La Liste des étudiants a remporté la majorité absolue aux élections législatives de dimanche, reléguant le parti d’Aleksandar Vučić dans l’opposition. Après plusieurs mois de mobilisation, le mouvement doit désormais relever le défi de gouverner le pays.
Ce pourrait être l'un des plus grands tournants politiques de l'histoire moderne de la Serbie. Lors des élections législatives organisées ce dimanche, la Liste des étudiants a remporté une victoire écrasante avec 140 des 250 sièges au Parlement, décrochant ainsi la majorité absolue.
Le Parti progressiste serbe (SNS), jusque-là principale force politique du pays, a obtenu 104 sièges et se retrouve dans l'opposition pour la première fois depuis près de 14 ans.
Cette victoire marque l'aboutissement de plusieurs mois de mobilisation étudiante contre le pouvoir en place. Le mouvement est parvenu à s'imposer face au SNS d'Aleksandar Vučić, là où les partis traditionnels d'opposition avaient échoué pendant plus d'une décennie.
Le résultat des élections bouleverse également le paysage parlementaire serbe. Aucun autre parti soumis au seuil électoral de 3 % n'est parvenu à le franchir, laissant la Liste des étudiants rempoter suffisamment de sièges pour gouverner seule.
Le scrutin traduit un rejet du système politique mis en place sous Aleksandar Vučić, marqué par une forte concentration du pouvoir, une influence politique sur les institutions et les médias, ainsi qu'une profonde polarisation de la société.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, le Parti progressiste serbe d'Aleksandar Vučić exerçait une domination quasi totale sur la vie politique du pays.
Le SNS contrôlait l'exécutif, bénéficiait de larges majorités parlementaires, dominait la politique locale grâce à un vaste réseau d'alliances politiques et institutionnelles.
Un recul des partis représentant les minorités ethniques
Un signal tout aussi important est venu des communautés appartenant aux minorités ethniques de Serbie.
Depuis près de quinze ans, la plupart des partis politiques des minorités comptaient parmi les alliés les plus fidèles d'Aleksandar Vučić, à l'exception des formations albanaises qui n'avaient jamais intégré la coalition gouvernementale.
L'Alliance des Hongrois de Voïvodine (SVM), partenaire politique de longue date du SNS, n'a remporté que 3 des 5 sièges parlementaires qu'elle aurait potentiellement pu obtenir. Ce recul pourrait témoigner d'un changement significatif du climat politique au sein de la communauté hongroise de Voïvodine et laisse penser qu'une part importante des électeurs hongrois a pu soutenir la Liste des étudiants plutôt que l'allié traditionnel de Vučić.
Un signal similaire est venu de la communauté bosniaque. Seuls deux représentants bosniaques siègeron au Parlement : l'un issu d'un groupe politique qui coopérait auparavant avec Vučić et l'autre d'un mouvement resté traditionnellement dans l'opposition.
Le nouveau Parlement comptera également deux représentants de la coalition albanaise.
L'UE salue la victoire des étudiants
La victoire de la Liste des étudiants a suscité de nombreuses réactions parmi les responsables européens.
Le président du Conseil européen, António Costa, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et la commissaire européenne à l'Élargissement Marta Kos ont adressé leurs félicitations aux vainqueurs du scrutin.
Le Premier ministre hongrois a également salué le résultat des élections.
Depuis des années, Bruxelles suit de près la situation politique intérieure en Serbie, en particulier les questions liées à l'État de droit, au fonctionnement des institutions, aux conditions électorales et aux relations entre le gouvernement, l'opposition et la société civile.
La victoire de la Liste des étudiants pourrait ainsi ouvrir un nouveau chapitre politique dans les relations entre la Serbie et l'Union européenne (UE).
Russie et investissements : les mises en garde de Vučić
De son coté, Aleksandar Vučić a souligné les conséquences géopolitiques et économiques potentiellement profondes du changement de gouvernement.
Le dirigeant sortant a dit s'attendre à ce que la Serbie, sous les nouvelles autorités, introduise des sanctions contre la Russie. Une telle décision représenterait un changement majeur de politique étrangère pour la Serbie, qui a maintenu des liens politiques, économiques et historiques étroits avec Moscou tout en poursuivant en parallèle son processus d'adhésion à l'UE.
Aleksandar Vučić a également averti que le résultat du scrutin pourrait donc des interrogations chez les investisseurs sur la stabilité politique, la politique économique, la réglementation et l'orientation future de la politique étrangère de la Serbie.
Cet avertissement est significatif, car l'attraction des investissements étrangers a été l'un des piliers centraux de la politique économique de Vučić.
Durant ses années au pouvoir, le gouvernement a présenté à maintes reprises la Serbie comme une destination stable et de plus en plus attractive pour les entreprises et les investisseurs étrangers.
La Liste des étudiants se retrouve désormais confrontée à la tâche difficile de transformer un mouvement de protestation en un établissement politique opérationnel.
Elle devra former un gouvernement, reconstruire les institutions, mettre en place ses propres structures politiques et définir des politiques en matière d'économie, de relations extérieures, de processus d'intégration européenne, de politique sociale et d'État de droit.