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Mondial dames: les Pionnières de Reims, l'aventure qui a lancé le foot féminin en France

Mondial dames: les Pionnières de Reims, l'aventure qui a lancé le foot féminin en France
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"Que de chemin parcouru en 50 ans ! Que Reims accueille la Coupe du monde, c'est le Graal pour moi": Ghislaine Souëf Royer et ses coéquipières du Stade de Reims ont popularisé le foot féminin en France à la fin des années 1960 et ont lancé l'histoire des Bleues, qui visent le titre mondial à domicile cet été.

Retour en 1968, au début de l'aventure des "Pionnières de Reims", comme elles sont dénommées aujourd'hui.

Pierre Geoffroy, journaliste au quotidien régional L'Union, cherche une animation pour sa kermesse prévue fin août et a l'idée, avec son collaborateur Richard Gaud, entraîneur-joueur de l'équipe corporative du journal, de faire une exhibition de football féminin.

"On s'est lancé en publiant une annonce dans notre journal en juillet, sans être sûr d'avoir assez de joueuses. Et le jour du rendez-vous, on a été surpris de voir arriver quinze femmes", raconte Richard Gaud à l'AFP.

"La plupart étaient déjà sportives, elles faisaient du handball, du basket, de l'athlétisme. C'était inattendu, souligne le premier entraîneur des Pionnières. On a donc enchaîné plusieurs entraînements et le Stade de Reims a eu vent de notre match exhibition, prévu contre une équipe alsacienne."

C'est le début de l'épopée des Rémoises, qui vont avoir l'honneur de disputer leur premier match au stade Auguste-Delaune, en lever de rideau du match de D2 entre Reims et Valenciennes, fin août 1968, moins de deux mois après leur premier entraînement.

- "Surpris par notre niveau" -

Elles s'imposent devant plus de 6.000 spectateurs, et remettent ça dès le lendemain lors de la kermesse de l'Union, avec encore une victoire à la clé. "Les premiers supporters ont été surpris par notre niveau", se souvient Michèle Darbre Porres, ancienne milieu de terrain aujourd'hui âgée de 72 ans.

A la rentrée, Pierre Geoffroy et Richard Gaud pensent mettre fin à cette aventure estivale... mais les jeunes filles refusent: c'est la naissance du Football Club Féminin de Reims. "On leur a dit: +Vous nous avez mis un ballon dans les pieds, maintenant on veut continuer !+", raconte Maryse Lesieur (69 ans), avant-centre qui épousera quelques années plus tard M. Geoffroy, décédé en 1994.

Un an plus tard, fin 1969, le club devient la section féminine du Stade de Reims et va commencer une difficile bataille pour faire reconnaître le foot féminin auprès de la Fédération française de football, très réticente à cette idée.

"La FFF n'y était pas favorable mais elle a fini par le faire en 1970. Mais l'idée n'était pas d'avoir des filles qui jouaient au foot, mais plutôt des futures mamans qui allaient ensuite avoir des enfants qui prendraient des licences..." raconte Maryse Lesieur.

Le public commence aussi à se faire à l'idée de voir des femmes jouer au football, même si des critiques misogynes se font entendre au bord du terrain.

- "Retourne faire la vaisselle" -

"J'en ai entendu des quolibets, comme +retourne faire la vaisselle+, mais ça m'était égal. L'important, c'était de jouer au foot entre copines car on aimait ça" explique à l'AFP Ghislaine Souëf Royer (65 ans), gardienne puis défenseure qui n'avait pas encore 16 ans lors du premier entraînement en juillet 1968.

Alors qu'aucune compétition officielle n'existe dans l'Hexagone, les Rémoises effectuent de nombreuses exhibitions partout dans le monde (Tchécoslovaquie, Italie, Mexique, Etats-Unis, Indonésie...), des "matches de propagande" comme elles se plaisent à les dénommer.

Un championnat de France est finalement créé en 1974 et Reims dispute les huit premières finales, remportant cinq titres.

Pierre Geoffroy, qui a aussi été le premier sélectionneur des Bleues, se démène pour démocratiser le foot féminin en se servant de sa condition de journaliste et tient une grande place dans la réussite des "Pionnières de Reims" et le développement du foot féminin.

"On savait qu'on faisait quelque chose qui n'était pas courant, mais on n'avait pas conscience d'être des pionnières, on s'en est rendu compte ces dernières années avec l'essor du foot féminin", affirme Ghislaine Souëf Royer.

Revenir au Stade Auguste-Delaune, même s'il a beaucoup changé depuis leur épopée, procure toujours beaucoup d'émotions aux joueuses, qui sont restées très proches. Evidemment, elles assisteront dans "leur" enceinte à des matches du Mondial cet été.

"Cette Coupe du monde, c'est grâce à l'effort de tous ceux qui ont été impliqués dans le foot féminin depuis 50 ans, ce n'est pas que grâce aux Pionnières, souligne Maryse Lesieur Geoffroy. On est les fondations et on a juste posé la première pierre."

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