Le vote de "l'Espagne vide"

Le vote de "l'Espagne vide"
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Quelques jours avant les élections législatives espagnoles, le vote de l'Espagne dite "vide" est devenu l'une des principales priorités des partis politiques. Pour assurer la représentation territoriale dans les provinces moins peuplées, un député a besoin de moins de votes pour être élu. Un constat qui, historiquement, a toujours bénéficié aux grands partis. Mais cette année, avec la fragmentation de la droite, tout peut changer.

La province de Cuenca appartient à ce qu'on appelle la "Laponie méridionale". Cette grande partie du territoire espagnol se compose de dix provinces. Elle abrite moins de huit habitants au kilomètre. Il s’agit de la densité de population la plus faible d'Europe.

Benjamin Prieto, du Parti populaire espagnol (PP) est le président de la Députation de Cuenca et maire d’un village de 248 habitants. Si la victoire de son parti dans cette région est habituelle, aujourd’hui, le nouveau scénario politique apporte quelques incertitudes.

"Les électeurs veulent une option de centre-droit, parce qu'il y a une répartition des votes dans les territoires où les majorités naturelles viennent du centre-droit, ce qu’est le Parti Populaire. Mais en votant pour un autre parti de centre-droit qui n’est pas le principal, leur vote pourrait s’avérer dénaturé et cette deuxième option ne pas être à la hauteur de ce qu’il recherchait", dit-il.

Le Congrès dispose de 350 sièges. Dans les zones moins peuplées, où seulement 2 à 5 sièges sont élus par province, 101 sièges sont à pourvoir. C'est presque autant que dans les cinq provinces les plus peuplées du pays (Madrid, Barcelone, Valence, Séville et Alicante). Le système électoral espagnol utilise la méthode D'hondt qui n'est pas proportionnelle et tend à bénéficier aux partis ayant obtenu le plus de voix afin de permettre la majorité et la stabilité au Parlement.

Malgré l'intérêt croissant des partis pour les zones rurales, les jeunes électeurs de la région n’ont pas de grandes attentes et semblent résignés.

Almudena a 28 ans. Elle habite à Huete. Institutrice diplômée, elle travaille en tant que serveuse. "Si des jeunes comme moi déménagent dans d'autres villes, nos enfants grandiront ailleurs et le village mourra. Je pense que nous n'avons pas accès à toutes les opportunités possibles à l'heure actuelle", dit-elle.

Lassés de l'inactivité des forces politiques, le 31 mars, des milliers d'habitants de l’Espagne dite "vide" ont protesté à Madrid contre le dépeuplement rural. Nombre d’entre eux était originaire de Zamora, la province qui a connu la plus grande perte de population en 2018.

Des personnes comme Ana Morillos, porte-parole de la Plate-forme citoyenne Viriatos Zamora), luttent pour que leur terre ne soit pas oubliée.

"Les politiciens n’ont pas de solution pour l'Espagne abandonnée. Toutes les mesures et tout ce dont on parle en ce mome nt sont simplement des promesses électorales. D'une certaine manière, ce sont eux qui ont généré cette Espagne vide. Pour certains, il s'agit d'un dépeuplement programmé. Nous ne voulons pas que notre territoire ou que l'argent que l'Europe destine au dépeuplement soit utilisé à d'autres fins qui ne sont pas de notre intérêt, comme par exemple les champs d’expérimentation, les déchets, l'agriculture et l'élevage industriel", explique Ana Morillos.

Pour le politologue Manuel Mostaza, originaire de la région de Sanabria, à la frontière avec le Portugal, le fait que l’Espagne vide s’invite à l’agenda politique est la première étape pour garantir les droits fondamentaux des citoyens des zones dépeuplées.

"L'arrivée d'un parti de centre-droit comme Ciudadanos, d’un parti d’extrême gauche comme Podemos et maintenant d’un parti d’extrême droite, ce qu’est VOX, signifie que les grands partis (PP et PSOE) ne sont plus certains de gagner par exemple leur siège à Zamora. Cela a eu un effet positif. Car enfin, nous parlons de l'Espagne vide. Maintenant, gagner un siège de député à Zamora n'est facile pour aucun parti, et cela permet à la question du dépeuplement de trouver sa place dans l'agenda politique. Je crois que pour résoudre un problème, il faut d'abord l'inscrire à l'ordre du jour politique", dit Manuel Mostaza.

Ana Valiente, Euronews : "La bataille électorale pour gagner les votes de celle qu’on appelle l’"Espagne vide" ne fait que commencer. Nous verrons après les élections si la bonne volonté des partis envers les régions les plus dépeuplées d'Espagne disparaîtra ou si le cri désespéré des habitants aura enfin été entendu".