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DERNIERE MINUTE

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A Cuba, le coeur historique de La Havane orphelin des croisières américaines

Le Cubain Esteban Estrada nettoie sa Ford de 1934 en attendant d'éventuels clients, le 13 juin 2019 à La Havane
Le Cubain Esteban Estrada nettoie sa Ford de 1934 en attendant d'éventuels clients, le 13 juin 2019 à La Havane -
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Yamil LAGE
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Sa splendide Ford décapotable de 1934 rouge et blanche brille au soleil, mais aucun touriste ne monte dedans: pour Esteban Estrada, la récente interdiction aux bateaux de croisière américains de venir à La Havane le laisse pratiquement sans travail.

Garée près de la cathédrale au milieu d’une trentaine d’autres vieilles berlines américaines – l’image de marque de la capitale cubaine , sa voiture n’est pas la seule à ne pas trouver preneur.

“On est tous à l’arrêt alors que normalement, on serait tous en train de travailler”, raconte le chauffeur de 37 ans, “et ça fait plusieurs jours que ça dure”.

A ses côtés, plusieurs dizaines de collègues tout aussi désoeuvrés discutent sur un banc ou tentent d’alpaguer les touristes: “Un taxi, princesses?”, dit l’un d’eux au passage de deux femmes.

Auparavant simple chauffeur de taxi, Esteban a sauté sur l’occasion au moment du boom touristique provoqué par le réchauffement diplomatique entre Cuba et les Etats-Unis fin 2014. Depuis cinq ans, il balade les touristes à travers les lieux emblématiques de la ville: le boulevard côtier du Malecon, la place de la Révolution, le Capitole…

Mais le climat s’est refroidi entre les deux pays depuis l’arrivée à la Maison blanche de Donald Trump, qui multiplie les sanctions contre l‘île socialiste. Derniers à en payer le prix: les bateaux de croisière américains, auxquels il a été interdit de faire escale à Cuba comme ils le faisaient depuis 2016.

“Pas de plan B” /p>

Le 5 juin, certains chauffeurs de vieilles voitures américaines étaient sur le quai pour dire au revoir au dernier paquebot… en sachant que partait ainsi au lointain une grande source de revenus pour eux.

Pour l’Etat cubain, cela signifie moins de taxes (celles payées par les navires pour accoster), et pour les Cubains qui travaillent dans le tourisme, c’est une clientèle précieuse qui disparaît.

“Les touristes européens viennent généralement l’hiver, donc ceux qui nous permettaient de continuer à avoir du travail c‘étaient les touristes américains des bateaux de croisière”, explique Esteban. Les Américains peuvent encore venir à Cuba en avion, mais une majorité le faisaient par la mer.

Non loin de lui, Hector, qui conduit une Chevrolet rose de 1950, préfère ne pas donner son nom de famille. “Hier je n’ai pas travaillé de la journée”, confie-t-il. “Je me donne un mois, un mois et demi et si ça continue comme ça, je rends la licence”.

Il se rappelle le temps où, avant même de commencer sa journée, une agence de voyage l’appelait pour réserver un tour de la ville de deux ou trois heures. Désormais il doit “chasser” le touriste, mais ses frais n’ont pas baissé : entre licence, parking, essence et assurance, ce métier lui coûte 30 dollars par jour.

“Le gouvernement doit faire quelque chose !”, affirme-t-il. Plusieurs de ses collègues confirment que les autorités cubaines, prises de court, “n’ont pas de plan B”.

Généreux touristes américains –

Yoel Montano, 44 ans, avait lui aussi misé sur le déferlement de touristes américains: il y a deux ans, il a quitté son travail dans les champs de tabac pour venir à la capitale. Sa calèche, tirée par la jument “Mulata”, est désormais au chômage technique à l’ombre d’un arbre, dans la vieille ville.

“Quand venaient les bateaux de croisière, tout le pays était vivant, il y avait beaucoup de touristes”. Aujourd’hui, “les places sont vides”, c’est “trop triste”.

Trump “veut en finir avec nous, avec Cuba, il est fou !”. Pourtant, “les meilleurs touristes, ce sont les Américains: ils se comportent bien, ils sont gentils”, assure Yoel.

“Les touristes américains donnent beaucoup de pourboires et cela motive nos employés”, renchérit Eddy Basulto, 42 ans, patron du restaurant “Al Pirata”, dans une rue pavée du quartier touristique.

Eddy s’est spécialisé dans la “nourriture saine”, avec beaucoup de légumes et de fruits dans sa carte, en pensant justement à ces touristes. Mais avec le départ du dernier paquebot, “nos ventes ont chuté de 60%”.

“Ce matin, j’ai vendu seulement deux petits déjeuners”, alors que “quand venait un bateau de croisière (…), je servais jusqu‘à trois services de petits déjeuners à la suite, et ça me donnait une énergie incroyable pour la journée”.

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