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La « Jungle », 18 mois après

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La « Jungle », 18 mois après

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Depuis leur cabane, Alexandre et Mélanie observent des oiseaux. Ils veillent sur un tout nouveau site naturel situé à Calais, dans le nord de la France : de paisibles dunes et des mares où nichent des hirondelles et des hérons qui étaient, il y a peu, un gigantesque camp de migrants.

La « Jungle », le plus grand bidonville d'Europe. En 2015 et 2016, jusqu'à 10 000 personnes ont vécu ici dans des conditions de vie déplorables. Leur objectif : traverser la Manche à tout prix pour rejoindre l'Angleterre.

Il y a un an et demi, la France a détruit la Jungle. L’État a voulu faire place nette. Les migrants ne reviennent plus ici.

« Ils restent très attachés à vouloir atteindre l'Angleterre et qui donc passer par le port mais le secteur n'est plus accueillant et il est très surveillé », explique Mélanie Calcoen, du Conservatoire du Littoral.

Pourtant les candidats à l'exil ne sont pas loin. Plusieurs centaines de réfugiés errent dans la région, comme Aman. Cet Érythréen survit ici depuis trois mois. Il raconte que les forces de l'ordre harcèlent les migrants en détruisant systématiquement toute tentative d'installation.

« Une association nous a donné une tente. La police passe chaque semaine, parfois deux fois par semaine, parfois tous les jours. Ils mettent tout par terre », explique le jeune homme.

Les associations dénoncent un harcèlement policier, une politique répressive, violente, sans base légale. Mais l’État français assume. Pas question de voir se créer ici une seconde « Jungle ».

« Les choses sont claires et notre feuille de route est précise. L’État ne tolèrera pas de camp ou d'occupation illicite sauvage », martèle Michel Tournaire, le sous-préfet de Calais.

Depuis 2008, l'Auberge des Migrants vient en aide aux exilés. On reconnaît ici que leur nombre est plus faible dans la région. Mais leurs conditions de vie sont encore plus difficiles qu'au temps de la Jungle.

« On a tendance à se dire qu'il n'y a plus de camp, que les réfugiés sont beaucoup moins nombreux, que le problème est réglé. Mais ce n'est vraiment pas le cas », affirme Loan Torondel, chargé de mission pour l'Auberge des Migrants. « En fait c'est plus grave. Leurs conditions de vie se sont aggravées, ils ne peuvent pas s'installer, ils n'ont pas de sécurité matérielle, ils n'ont pas accès à l'hygiène. »

Un an et demi après la destruction de la Jungle, la question des migrants est loin d'être réglée dans le Nord de la France. Elle est simplement moins visible.