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Août 2020 : chaleur accrue à terre et en Méditerranée où les coraux souffrent

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Wilks, Jeremy
Wilks, Jeremy   -   Tous droits réservés 
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Le Service Copernicus concernant le changement climatique a publié ses dernières données pour août 2020 et ce dernier mois a une nouvelle fois rimé avec chaleur.

En Europe par exemple, les températures ont été plus élevées de 1,1°C par rapport à la moyenne de la période de référence 1981-2010.

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Hausse de la température moyenne en Europeeuronews

Records de chaleur battus

Plus précisément sur la carte des anomalies de température moyenne de l'air en surface, on peut voir quelques-unes des grandes tendances du mois dernier : il a fait beaucoup plus chaud que la moyenne dans le nord-ouest de la Sibérie, plus frais dans l'ouest de la Russie et plus chaud sur une grande partie de l'Europe.

Un jour, il a même fait 35,9°C à Uccle en périphérie de Bruxelles : c'est un record pour cette ville en août.

Dans le même temps, l'ouest des États-Unis a été confronté à plus de chaleur et de sécheresse que la moyenne. Et il se peut que nous ayons atteint un nouveau record mondial pour un mois d'août avec 54,4°C dans la vallée de la Mort en Californie.

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Deux records de chaleur en aoûtCopernicus

Le phénomène des vagues de chaleur marines

Un autre graphique fourni par N. Bensoussan dans le cadre du projet T-MEDNet MHW Tracker grâce aux données du Service de Surveillance de l'Environnement Marin de Copernicus fait un état des lieux des vagues de chaleur marines en août en Méditerranée, un phénomène qui a concerné au moins 84 % des océans.

Cette carte ci-dessous présente le nombre de jours où la température de l'eau est supérieure de 2, 3 voire 4 degrés par rapport à la normale.

On constate que les zones autour de l'Italie, près de la Libye, du Maroc, de l'Espagne et de l'Algérie sont particulièrement touchées.

Ces épisodes sont générés par un temps plus chaud, exactement comme à terre. Et avec le changement climatique, ils deviennent plus fréquents, gagnent en intensité et durent plus longtemps.

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Vagues de chaleur marines en Méditerranée en aoûtEuronews

Au large de la Catalogne, des colonies de gorgones sont en train de dépérir

Les vagues de chaleur marines peuvent avoir un effet dévastateur sur les écosystèmes, notamment sur les coraux, havres de paix pour la biodiversité. Nous sommes allés le constater par nous-mêmes en Catalogne.

Nous accompagnons le biologiste marin de l'Institut des sciences marines ICM-CSIC Joaquim Garrabou pour l'une de ses séances régulières de plongée autour des îles Medas près de la station balnéaire d'Estartit. Cet archipel constitue une réserve marine protégée depuis 1983, ce qui en fait un lieu idéal pour évaluer les conséquences des vagues de chaleur marines.

Nous allons plonger à 15 mètres de profondeur pour observer une population de gorgones, une sorte de corail souple qui est train de dépérir à cause de la hausse des températures.

"Notre tâche consiste essentiellement à compter combien de colonies sont épargnées et combien sont en train de mourir," explique Joaquim Garrabou. "Habituellement, dans les populations qui sont dans un bon état de conservation, les colonies affectées par la mortalité représentent moins de 5 à 10% ; or ici, dans cette population, ces dernières années, on a constaté que plus de 80% des colonies étaient touchées par cette mortalité," souligne-t-il.

Des dégâts à très long terme

Une fois sous l'eau, le chercheur relève la présence de gorgones morts dans des zones qui, il y a dix ans, étaient encore pleines de vie. La température moyenne de la mer Méditerranée augmente d'environ 0,4 degrés par décennie. Mais le problème le plus urgent, ce sont les vagues de chaleur marines. Les îles Medas ont enregistré 30 jours de vagues de ce type depuis le 1er juillet dernier.

À cette profondeur de quinze mètres, la température de l'eau devrait être comprise entre 19 et 22°C. Ce jour-là, elle est de 23°C. Les coraux ne sont tout simplement pas adaptés pour survivre dans ces conditions. "On sait que la limite pour un grand nombre de ces espèces, c'est environ 24-25 degrés," précise Joaquim Garrabou. "Des périodes d'exposition à des températures supérieures à cette limite entraînent un stress physiologique, une virulence plus forte des possibles pathogènes et cela finit par causer les taux de mortalité que l'on observe," souligne-t-il.

Les vagues de chaleur marines ne concernent pas que la Méditerranée : les forêts de laminaires et les récifs coralliens souffrent de l'Australie à la Californie. Et l'avenir s'annonce sombre. Même si l'on parvenait à inverser la tendance du réchauffement de notre planète, il faudrait plus d'un siècle à ces colonies pour se rétablir.

"Ces sont des espèces qui ont une très longue durée de vie : elles peuvent vivre des dizaines, des centaines d'années et donc, il faudra autant d'années, voire plus pour voir ces colonies retrouver leur état antérieur," estime Joaquim Garrabou.