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Hôte de la COP24, la Pologne restera gueule noire encore longtemps

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Hôte de la COP24, la Pologne restera gueule noire encore longtemps

La centrale thermique de Belchatow, le 28 septembre 2011 en Pologne
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Darek Redos
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Il est pollueur, source de gaz à effet de serre et de plus en plus cher mais la Pologne, hôte du sommet sur le climat COP24, peine à se séparer de son charbon, son "or noir" d'antan.

Des millions de Polonais ont souvent les yeux qui piquent et la gorge qui gratte en raison du smog, dont le charbon - surtout le mauvais "charbon du pauvre" - est en grande partie responsable. Leurs villes figurent en haut de la liste des cités les plus polluées d'Europe.

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Des efforts douloureux risquent d'être nécessaires si le pays veut atteindre les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat et réduire les émissions du CO2, cause du réchauffement de la planète.

Ces objectifs impliquent, selon les projections des experts de l'Institut des recherches structurelles (IBS) de Varsovie, que la part du charbon dans la production d'électricité tombe en 2030 à 39%, a précisé à l'AFP l'un des auteurs de l'étude de l'IBS, Jan Witajewski-Baltvilks.

Mais la Politique Energétique de l'Etat (PEP) présentée le 23 novembre par le ministre de l'Energie Krzysztof Tchorzewski envisage qu'à cette date 60% de l'énergie électrique sera produit à partir du charbon (contre 80% en 2017).

Le ministre ne s'en dit pas moins désireux de concilier cette prévision avec les attentes de l'Union européenne concernant la réduction des émissions du CO2. Il compte les diminuer de 30% en 2030 par rapport au niveau de 1990, notamment en réduisant le gaspillage d'énergie.

D'après la PEP, c'est la décennie suivante, entre 2030 et 2040 qui devrait voir une baisse conséquente de la part du charbon, censée tomber à environ 32% dans le mix énergétique, grâce à l'arrivée du nucléaire. Le programme prévoit l'introduction, à partir de 2033, de six centrales nucléaires à raison d'une tous les deux ans, chacune d'une puissance entre 1.000 et 1.500 mégawatts. Il prévoit en même temps l'ouverture de nouvelles mines de charbon, et la réduction relative de l'éolien terrestre au profit de turbines en mer.

- "Impact négatif" -

Le gouvernement polonais est-il prêt à suivre à fond la politique de l'UE, dont les objectifs très ambitieux - la "neutralité carbone" en 2050 - viennent d'être annoncés? Un premier document publié le 13 novembre par le ministère de l'Energie en prévision de la COP24 laisse planer un doute là-dessus.

"La Pologne est opposée à l'augmentation des objectifs de réduction du CO2 adoptés par l'UE pour l'année 2030, car cela aurait un impact négatif sur le secteur de l'énergie électrique et sur l'ensemble de l'économie polonaise", y lit-on.

Grâce à l'apparition de sources renouvelables et à la pression de l'UE pour "décarboner" l'économie européenne, la part du charbon dans la production de l'énergie électrique en Pologne est passée de 98% en 1990 à 80% en 2017, selon les statistiques officielles.

Mais sa production en termes de volume restera à peu près stable, a reconnu récemment Piotr Naimski, secrétaire d'Etat chargé de l'infrastructure énergétique.

Et même si elle baisse, la Pologne importera du charbon: les achats à l'étranger - surtout de charbon russe, de bonne qualité et relativement bon marché - ont sensiblement augmenté en 2018, atteignant 12 millions de tonnes de janvier à septembre.

- "Intérêt politique" -

Pour les défenseurs de l'environnement, en matière de charbon "la Pologne n'a pas de stratégie, c'est l'intérêt politique à court terme qui prime, les décisions difficiles sont repoussées à plus tard", assène Marek Jozefiak, expert du charbon à la fondation Greenpeace.

Il évoque le lancement récent du chantier de la centrale à charbon à Ostroleka par le ministre de l'Energie Krzysztof Tchorzewski, à plus de 200 km d'une mine de charbon mais dans une région qui est son fief politique.

Un autre écologiste, Piotr Siergiej, de l'organisation "Alarme anti-smog polonais", relève un facteur économique: le gaz, jadis bon marché, est devenu plus cher et les gens reviennent au charbon.

Mais, affirme-t-il, la logique macroéconomique va dans le sens opposé.

Selon la Cour des comptes polonaise, l'industrie minière a reçu plus de quinze milliards d'euros de subventions entre 2007 et 2015.

Si l'on considère le coût des maladies dues à la pollution, pense Piotr Siergiej, ces subventions devraient aller vers d'autres sources d'énergies pour réduire le recours au charbon, et apporter des économies dans le domaine de la santé.

Certes, une loi récente interdit la vente aux particuliers de poussière de charbon et de concentré de flottation, le "charbon du pauvre" bon marché et source importante de smog et de particules cancérigènes.

Mais la joie des écologistes n'a pas duré: ils ont découvert qu'une circulaire ministérielle décrivant une des catégories de charbon autorisées à la vente permet d'y mélanger jusqu'à 30% de ces matières.

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