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En Arabie saoudite, les femmes peuvent conduire depuis un an

Sabeeha al-Fakher, une Saoudienne de 68 ans, pose devant sa Lexus à Qatif sur la côte-est de l'Arabie saoudite le 11 juin 2019
Sabeeha al-Fakher, une Saoudienne de 68 ans, pose devant sa Lexus à Qatif sur la côte-est de l'Arabie saoudite le 11 juin 2019 -
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Mohammed al-Nemer
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Sabeeha al-Faker, veuve saoudienne de 68 ans, attache sa ceinture derrière le volant de sa Lexus gris-perle et tourne la tête vers son fils, assis sur le siège passager. Une inversion des rôles qu’elle n’aurait jamais cru possible.

Avant le 24 juin 2018, cela aurait constitué un crime en Arabie saoudite, un pays dans lequel les traditionalistes ont assuré pendant des décennies qu’autoriser les femmes à conduire favoriserait le mélange des genres et la promiscuité.

La fin de cette interdiction, qui a permis à des milliers de femmes de tous âges de passer derrière le volant, est le symbole le plus visible des changements sociaux en cours dans un pays qui cherche à se moderniser.

Sabeeha al-Faker, mère de cinq enfants, n’aurait jamais cru assister de son vivant à une telle réforme.

“Je n’y crois toujours pas”, dit-elle conduisant dans les rues de sa ville natale de Qatif (sur la côte est du pays).

Son mari, mort il y a dix ans, lui a appris en cachette à conduire lors de voyages dans le royaume voisin de Bahreïn dans les années 90, au risque de provoquer la colère des patriarches conservateurs de la famille.

Cette réforme a libéré de nombreuses femmes saoudiennes de la dépendance envers des parents hommes ou des chauffeurs privés.

“Autrefois, nous étions comme en cage” estime Munirah al-Sinani, 72 ans, mère de quatre enfants, au volant de sa voiture dans la ville voisine de Dhahran, son mari dans le siège passager. “La cage s’est ouverte. Nous volons. Nous allons où nous voulons”.

L’autorisation des femmes à conduire est la mesure la plus emblématique des réformes mises en place par le prince héritier Mohammed ben Salmane, dans un effort de moderniser le royaume, critiqué de longue date pour la façon dont il traitait les femmes.

Quelque trois millions de femmes pourraient passer leur permis et commencer à conduire d’ici à 2020, selon le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers.

- Militantes emprisonnées

Quelques auto-écoles pour femmes, en nombre insuffisant par rapport à la demande, ont ouvert dans le pays, et apprennent à des femmes de plus en plus nombreuses à conduire des voitures mais aussi des Harley-Davidson, des scènes inimaginables il y a deux ans.

Mais dans une société encore à bien des égards conservatrice, certaines restent en butte au sexisme voire sont victimes d’agressions dans les rues du royaume.

Sur les réseaux sociaux sont apparus des messages satiriques affirmant que les accidents sont causés par des conductrices ou leur conseillant de ne pas se maquiller en conduisant.

Plus alarmant, la voiture d’une femme qui avait commencé à conduire pour économiser le salaire de son chauffeur a été incendiée par des inconnus en juillet dernier, a rapporté la presse saoudienne. Cinq autres incendies de ce type ont été rapportés par la presse, depuis.

De nombreuses femmes doivent aussi affronter l’opposition de parents mâles, dans un pays où leur liberté dépend de leur “gardiens”: mari, père ou autre homme de la famille. Leur permission est requise pour étudier, se marier ou renouveler un passeport.

La permission d’un tel gardien n’est pas obligatoire pour conduire, mais les textes ne sont pas clairs sur les recours qu’ont des femmes physiquement empêchées de conduire par leur famille.

L’autorisation donnée aux femmes de conduire a toutefois été accompagnée par une campagne d’arrestations de militantes des droits humains, condamnée dans le monde entier, qui a commencé deux semaines avant la levée de l’interdiction.

Onze femmes sont passées en jugement en mars. Certaines affirment avoir été torturées et agressées sexuellement pendant leur détention, ce que démentent les autorités saoudiennes.

La plupart de ces Saoudiennes avaient milité pour le droit des femmes à conduire, certaines avaient même participé à la première manifestation sur ce thème en 1990. Huit d’entre elles ont été placées en liberté provisoire, dans l’attente de leurs procès.

Pour certains observateurs, cette offensive légale vise à envoyer un message selon lequel l’État est le seul arbitre du changement.

Mais pour de nombreux Saoudiens, ces décennies de lutte par ces militantes ont joué un grand rôle dans la fin de l’interdiction.

“Elles nous ont montré la voie”, estime Sabeeha al-Faker.

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