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Trump écrit une lettre incongrue à Erdogan : "Ne jouez pas au dur !" en Syrie

Trump écrit une lettre incongrue à Erdogan : "Ne jouez pas au dur !" en Syrie
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Dieu sait si Donald Trump a l'habitude de sortir des phrases incongrues, des vertes et des pas mûres, mais sur la crise turco-syrienne, il s'est dépassé ! Mercredi à Washington, une lettre rédigée de sa main, brève mais inimaginable de la part d'un président des Etats-Unis, a fuité dans la presse américaine, créant la stupeur au sein de la classe politique, y compris dans son camp républicain. Ce courrier est adressé au président turc, Recep Tayyip Erdogan ; il lui a été envoyé le 9 octobre dernier, le jour même du lancement de l'assaut des troupes turques contre les positions des combattants kurdes dans le nord-est de la Syrie.

"Laissez nous trouver un bon accord", écrit d'emblée le chef de l'Etat à son homologue. Les politologues qui décryptent le "style" Trump depuis le début de son mandat rappellent effectivement son obsession pour le "deal" (l'accord) quelle que soit l'affaire qu'il ait à traiter.

"Vous ne voulez pas être responsable du massacre de milliers de personnes, et je ne veux pas être responsable de la destruction de l'économie turque - ce que je ferai (comprenez, si j'y suis obligé). Je travaille dur pour résoudre certains de vos problèmes (...) L'Histoire vous jugera d'un œil favorable si vous agissez de façon juste et humaine. Elle vous considérera à jamais comme le diable si les choses se passent mal".

Et Donald Trump de conclure, jouant le moralisateur paternel :

Ne jouez pas au dur ! Ne faites pas l'idiot !

C'est Katie Rogers, une journaliste accréditée auprès de la Maison Blanche pour le très sérieux journal New York Times, qui a révélé et publié la lettre en question (ci-dessous). Elle paraissait toutefois tellement improbable qu'on a cru dans un premier temps qu'elle était fausse, puis son authenticité a été confirmée par les services de la présidence.

Eh bien, n'en déplaise à ses détracteurs, Donald Trump s'est auto-félicité, estimant que sa missive au président turc Erdogan était - ça ne s'invente pas ! - "brillante d'un point de vue stratégique".

Dixit Trump, les Kurdes "ne sont pas des anges"

A l'oral, il n'a pas été moins frontal. L'influent sénateur républicain Lindsey Graham, pourtant proche du chef de la Maison Blanche - ils jouent souvent au golf ensemble - a dit publiquement qu'il commettait certainement "la plus grande erreur de sa présidence" en laissant faire les forces turques sur le territoire syrien. Donald Trump a aussitôt envoyé le sénateur sur les roses en lui conseillant de s'occuper plutôt de ses électeurs en Caroline du Sud que de la géopolitique au Moyen-Orient.

Aux Etats-Unis, beaucoup de responsables politiques estiment que le président a tort d'abandonner les Kurdes à leur sort alors qu'ils se sont battus vaillamment aux côtés des soldats américains, et jusqu'au bout, pour écraser les djihadistes du groupe Etat islamique en Syrie comme en Irak. Là encore, Donald Trump a expédié les critiques en une phrase brut de décoffrage : les Kurdes, "ce ne sont pas des anges !". On pourrait comprendre qu'ils peuvent se débrouiller tout seuls...

Une résolution contre la politique présidentielle en Syrie

La Chambre des représentants ne l'entend pas de cette oreille. A une très large majorité, ses députés ont voté en faveur d'une résolution qui condamne la politique présidentielle sur le dossier syrien et près des deux tiers des élus républicains, ce n'est pas rien, ont appuyé leurs collègues démocrates pour l'adopter. Peu après la séance, Donald Trump a dû recevoir dans ses bureaux une délégation des chefs démocrates pour discuter justement de la situation turco-syrienne.

A l'issue de la rencontre, qui s'est déroulée sous tension, le chef du groupe d'opposition à la Chambre, Steny Hoyer, a dit sa stupéfaction :

Je suis allé dans de très, très, très nombreuses réunions de ce genre. Je n'ai jamais vu un président traiter de façon aussi irrespectueuse des représentants

Au cours de l'entretien, le chef de l'Etat a notamment traité Nancy Pelosi, la présidente démocrate du Parlement, de "politicienne de bas étage". Plus tard, il a fini son travail de destruction à coups de tweets :

"Nancy Pelosi a besoin d'aide et vite ! Soit il y a quelque chose qui ne tourne pas rond là- haut, soit elle n'aime tout simplement pas notre grand pays".

Il a conclu par une phrase d'une rare "élégance" :

Elle a totalement craqué ! Priez pour elle, c'est une personne très dérangée !
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