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Abus sexuels sur mineurs: l'Eglise catholique allemande sommée d'agir

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Abus sexuels sur mineurs: l'Eglise catholique allemande sommée d'agir

Abus sexuels sur mineurs: l'Eglise catholique allemande sommée d'agir
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L'Eglise catholique allemande est sur la sellette mardi à l'occasion de la publication d'un rapport révélant des abus sexuels sur quelque 3.600 enfants depuis des décennies mais qui ne fait qu'effleurer la réalité, selon les victimes.

Réunie jusqu'à vendredi à Fulda, la conférence épiscopale allemande doit présenter ce document accablant commandé par l'Eglise il y a quatre ans, portant sur la période 1946-2014. Son président Reinhard Marx a déjà exprimé la "honte" de son institution.

Mais cela est loin de suffire pour les victimes: "le nombre réel des personnes, qui ont subi des sévices sexuels (...) se situe dans une toute autre dimension que ce que les chiffres suggèrent", a dénoncé l'association des victimes "Eckiger Tisch", jugeant "superficiel" ce rapport basé sur des archives incomplètes et qui ne cite aucun responsable par leur nom.

L'Eglise catholique-romaine, qui représente la première confession chrétienne d'Allemagne devant le protestantisme avec plus de 23 millions d'adeptes fin 2017, n'en est pas à son premier scandale de ce type et les pressions se multiplient pour qu'elle s'y attaque réellement.

Le pouvoir politique est intervenu, par la voix de la ministre de la Justice Katarina Barley, pour exiger que l'Eglise collabore avec les autorités judiciaires afin que les coupables soient identifiés et punis.

-'Ouvrir les archives' -

"Les abus (sexuels) forcent l'Eglise à prendre un nouveau chemin", a déclaré mardi le cardinal Reinhard Marx au cours de la messe d'ouverture.

Pour l'association "Eckiger Tisch", le seul moyen de faire toute la lumière sur les sévices passe par la mise en place d'une commission d'enquête indépendante sous l'égide de l'Etat. "Pour cela l'Eglise doit être prête à ouvrir ses archives", a-t-elle réclamé, exigeant aussi des "dédommagements appropriés" pour les victimes.

Le document de 356 pages, dont le contenu a fuité dans la presse mi-septembre, fait état d'au moins 3.677 victimes, en majorité des garçons âgés de moins de 13 ans, qui ont été les proies de quelque 1.670 membres du clergé.

Le consortium de chercheurs des universités de Mannheim, Heidelberg et Giessen, qui a réalisé l'enquête, n'a toutefois pas eu d'accès direct aux archives des 27 diocèses allemands. En effet, il n'a examiné que 38.000 dossiers et manuscrits sélectionnés et transmis par l'Eglise.

Selon les auteurs de l'étude, l'Eglise a aussi "détruit ou manipulé" systématiquement pendant des décennies de nombreux documents relatifs à des suspects et "minimisé" sciemment la gravité des faits.

"Nous demandons à l'Eglise de s'occuper enfin du problème", déclare auprès de l'AFP Jörg Schuh, porte-parole du centre d'accueil des victimes d'abus sexuels Tauwetter, qualifiant d'"organisation criminelle" une institution qui couvre les crimes commis par ses cadres.

L'étude parle "quand même de 4 à 5% du clergé allemand", s'emporte-t-il.

- Des scandales partout -

Seul le tiers des suspects a fait face à des procédures en vertu du droit canonique mais les sanctions étaient minimes, voire inexistantes. Ils étaient souvent transférés sans que les fidèles ne soient avertis du danger potentiel pour les enfants.

Pire, pour les auteurs du rapport, rien ne permet de penser que cette thématique "appartienne au passé".

Australie, Chili, Etats-Unis, Allemagne... Partout dans le monde des accusations circonstanciées de viols, d'abus sexuels, de pédophilie et de sévices physiques visent l'Eglise catholique et ses dignitaires.

Le pape François, qui n'a pas échappé aux critiques pour sa gestion des scandales, a récemment convoqué pour février 2019 une réunion au Vatican de tous les présidents des conférences épiscopales dans le monde sur le thème de "la protection des mineurs".

L'Allemagne a déjà été secouée par plusieurs affaires. L'une des plus retentissantes concerne le choeur catholique de Ratisbonne où, selon un rapport de juillet 2017, au moins 547 enfants ont subi des sévices physiques et des abus sexuels, allant jusqu'au viol, entre 1945 et 1992.

Le frère de l'ancien pape Benoît XVI avait été accusé d'avoir fermé les yeux. Mais Mgr Georg Ratzinger, qui a dirigé de 1964 à 1994 ce chœur millénaire de petits chanteurs, avait assuré n'avoir pas eu connaissance de sévices sexuels.

raph-ilp/alf/lch

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