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La loi sur les haters d'Internet crée la polémique

La loi sur les haters d'Internet crée la polémique
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"Ce que nous engageons, c'est la fin de l'impunité": la députée LREM Laetitia Avia a donné mercredi le coup d'envoi des débats sur sa proposition de loi qui durcit la lutte contre la haine en ligne, jusqu'à la "censure" selon ses détracteurs.

Mesure phare de ce texte, rédigé sur celui du modèle allemand voté en 2018 : plateformes et moteurs de recherche auront l'obligation de retirer les contenus "manifestement" illicites sous 24 heures, sous peine d'être condamnés à des amendes jusqu'à 1,25 million d'euros.

Sont visées les incitations à la haine, la violence, les injures à caractère raciste ou encore religieuses.

"Cette loi porte en elle mon histoire"

"Ce qui n'est pas toléré dans la rue ne doit pas davantage l'être sur internet", clame la députée Avia.

La proposition de loi "porte en elle mon histoire, celle d'une femme qui n'accepte plus d'être (traitée) de négresse sur les réseaux sociaux", a lancé l'élue de Paris à la tribune en ouverture de débat qui se sont animés durant la nuit de mercredi à jeudi.

Des députés ont voulu étoffer la définition des contenus haineux en ligne. Le champ d'application du texte a été étendu à l'apologie des crimes contre l'humanité mais pas au négationnisme, ni à la haine de l'Etat d'Israël.

Les prémices d'une directive européenne ?

Objet de 370 amendements, le texte est au programme jusqu'à jeudi soir, avant un vote solennel le 9 juillet.

Le secrétaire d'État au Numérique Cédric O a dit devant les députés l'"humilité" du gouvernement face à un sujet "auquel aucun pays développé n'a encore su apporter une réponse". La proposition de loi doit apporter "la première pierre d'un schéma que nous pensons efficace, et qui pourra demain être porté au niveau européen", selon lui.

Fruit d'un travail depuis 2018 dans le cadre du plan gouvernemental contre le racisme et l'antisémitisme, le texte de Laetitia Avia reprend des préconisations d'un rapport au Premier ministre coécrit avec l'enseignant franco-algérien Karim Amellal et le vice-président du Conseil représentatif des institutions juives (Crif) Gil Taïeb.

La crainte d'une censure à la carte

Outre les retraits sous 24 heures, il est prévu un "bouton" identique pour les signalements par les utilisateurs.

Les plateformes devront rendre compte des actions et moyens mis en oeuvre pour lutter contre les messages de haine. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) veillera au respect du devoir de coopération et pourra, en cas de manquement persistant, imposer une sanction allant jusqu'à 4% du chiffre d'affaires annuel mondial.

Le président du Crif Francis Kalifat ces dispositions devant la presse, mais de leur côté, les trois principales organisations françaises de professionnels du numérique - Tech in France, Syntec Numérique et l'Asic - estiment que les députés visent trop large dans les contenus, "au risque de compromettre" son application.

Les grandes entreprises du numérique affichent leur soutien au renforcement de la lutte contre la haine en ligne, mais l'obligation de retrait inquiète. Car elle obligera les plateformes à décider très rapidement, au risque d'une cascade de polémiques et conflits juridiques.

Facebook en particulier, grand allié d'Emmanuel Macron pour une meilleure régulation d'internet, a fait part de son inquiétude.

Cédric O a confirmé qu'un groupe de contact, rassemblant magistrats, représentants des réseaux sociaux et de la société civile, sera mis en place pour "donner un certain nombre d'indications aux plateformes" sur les contenus à proscrire.

L'opposition unanime contre le texte

Parmi les oppositions, Les Républicains, comme les élus UDI, PS ou PCF, veulent eux redonner sa place au juge, et non aux algorithmes des plateformes, pour apprécier ce qui est illicite.

Si la plupart des groupes politiques soutiennent la lutte contre la cyber-haine, les communistes déplorent que "la régulation soit confiée aux Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple) et non pas à une puissance publique".

Les Insoumis jugent le dispositif "dangereux pour la liberté d'expression", craignant "des possibilités de censure par une plateforme privée".

Les députés RN sont également "hostiles" à un texte qui "porte en germe une certaine dangerosité pour les libertés publiques".