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Idleb pourrait devenir une "nouvelle bande de Gaza"

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Des civils syriens fuient Idleb le 15 février 2020
Des civils syriens fuient Idleb le 15 février 2020   -   Tous droits réservés  Copyright 2020 The Associated Press All rights reserved
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Plus de 900 000 déplacés, des dizaines de morts depuis le mois de décembre. La Syrie a déjà été confrontée à des crises humanitaires, mais celle qui se profile laisse craindre le pire. Entretien avec Fabrice Balanche, Maître de conférences à l'Université Lyon 2, géographe et spécialiste de la Syrie.

"Cette crise humanitaire sera la plus grave, car vous avez, dans la zone d'Idleb, tenue par les djihadistes d'Al-Qaida, quasiment deux millions et demi de civils qui sont aujourd'hui coincés entre l'armée syrienne et le mur construit par les Turcs à la frontière, avec au milieu d'eux, des djihadistes qui sont prêts à tout. Personne ne veut de cette population, qui a déjà été déplacée à maintes reprises. On ne sait pas où l'envoyer. Elle n'a pas envie de revenir sous le contrôle de l'armée syrienne, les Turcs n'en veulent pas, donc ce qui se profile, c'est que la Turquie va en envoyer une partie dans l'Est et les territoires qu'elle a pris aux Kurdes, pour créer une ceinture arabe anti-kurdes. Mais ça ne suffira pas. Il y aura deux millions de gens qui vont être stockés dans le nord d'Idleb, dans une espèce de nouvelle bande de Gaza. À un moment donné, ne vont-ils pas essayer de pousser et de passer en Turquie? Ce sera alors la porte ouverte pour une nouvelle migration de masse vers l'Europe".

Ce déplacement massif de population pourrait-il considérablement changer la géographie humaine du pays ?

"Il y a déjà sept millions et demi de réfugiés, ce qui veut dire qu'il ne reste aujourd'hui en Syrie que 17 millions de personnes. Deux millions sont susceptibles de bouger, c'est-à-dire d'être expulsés. Nous allons donc nous retrouver avec une Syrie peuplée de 15 millions de personnes et 10 millions de Syriens à l'extérieur. Damas ne veut pas forcément du retour de ces populations qui ont soutenu la rébellion, c'est une sorte de punition collective. À partir de là, Bashar el-Assad va essayer de reconstruire le pays et une base sociale, une base politique surtout, avec ceux qui lui sont restés fidèles".

Malgré une population en souffrance et alors que l'Onu réclame en urgence des couloirs humanitaires, Bachar el-Assad continue son offensive, appuyé par l'aviation russe. La Turquie, elle, maintient des troupes dans le nord-ouest syrien et soutient les rebelles. La Syrie, nouvel arc de crise, est au cœur des enjeux internationaux ?

"La parenthèse de domination de l'occident après la chute de l'Union soviétique en 1991 est fermée. La crise syrienne nous montre que les Russes ont sauvé un régime qui était appelé à tomber, comme celui de Saddam Hussein ou de Slobodan Milosević. Là, c'est un point d'arrêt à l'hégémonie occidentale sur le monde".