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Le sort d'une jeune femme de l'EI déchue de la nationalité britannique vire au casse-tête

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Le gouvernement britannique a déchu de sa nationalité Shamima Begum, partie rejoindre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie en 2015, mais le Bangladesh, dont ses parents sont originaires, refuse de l'accueillir.

La jeune femme de 19 ans, qui se trouve actuellement dans le camp de réfugiés d'Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, où elle vient d'accoucher, veut rentrer au Royaume-Uni mais le ministre de l'Intérieur britannique, Sajid Javid, a décidé de de la déchoir de sa nationalité, invoquant des raisons de sécurité.

Le Royaume-Uni peut prendre cette mesure s'il l'estime dans "l'intérêt général" et à condition qu'elle ne la rende pas apatride, conformément à la convention de New York du 30 août 1961 qu'il a ratifiée.

"Une personne ne peut être privée de la citoyenneté britannique que si elle n'est pas apatride, si elle a la double nationalité ou si, dans certaines circonstances limitées, elle a le droit d'obtenir la citoyenneté ailleurs", a expliqué M. Javid au Parlement.

Mais le ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, Shahriar Alam, a catégoriquement exclu de l'accueillir. "Shamima Begum n'est pas une citoyenne bangladaise", a déclaré M. Alam dans un communiqué. "Elle est une citoyenne britannique de naissance et n'a jamais demandé la double nationalité avec le Bangladesh. Il n'est pas question qu'elle soit autorisée à entrer au Bangladesh".

"Je ne suis pas née au Bangladesh, je n'ai jamais été au Bangladesh, et je ne parle même pas correctement le bengali, donc comment peuvent-ils prétendre que j'ai la nationalité bangladaise?" avait déclaré Shamima Begum à la BBC. "Je n'ai qu'une nationalité... Et si vous me la retirez, je n'ai rien. Je ne crois pas qu'ils puissent faire ça".

"J'espérais que le Royaume-Uni comprendrait que j'ai fait une bêtise, une grosse bêtise, parce que j'étais jeune et naïve", a ajouté celle qui s'était enfuie à 15 ans vers la Syrie avec deux camarades.

- Recours -

La jeune femme avait auparavant jugé "injuste" la décision britannique. "Je suis un peu sous le choc (...). Je trouve que c'est un peu injuste pour moi et mon fils", avait-elle réagi sur la chaîne ITV. "D'autres personnes sont renvoyées au Royaume-Uni, je ne vois pas en quoi mon cas est différent", a ajouté Shamima Begum dont l'absence de regrets avait suscité l'indignation.

L'avocat de la famille de la jeune femme, Tasnime Akunjee, a annoncé examiner "toutes les voies légales pour contester cette décision", qui peut faire l'objet d'un appel.

Shamima Begum a expliqué réfléchir à demander la nationalité néerlandaise, son mari étant originaire des Pays-Bas. Ce dernier a été fait prisonnier par les Forces démocratiques syriennes (FDS). "S'il est envoyé en prison aux Pays-Bas, je peux simplement l'attendre pendant qu'il est emprisonné", a-t-elle déclaré.

Cependant, des experts estiment qu'elle a peu de chances d'être acceptée aux Pays-Bas, car elle devrait remplir une stricte liste de conditions pour entrer dans le pays, et fournir la preuve que son "mariage" est valide.

Le cas de Shamima Begum illustre le dilemme de plusieurs gouvernements européens, entre interdire le retour de leurs ressortissants jihadistes pour des questions de sécurité, ou les laisser revenir pour les traduire en justice.

Il divise le Royaume-Uni, frappé par une série d'attentats en 2017 revendiqués par le groupe EI, et choqué par certaines déclarations de la jeune femme. Elle a notamment affirmé qu'elle ne regrettait pas sa fuite en Syrie alors qu'elle n'avait que 15 ans, et a qualifié l'attentat de Manchester, qui avait fait 22 morts en mai 2017, de mesure de "représailles" aux frappes de la coalition occidentale contre l'EI.

Le député conservateur George Freeman a ainsi critiqué la décision de Sajid Javid, y voyant une "erreur" qui établit un "dangereux précédent".

M. Javid a toutefois laissé entendre que le bébé de Shamima pourrait revenir au Royaume-Uni, car "si un parent perd sa citoyenneté britannique, cela n'affectera pas les droits de son enfant".

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