lequel utiliser à quel moment", explique-t-elle à Euronews.
Selon Faltin, cette intuition se développe avec la pratique et en passant du temps sur des problèmes difficiles, plutôt que de chercher immédiatement une solution.
L’IA ne remplace pas les bases
Cette même évolution technologique transforme le débat sur l’enseignement de l’informatique et sur les compétences dont les futurs programmeurs auront besoin.
En Ouzbékistan, ce débat contribue également à orienter les politiques publiques. Le vice-ministre des Technologies numériques, Rustam Karamjonov, affirme que la formation des talents est l’un des piliers de la stratégie nationale en matière d’IA.
"Préparer les talents et préparer la population à être prête aux changements liés à l’IA dans le monde, et en Ouzbékistan aussi" fait partie de ces priorités, indique-t-il à Euronews.
Le professeur Tan Santek, président de l’IOI, rejette l’idée qu’une IA de plus en plus performante rendrait moins important l’apprentissage des fondamentaux de la programmation.
"On a entendu dire que l’IA allait remplacer tous les programmeurs. Donc qu’il ne servait plus à rien d’apprendre la programmation ou d’apprendre à résoudre des problèmes grâce à l’ordinateur. Mais pour moi, c’est l’inverse", explique Tan à Euronews.
"Si vous n’avez pas les bases, vous ne serez pas vraiment en mesure d’utiliser l’outil qu’est l’IA", ajoute-t-il.
Tan estime que l’éducation devrait mettre davantage l’accent sur la "pensée computationnelle" : apprendre aux élèves à formuler les problèmes du monde réel en termes informatiques avant de développer des programmes pour les résoudre. Il suggère que ce type de formation pourrait commencer dès l’école primaire.