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Au nom du Père: la succession héréditaire contestée dans une Eglise de Séoul

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Au nom du Père: la succession héréditaire contestée dans une Eglise de Séoul

Au nom du Père: la succession héréditaire contestée dans une Eglise de Séoul
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Une des plus grandes Eglises presbytériennes au monde, en Corée du Sud, est engluée dans une controverse bien peu spirituelle depuis que son principal pasteur a décidé de transmettre les rênes de la vénérable et richissime institution à son fils.

La religion joue un rôle prépondérant en Corée du Sud, et les organisations spirituelles y jouissent d'une influence considérable.

Séoul est connue comme "la capitale mondiale des méga-églises", avec une dizaine d'Eglises comptant des bâtiments de culte aussi luxueux que gigantesques et des dizaines de milliers de fidèles.

Ces institutions ont parfois des millions de dollars de revenus annuels qui proviennent d'activités commerciales mais aussi de donations de particuliers prêts à lâcher parfois 10% de leurs propres revenus.

Les dirigeants de ces Eglises jouissent d'avantages matériels et d'un poids politique considérables.

Et la plus grande de toutes est l'Eglise Myungsung.

Située dans l'est de Séoul, elle a été fondée il y a 40 ans par Kim Sam-whan. Avec 100.000 fidèles, elle est aujourd'hui une des plus grandes Eglises presbytériennes au monde.

Outre son église monumentale aux deux flèches noires, elle possède une chaîne de télévision évangélique, deux hôpitaux et un centre médical en Ethiopie, deux écoles, une crèche ou encore un immeuble de six étages utilisé pour des conférences ou des mariages, et plusieurs centres éducatifs dans le pays.

- Vulgaires patrons de chaebols -

Mais la décision de M. Kim, 73 ans, de transmettre le contrôle de cet empire terrestre et spirituel à son fils Kim Ha-na, 45 ans, a mis le feu aux poudres.

Le protestantisme est la religion la plus répandue en Corée du Sud (22% de la population), devant le bouddhisme (21%) et le catholicisme (7%), a montré une étude de 2014 selon laquelle la moitié de la population se dit non croyante.

Une succession héréditaire à la tête d'une autre Eglise, l'Eglise Chunghyun de Séoul, avait déjà fait des vagues en 1997.

D'autres exemples avaient suivi, alimentant les critiques de ceux qui déplorent que des dirigeants d'institutions spirituelles se comportent comme de vulgaires patrons de chaebols, les conglomérats qui dominent l'économie sud-coréenne.

Au point qu'en 2013, l'Eglise presbytérienne de Corée (EPC) -organisme coiffant toutes les Eglises- a amendé ses règlements pour interdire les successions héréditaires.

Et des personnes scandalisées par ce qu'ils ont vu comme un cas flagrant de népotisme à la tête de l'Eglise Myungsung ont porté l'affaire devant les instances religieuses. Mais ils été déboutés au motif que M. Kim avait démissionné deux ans avant la nomination de son fils, ce qui contredirait a priori la thèse d'une succession directe.

Ce "jugement" n'a fait qu'envenimer les choses, puisque 900 pasteurs ont participé à un rassemblement de protestation, que des étudiants en théologie se sont mis à boycotter leurs cours et que des critiques ont fusé sur des forums dédiés.

- "Les démons nous attaquent" -

"Une église doit avoir un pasteur, mais un pasteur ne doit pas +avoir+ une église. Si on inverse ce principe, alors l'église devient corrompue", a déclaré la semaine dernière le pasteur Kim Ji-chul lors du rassemblement.

Face à la fronde, une assemblée générale de l'EPC a annulé le "jugement" de son instance, en limogeant les 15 "juges" et en annonçant une révision de l'affaire.

Yu Kyung-jae, pasteur de l'Eglise Andong, pense qu'au final, l'EPC jurera invalide la succession, mais elle a dans les faits peu de possibilités d'obtenir son annulation. Ce qui fait que la situation risque d'être longtemps paralysée.

Pour ce pasteur, M. Kim "ne veut pas perdre son contrôle de l'Eglise ni renoncer aux avantages matériels afférents".

"Il y aura d'autres exemples de discorde et de frictions autour des méga-églises de ce pays qui se sont concentrées sur leur expansion matérielle", prédit-il.

"On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon", ajoute-t-il en référence à l'incarnation de la richesse matérielle, dans l'Ancien Testament.

L'Eglise Myungsung affirme que la nomination de Kim Ha-na était tout à fait régulière.

"La nomination a été faite de la façon la plus démocratique et la plus légitime et la plupart des membres de la congrégation ont approuvé", a déclaré Kim Jae-hoon, un porte-parole, à la chaîne JTBC.

Le patriarche, lui, est combattif.

"Il ne s'agit pas de léguer une entreprise, mais de transmettre une charge du sacrifice et de douleur", a déclaré la semaine dernière Kim Sam-whan à des fidèles lors d'une prière.

Filant la métaphore biblique, il a accusé ses opposants d'essayer "de nous tuer de tous les moyens possibles, en nous lapidant", assurant: "les démons nous attaquent".

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