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La vie dans les limbes en Thaïlande pour les chrétiens pakistanais

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La vie dans les limbes en Thaïlande pour les chrétiens pakistanais

La vie dans les limbes en Thaïlande pour les chrétiens pakistanais
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Comme Asia Bibi, emprisonnée pour blasphème, de nombreux chrétiens pakistanais rêvent de se voir accorder l'asile en Occident. Ils sont des milliers à vivre clandestinement à Bangkok, dans l'attente du précieux sésame.

Le mari d'Asia Bibi réclame l'asile pour sa famille aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Canada mais le sort de sa femme, acquittée la semaine dernière après avoir été condamnée à mort, demeure très incertain dans son pays.

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Après son acquittement, des manifestants islamistes ont paralysé le pays pendant trois jours, signe des tensions religieuses dans un pays où en 2011, un ministre chrétien qui s'opposait à la loi sur le blasphème avait été assassiné à Islamabad.

Les développements de l'affaire symbolique d’Asia Bibi sont suivis de près par les chrétiens pakistanais réfugiés en Thaïlande, dans l'espoir d'être accueillis eux aussi en Occident.

"Nous ne pouvons pas rentrer, notre pays ne nous accepte pas et aucun autre pays ne veut de nous.... alors nous sommes coincés ici en Thaïlande", témoigne un adolescent pakistanais de 15 ans interrogé par l'AFP, qui souhaite se faire identifier sous le pseudonyme de Farooz.

L'adolescent, arrivé en 2013 du Pakistan, parle ourdou, pendjabi, anglais et thaï. Il se souvient de ses années d'école au Pakistan. Ses quatre plus jeunes frères et soeurs n'ont pas eu cette chance: ils n'ont jamais été scolarisés.

De nombreux Pakistanais choisissent de transiter par la Thaïlande, qui n'est pourtant pas signataire de la Convention de Genève sur les réfugiés, pour y déposer auprès du Haut commissariat de l'ONU un dossier de réfugié.

Nombre d'entre eux choisissent Bangkok pour sa position de carrefour et la facilité d'y entrer avec un visa de touriste.

Mais les places de réfugiés sont chères et de nombreux candidats à l'exil se retrouvent coincés pendant des années, souvent pour ne jamais partir.

Comme Farooz et sa famille, ils vivent clandestinement dans des appartements miteux de la banlieue de Bangkok, sans pouvoir officiellement travailler et se cachant de la police de crainte d'être expulsés vers leur pays d'origine.

L'immigration thaïlandaise durcit sa politique et organise ces dernières semaines des raids anti-immigrés, les Pakistanais étant particulièrement visés.

Quelque 70 chrétiens pakistanais ont ainsi accepté d'être rapatriés récemment, malgré le danger encouru.

- Enfants de nulle part -

"Ils vont se retrouver confrontés à la persécution, certains seront accusés de blasphème.... Ils n'ont plus d'argent ou de maison, ayant tout vendu pour venir en Thaïlande", explique Wilson Chowdhry, de l'Association des Chrétiens pakistanais de Grande-Bretagne, qui vient en aide aux nouveaux arrivants.

Il y a deux ans, les associations d'aide aux migrants recensaient 7.400 chrétiens pakistanais en Thaïlande. Ils seraient aujourd'hui environ 3.000, certains étant enregistrés auprès du HCR, d'autres ne s'en donnant même plus la peine.

Seul un millier a pu en effet être accueilli par un "pays tiers" ces dernières années, que ce soit via le HCR ou d'autres programmes.

La famille de Farooz est arrivée en 2013 de Gojra, du Pendjab, province marquée par un pogrom antichrétien en 2009 ayant conduit à la mort de sept chrétiens brûlés vifs.

Le père de Farooz assure avoir à l'époque fait partie des témoins des meurtres, faisant de lui la cible de menaces de mort et de poursuites judiciaires destinées à le faire taire.

Une fois leurs visas de touristes expirés en Thaïlande, a commencé une vie de clandestinité, qui s'est soldée en 2015 par leur arrestation. La famille a été libérée sous caution, à la condition de se présenter à la police tous les mois.

Ils ont obtenu le précieux statut de réfugiés du HCR, mais pour pouvoir être accueillis dans un pays tiers, ils doivent produire des documents officiels... que l'ambassade du Pakistan à Bangkok leur suggère d'obtenir... au pays.

"Je suis inquiète pour mes enfants. Que va-t-il leur arriver sans éducation? Où se sentiront-ils chez eux?", pleure la mère de Farooz. "Je veux revoir ma mère, ma famille, ma maison. Mais ils nous tueront si nous rentrons".

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