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Kosovo: la grande peur des Serbes des enclaves

Kosovo: la grande peur des Serbes des enclaves
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IIs craignent d'être les dindons de la farce d'un accord historique: les Serbes vivant dans des enclaves au Kosovo s'inquiètent de "corrections frontalières" qui seraient envisagées pour normaliser les relations entre Belgrade et Pristina.

Ce projet équivaudrait "à une division ethnique claire qui fera qu'en quelques décennies, il n'y aura plus de Serbes au Kosovo", redoute Stefan Filipovic, 24 ans, militant associatif de Gracanica.

Siège d'un des principaux monastères orthodoxes du Kosovo, cette petite ville est l'une des poches où vivent environ 80.000 membres de la minorité serbe: il s'agit principalement de six municipalités entourées de zones d'habitation kosovares albanaises.

Quelque 40.000 autres sont installés dans le secteur de la ville divisée de Mitrovica, dans le nord: à l'inverse des enclaves, ce secteur est contigu à la Serbie.

A en croire les médias locaux, dans le cadre d'un accord, c'est ce territoire qui pourrait être restitué à la Serbie. En échange, selon ce scénario, vingt ans après la guerre livrée par ses forces à une rebellion indépendantiste kosovare albanaise (1998-99, plus de 13.000 morts), Belgrade donnerait une petite région majoritairement peuplée d'Albanais et surtout reconnaîtrait son ancienne province et donc son intégrité territoriale, enclaves comprises.

Evoquée sans détail cet été par les présidents Aleksandar Vucic et Hashim Thaçi, cette "correction frontalière" pour régler l'un des plus dangereux litiges en Europe, reviendrait à créer "deux espaces mono-ethniques" et aboutirait au départ des Serbes des enclaves, accuse la responsable politique Rada Trajkovic, qui vit à Gracanica, à quelques kilomètres de Pristina.

Cette sexagénaire est une des rares représentantes de la minorité à critiquer publiquement la Srpska Lista, la Liste serbe, le groupe politique majoritaire chez les Serbes du Kosovo, qui s'aligne invariablement sur la ligne imposée par Belgrade et le président Vucic.

- 'Abandonné par Belgrade' -

Après avoir longtemps été tabou, cet échange de territoires est soutenu par les Etats-Unis et mezza voce par plusieurs responsables européens, à l'exclusion notable des Allemands qui mettent en garde contre une relance de l'irrédentisme dans les Balkans, plus d'un quart de siècle après l'explosion sanglante de l'ex-Yougoslavie.

"C'est une idée très dangereuse et particulièrement dramatique", agrée Stefan Filipovic qui se sent "abandonné par Belgrade".

"S'ils cèdent le nord du Kosovo à la Serbie, je ne vois pas pourquoi les (Kosovars) albanais feraient preuve d'empathie pour ceux qui vivent" dans les enclaves, dit Rada Trajkovic.

Parmi le millier d'habitants de la poche de Laplje Selo, peu acceptent de parler ouvertement du sujet et de critiquer Aleksandar Vucic. Composé de maisons misérables, le village est cerné par des immeubles de verre et d'acier, excroissance récente de la banlieue de Pristina.

Sirotant leur "rakija" (alcool de fruit), quatre Serbes débattent de savoir si Aleksandar Vucic va les abandonner "dans une prison albanaise". A peine ironique, l'un explique que "si quelqu'un peut nous sauver, c'est (Ramush) Haradinaj". Considéré comme un criminel de guerre par Belgrade et les Serbes, l'ex-guérillero devenu Premier ministre s'oppose à son président et a prévenu que toute modification des frontières conduirait à "de nouvelles guerres".

- La défiance du moine -

"J'imagine que le président Vucic ne nous laissera pas tomber", espère Jagoda Trajkovic, retraitée de 69 ans, venue conduire son petit-fils dans la minuscule école de Laplje Selo.

Emblématique supérieur du monastère médiéval de Visoki Decani, classé au patrimoine mondial de l'Unesco et placé sous protection internationale, le père Sava ne partage pas cette confiance. Désormais, seules viennent troubler la paix des lieux des manifestations épisodiques de voisins kosovars albanais exigeant que les moines abandonnent leurs terres agricoles. Mais en 2008, une roquette avait été tirée sur le mur d'enceinte.

"Je suis personnellement en possession d'informations très crédibles (...) selon lesquelles ils travaillent déjà sur les détails d'un échange de territoires selon des lignes ethniques", a récemment affirmé le père Sava, qui a protégé des Kosovars albanais des forces serbes durant la guerre.

A ses yeux, des modifications frontalières "reviendraient dans les faits à abandonner 80.000 Serbes, en les laissant avec un niveau de sécurité et de protection très bas et sujet à caution".

Rare voix à s'opposer publiquement à Aleksandar Vucic, le religieux a été la cible cet été d'une campagne de presse des tabloïds de Belgrade acquis au chef de l'Etat serbe. Il s'y est vu qualifié de "grand patriote albanais". Un synonyme quasiment explicite de traître pour ces médias.

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