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Paris-Lisbonne à pied, le défi fou d'un jeune Parisien

Debbraah au départ de Barbezieux Saint-Hilaire lundi 04 novembre pour Euronews
Debbraah au départ de Barbezieux Saint-Hilaire lundi 04 novembre pour Euronews -
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1600 km à pied, entre Paris et Lisbonne en 50 jours et avec un minimum de budget. C’est le défi que s’est lancé Debbraah, un jeune parisien de 24 ans, livreur Uber au quotidien.

Il marche, seul, qu’il pleuve ou qu’il vente. Pour atteindre son but, Il suit sur son téléphone un itinéraire proposé par Google Map lorsqu'il avait préparé son voyage. Un parcours semé d’embûches incongrues offertes par les GPS : chemins fermés par des portails, routes nationales impossibles à traverser...

Debbraah marche pour le plaisir de marcher. “Je peux marcher parfois pendant deux heures sans m’en rendre compte tellement les paysages sont beaux.” Ce qui l’intéresse c’est le voyage : rencontrer des gens, découvrir la France et d’autres pays, même si son “emploi du temps [lui] laisse peu de temps pour le côté culturel”.

Il faut dire que s’il admire les paysages, le jeune homme chemine d'un bon pas. Avançant à raison d’une trentaine de kilomètres par jour, il marche même une fois la nuit tombée. Sans chercher “à mettre [sa] vie en danger”, il reconnaît qu’il “aime aussi pousser [ses] limites”. La boxe et le break dance, qu’il a pratiqués, l’ont aidé à avoir une bonne condition physique. Mais son amour de la marche aussi. Il nous explique qu’à Paris, “il fait un maximum à pied plutôt qu’en transport en commun”.

Tout a commencé par un pari lancé lors d'une conversation avec des amis en 2014. Paris-Marseille à pied ? Il se lance. Il a alors 19 ans, n’a jamais monté de tente de sa vie et part sans le dire à sa mère qui risquait de lui interdire de partir. “Je me suis pris une grosse claque le premier jour”. Mais 17 jours plus tard, le voilà profitant d’une semaine de vacances à Marseille, “super heureux”, bien qu’épuisé. Il n’avait prévu aucun jour de repos, n’avait pas pensé aux questions d’hygiène (vêtements, douche) marchant jusqu’à 70 km pendant 13 heures. L’expérience le passionne pourtant et il la réitère en juillet 2019, ralliant Venise depuis Paris.

Un départ difficile

Parti il y a deux semaines maintenant, il a déjà parcouru 403 km.

Ce lundi 4 novembre, il marche entre Barbezieux-Saint-Hilaire et Chepniers avec en ligne de mire Bordeaux, où il espère pouvoir se racheter une tente et un sac de couchage. En effet, sur un trajet aussi long, les galères ne manquaient pas de surgir.

Et c’est ainsi qu’un soir sa tente a pris l’eau, détrempant son sac de couchage et l’obligeant à passer la nuit dehors. Il a tenu jusqu’à 4h30 du matin, dans un état proche de l'hypothermie. Puis il a fini par aller frapper à la porte d’une chambre d’hôte tenue par des Anglais, en s’excusant. Il a pu alors se reposer. Puis il est reparti après avoir payé un prix d’ami et les bras chargés de victuailles offertes par ses hôtes.

Cette bienveillance de personnes rencontrées sur son chemin ne cesse pas de le surprendre. Le lendemain de cette péripétie, c’est un couple qui lui règle la note dans la seule pizzeria qu’il a trouvée ouverte pour se restaurer.

Cette bienveillance ne l’a pas accompagné depuis le début de son voyage. Son départ a, en effet, été retardé d’une journée à cause de la police. Le jour du départ, il est gare de Lyon avec son jeune frère de 16 ans qu’il a invité à venir marcher avec lui pour deux jours, son billet de retour déjà en poche. Ils cherchaient le train pour Etampes d’où ils comptaient partir pour ne pas avoir à traverser toute la banlieue parisienne. Ils se font alors arrêter pour un contrôle d’identité. Debbraah se fait embarquer pour sa première garde à vue de sa vie. Il en ressort une nuit plus tard avec une convocation en 2020 au tribunal, risquant 500 euros d’amende pour détention d’arme. En cause : le couteau et la chaînette dont il s’est équipé pour son voyage.

Cet épisode l’a mis “en colère”. “Ça a piqué d’autant plus qu’ils m’ont accusé de tricher dans mon projet me demandant pourquoi je prenais le train si le but était de marcher. Alors que je refuse à chaque fois que l’on me propose de me prendre en auto-stop. Je ne veux pas tricher justement.

Seul mais accompagné

Plutôt timide au départ” de son propre aveu, il raconte son périple sur les réseaux sociaux. Paysages, anecdotes, états d’âme, fatigue, rencontres avec toutes sortes d’animaux sauvages ou d’élevage, galères, menus, débats du jour ("grecs ou kebabs" ?), questions/réponses et morceaux de rap choisis : ses “stories” reflètent son caractère de manière très spontanée et enthousiaste.

Il n’était pas un instagrameur-né, il a “appris à parler à la caméra.” Il trouvait le fait de raconter sa vie sur les réseaux sociaux “pas très utile, pas super intéressant”. Mais, lors de son second périple, entre Paris et Venise, de plus en plus de personnes de son quartier dans le 19e arrondissement de Paris lui ont demandé de partager son voyage.

Il compte désormais près 6 400 abonnés et ce chiffre augmente chaque jour. Il a choisi de mettre cet intérêt au profit d’une association parisienne, Collecte75, qui aide les migrants sans-abri dans la capitale française, en lançant une cagnotte.

Un juste retour des choses car ces voyages, dit-il, lui ont fait prendre conscience “de la chance d’avoir un toit, de pouvoir dormir dans un lit ou de prendre une douche.” Il a “gagné en reconnaissance” envers la bonté des gens rencontrés en chemin : “j’ai été choqué par ce couple qui a payé ma pizza, précisément le jour où je n'avais plus que 25 euros en poche ; c’était trop gentil. Je ne reçois que du positif”.

Nous suivrons Debbraah, libre comme l'air sur les routes d'Europe, et le retrouverons en chemin, avec les Pyrénées qui se profilent et l'attendront à son arrivée à Lisbonne.
D’ici là, vous pouvez suivre sa route avec lui sur son compte Instagram, Snapchat (@Debbraah) ou Twitter.

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