Brexit : des juifs britanniques demandent la citoyenneté allemande

Brexit : des juifs britanniques demandent la citoyenneté allemande
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Associated Press
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Sa grand-mère, une survivante d'Auschwitz, a juré qu'elle ne retournerait sous aucun prétexte dans le pays qui tué ses parents et six millions d'autres juifs.

Mais plus de 70 ans après l'Holocauste, le Brexit a forcé Simon Wallfisch, 36 ans, à faire quelque chose d'inimaginable pour son aïeule : demander la nationalité allemande.

Une disposition de la constitution allemande

Pourtant, le parcours singulier de ce descendants de juifs allemand est loin d'être isolé. Au total, 3 802 demandes similaires ont été enregistrées depuis le vote sur le Brexit il y a deux ans et demi. La constitution allemande prévoit dans son article 116 que tout citoyen déchu de sa nationalité par le régime nazi entre 1933 et 1945 a le droit de réclamer un passeport allemand. Une disposition qui s'applique aussi aux descendants. "Le désastre du Brexit m'a poussé à chercher un moyen d'assurer mon futur et celui de mes enfants", explique Simon Wallfisch.

Ce chanteur et violoncelliste classique bien connu a reçu son passeport allemand en octobre dernier. Cela lui permettra de continuer à bénéficier de la liberté de circulation au sein d'une Europe bientôt réduite à 27.

Si d'autres Britanniques ayant des racines dans d'autres pays européens ont eux aussi fait des demandes de passeports, pour les juifs dont les ancêtres ont fui l'Allemagne nazie, ce processus s'est avéré plus compliqué humainement.

Un dilemme pour les descendants de déportés

Certains ont du remettre en cause leurs certitudes concernant ce pays et se retrouver face dilemme de savoir si demander la nationalité allemande revenait à trahir leurs grands-parents.

La grand-mère de Simon Wallfisch, Anita Laker-Wallfisch, avait 18 ans en 1943 lorsqu'elle a été déportée à Auschwitz, le camp d'extermination nazi où plus d'un millions de juifs ont perdu la vie.

Elle a survécu grâce à son don de violoncelliste. Les gardes du camp lui demandaient de jouer de la musique alors que les autres déportés étaient conduits vers la chambre à gaz.

En novembre 1944, elle fut transférée dans le camp de Bergen-Belsen - là où mourut Anne Franck - avant que les lieux ne soient libérés par l'armée britannique en avril 1945.

La jeune femme s'est alors installée en Grande-Bretagne en 1946, où elle s'est mariée et a eu deux enfants. Anita Laker-Wallfisch a également mené une brillante carrière de musicienne à travers le monde. Il lui a fallu des décennies pour surmonter sa haine et remettre le pied sur le sol allemand dans les années 1990.

Au cours de ses dernières années, elle est retournée régulièrement en Allemagne afin de transmettre l'histoire de la Shoah aux jeunes générations.

La fille d'Anita Laker-Wallfisch, Maya, une psychothérapeute âgée de 60 ans, a également fait une demande de passeport allemand. "Nous ne pouvons pas être les victimes de notre passé, il nous faut toujours espérer", explique cette londonienne qui attend désormais une réponse des services allemands. "Je me sens étrangement victorieuse. Comme si une boucle était bouclée."

Sa mère demeure cependant sceptique et pessimiste : "Les juifs ne se sentent jamais en sécurité", dit-elle à sa fille et et à son petit-fils. "J'étais de nationalité allemande mais cela ne m'a pas garanti la sécurité."