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Des néofascistes italiens et polonais unis pour une "opération européenne de sécurité"

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Des néofascistes italiens et polonais unis pour une "opération européenne de sécurité"

Des néofascistes italiens et polonais unis pour une "opération européenne de sécurité"
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Le parti italien d'extrême droite Forza Nuova (FN) et les militants du Obóz Narodowo-Radykalny (ONR), formation ultra-nationaliste polonaise, ont uni leurs forces pour mener "la première opération de sécurité européenne" sur les plages italiennes de la Riviera Romagnole, sur la mer adriatique.

Réunis à Rimini du 5 au 9 juillet dernier à l'occasion d'une conférence, les militants ont multiplié les manifestations et les "patrouilles", de jour comme de nuit, dans la région où s’est déroulé l'an dernier le double viol d’un transgenre péruvien et d’une touriste polonaise, pour lequel le Congolais Guerlin Butungu a été condamné à 16 ans de prison.

Ceux qui se qualifient comme "patriotes polonais et italiens" les appellaient des "promenades". Le maire de Rimini, Andrea Gnassi, y a plutôt vu "des rigolos en T-shirts noirs alignés pour un selfie fasciste". Il a envoyé un rapport à la police.

Un coup médiatique pris au sérieux

C’est la première fois que deux groupes européens d'extrême droite mènent une action qui dépasse la parade ou le rassemblement politique.

Mirco Ottaviani, responsable de Forza Nuova pour la Romagne et candidat aux élections de mars dernier, admet à Euronews qu’il s’agit d’un "joli coup médiatique", mais qu'il se répètera "tout au long de l’été".

Ce dernier se félicite que "l’union se renforce de plus en plus avec l'Est, où nous avons eu beaucoup de succès récemment, grâce au changement européen en cours".

Michal Jelonek, chargé des relations presse de l’ONR, explique à Euronews que l'organisation entretient des relations "amicales" avec Forza Nuova. Les groupes se retrouvent d’après lui autour des valeurs "pour une Europe plus sûre qui retrouve ses racines chrétiennes".

Giusi Delvecchio, présidente de l’organisation antifasciste Association Nationale des Partisans Italiens (ANPI) pour la province de Rimini, explique ne pas être inquiète de Forza Nuova, mais d'avantage des "personnes venues de l’étranger sur le territoire. Car personne ne sait qui ils sont".

Mais la militante antifasciste tempère : "Ces actions n'existent pas. Elles sont réalisées à des moments où personne ne peut les voir et sont diffusées sur les réseaux sociaux". Elle regrette que le "gouvernement italien contribue au fait que ces gens se sentent libre de faire cela".

**L'alliance ONR-FN : qui sont-ils ?

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Le mouvement extrémiste Obóz Narodowo-Radykalny (Camp national-radical, ONR) est l'un des trois groupes nationalistes qui organisent la grande marche de l'indépendance, chaque novembre à Varsovie.

En 2017, des extrémistes de toute l'Europe ont pris part à la marche, dont le parti hongrois Jobbik, le militant anglais Tommy Robinson, la formation espagnole Democracia Nacional, ou encore Roberto Fiore, le leader de Forza Nuova. Le suprématiste blanc américain Richard Spencer a également été invité, mais les autorités polonaises ont empêché son entrée dans le pays.

Selon Daniel Tilles, journaliste spécialiste de la Pologne, l'événement est présenté comme "patriotique", plutôt que d’extrême droite. La majorité des participants ne partagent pas les idées radicales des organisateurs. Néanmoins, "l’événement leur offre une bellle plate-forme d'auto-promotion".

"L’ONR, qui est une organisation légale, trouve ses racines dans les groupes antisémites des années 1930", explique Daniel Tilles à Euronews. "Ils ont éssayé de faire le ménage ces 15 dernières années afin d'avoir l’air plus respectables. Plus de salut fascistes, plus de tenues camouflage, moins de déclarations antisémites et un discours plus islamophobe".

Les deux formations italienne et polonaise font partie de l'Alliance pour la Paix et la Liberté (APF), un collectif ultranationaliste européen, qu’a notamment rejoint Jean-Marie Le Pen à titre individuel.

Ces « opérations de sécurité » sont-elles légales ?

Enzo Balboni, professeur de Droit constitutionnel, rappelle que la "sécurité, l’ordre public et la répression des crimes ne peut être déléguée en dehors des organes de l’Etat et de la police".

"Toute action visant à combattre le crime n'est pas légale ou légitime, encore moins si elle implique l'utilisation d'armes et des éléments distinctifs tels que des uniformes", explique-t-il.

Pour l’universitaire si les groupes avaient tenté de menotter quelqu'un ou même intimidé des gens, ils auraient pu être traduits en justice. "Mais il me semble plus que c’est une grande opération de propagande. C'est la façon dont la politique fonctionne aujourd'hui ", conclut-il.