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La peste porcine africaine, l'autre fléau sanitaire qui menace l'Europe agricole

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La peste porcine africaine, l'autre fléau sanitaire qui menace l'Europe agricole
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Le coronavirus n’est pas le seul virus à sévir actuellement en Europe. La peste porcine africaine cause elle aussi de gros dégâts économiques. Elle se transmet du sanglier sauvage au porc domestique et n'est pas transmissible à l'homme. La Pologne est au cœur du combat. Reportage.

C’est un cargo qui a ramené la maladie d’Afrique en Géorgie en 2007. La peste porcine africaine ou PPA s’est alors répandue en Russie et en Europe de l’Est avant d’atteindre la Pologne en 2014. Ces derniers temps, le virus menace la frontière allemande.

La chasse, vecteur de propagation

Tomasz Zdrojewski coordonne une ONG polonaise anti-chasse. Il nous emmène sur le lieu d'une battue, il y a quelques semaines :"Ils ont traîné les animaux morts dans le champ. Ici, il y avait des larges trainées de sang, de plusieurs dizaines de mètres de long. C'est un vrai problème, parce que d'autres animaux, d'autres sangliers, sont ensuite infectés par ce sang.”

Certains chasseurs polonais ne respectent pas les règles européennes de base sur le traitement des animaux morts qui ont été mises en place pour ralentir la propagation de la maladie.

“Le problème , poursuit Tomasz, vient de la chasse en groupes. Les animaux effrayés se réfugient dans d’autres régions, ce qui a pour effet de ramener l’épidémie vers l’ouest. Beaucoup de chasses ont lieu ici, même si chasser en groupe est interdit dans cette zone tampon.”

Les militants traquent les chasseurs avec leurs caméras, une vidéo choc a déclenché un débat national en Pologne. On y voit les chasseurs dépecer un sanglier, sans habits de protection, sans respecter les règles de base. Le sang est partout, les roues des véhicules baignent dans le sang.

La chasse, acteur de l'éradication

Les chasseurs ont aussi beaucoup de partisans dans la communauté paysanne. En Pologne occidentale, à Międzyrzec, nous rencontrons Paweł Egrowski, acteur majeur du marché, exportateur de viande porcine au Royaume-Uni et au Japon.

Quand des sangliers porteurs du virus PPA ont été découverts dans la région, Paweł s’est immédiatement débarrassé de ses 9 000 cochons. Puis, il a augmenté ses mesures de protection :

“La biosécurité est très importante, les véhicules viennent d’autres endroits. Il est vraiment obligatoire de les désinfecter en les passant dans ce tapis spécial pour nettoyer leurs roues. En plus de ça, on projette ensuite un liquide désinfectant sur la carrosserie.”

Paweł a pu récemment rencontrer le ministre polonais de l’Agriculture. Les fermiers encouragent le projet du gouvernement d’éliminer 90% de la population de sangliers sauvages en Pologne. Une loi autorise l’utilisation de silencieux et, si nécessaire, l’armée peut être sollicitée.
Plus tôt cette année, la région a du être fermée et quelques 2 000 sangliers abattus. Paweł se sent rassuré.

Il reçoit une aide d’état pour passer à un élevage porcin moins intensif, son bétail a diminué de moitié.

Il soutient l’action du gouvernement actuel contre la peste porcine africaine et critique ses prédécesseurs.

_“Le problème avec le gouvernement précédent, c'est qu'ils n'ont jamais eu d'argent, ni pour installer des clôtures à sangliers, ni pour les abattages de masse. Ils se contentaient de répéter : pas d'argent, pas d'argent.”
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Une population malade qui se déplace

Les sangliers sont de bon nageurs. En mars, un animal malade a été trouvé à 10 km seulement du fleuve qui longe la frontière germano-polonaise.

Alors pour contenir le sanglier hors d’Allemagne, les régions frontalières ont rapidement décidé de dresser une barrière anti-sangliers. 130 km de clôture pour protéger la Saxe le long de la Neisse.

Le temps est orageux, mais Dirk Würfel et ses collègues poursuivent leur travail.

Ils savent ce qui est en jeu : si un seul cas de peste porcine africaine est détecté sur le territoire allemand, le pays se verra interdire l'exportation de porcs vers la Chine.

Les éleveurs néerlandais et danois ont peur eux aussi. L'équipe de Dirk protège l'existence même des éleveurs de porcs en Europe occidentale.

_"C’est une clôture électrique, conçue pour dissuader les sangliers. C'est pour ça qu’elle est bleue, les scientifiques ont découvert que les sangliers distinguaient très bien le bleu. En plus de cela, nous avons mis un ruban spécial sur la clôture, qui bouge avec le vent et fait du bruit pour les faire fuir."
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Un réseau de laboratoires européens pour contrôler les foyers

Certains des plus grands chercheurs de Saxe, spécialisés dans les maladies infectieuses, nous accueillent dans ce laboratoire de Dresde.

Les chasseurs sont tenus par la loi de signaler chaque sanglier mort découvert en forêt. Équipés d'un outil spécial, ils prélèvent des échantillons organiques et les remettent à l'équipe du docteur Dietrich Pöhle.

L'équipe fait partie d'un important réseau de laboratoires, répartis dans toute l'Union européenne.

Leur mission : détecter le virus de la peste porcine africaine.

Le gouvernement a créé un groupe de travail dédié, prêt à déclencher des mesures de quarantaine sévères dans les élevages de porcs de l'Union.

"La peste porcine africaine n'est dangereuse que pour les sangliers et les porcs domestiques, expliquent le docteur Pöhle, mais elle est totalement inoffensive pour l'homme. La maladie peut se transmettre aux porcs domestiques. Mais il existe un autre risque : les produits contenant de la viande de porcs malades, comme les saucisses, peuvent transporter la maladie sur de longues distances."

Une catastrophe économique à éviter

Retour à l'est de la Pologne, dans la petite ville de Gęś.

Andrzej Waszczuk est éleveur de porcs, comme son père et son grand-père, il craint que la tradition familiale ne prenne fin bientôt.

L'année dernière, quelque 35 000 porcs ont été abattus dans le nord-est de la Pologne. Au début de cette année, 24 000 autres ont été abattus ... à l'ouest.

Andrzej Waszczuk reproche au gouvernement de négliger les dépistages sur les sangliers morts, considérés comme de potentielles "bombes virales".

“Les cadavres de sangliers morts ne sont pas détruits à temps, ils restent sur place trop longtemps, ils les ramassent parfois au bout de trois ou quatre jours. Cela met les agriculteurs du coin, comme moi, très en colère. Avant l'apparition de la maladie, nous étions environ 2 000 éleveurs de porcs dans cette région. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que 600 tout au plus.”

De tels exemples de collaboration entre pays frontaliers se retrouvent partout en Europe et permet jusqu'ici de contrôler l'épidémie.
Ainsi, apparue en Belgique en 2018, la PPA est quasiment sous contrôle dans une région qui s’étend de la Wallonie au nord-est de la France et au Grand duché du Luxembourg. Là bas aussi, les zones tampons et les battues géantes ont été nécessaires pour garder le contrôle de ce fléau.

Journaliste • Pierre Michaud