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Crise du 737 MAX : le Congrès américain accable Boeing et le régulateur

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Crise du 737 MAX : le Congrès américain accable Boeing et le régulateur
Tous droits réservés  Michael Probst/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
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Les accidents mortels du 737 MAX représentent "l'horrible aboutissement" d'une série de défauts d'ingénierie, de mauvaise gestion de la part de Boeing et d'un manque de supervision de la part du régulateur de l'aviation (FAA), a conclu mercredi une commission des Transports du Congrès américain.

Dans un rapport final de 239 pages sur les crashs de Lion Air en octobre 2018 et de Ethiopian Airlines en mars 2019, fruit de 18 mois d'enquête, de plus d'une vingtaine d'auditions et de l'examen de 600 000 pages de documents, il est reproché au constructeur "la répétition inquiétante de mauvaises évaluations techniques et d'erreurs de jugement troublantes de la part de la direction".

La FAA y est vilipendée pour ses "nombreuses lacunes en termes de supervision et de responsabilité".

Les principales conclusions avaient déjà été dévoilées dans un rapport préliminaire. Mais cette mouture finale détaille davantage les manquements à tous les niveaux.

Écrit par les démocrates de la commission des Transports de la Chambre des représentants, le rapport "contient des révélations troublantes sur la façon dont Boeing - sous pression pour concurrencer Airbus et réaliser des bénéfices pour Wall Street - a échappé à l'examen de la FAA, a caché des informations critiques aux pilotes et a finalement mis en service des avions qui ont tué 346 personnes innocentes", a résumé son président, Peter DeFazio.

Mais il apporte aussi au Congrès, espère-t-il, "une feuille de route" sur les mesures à prendre pour renforcer la sécurité aérienne et améliorer la responsabilité des entreprises "afin de garantir que l'histoire du Boeing 737 MAX ne se répète jamais".

Le groupe affirme avoir pour sa part "travaillé d'arrache-pied pour renforcer (sa) culture de la sécurité et rétablir la confiance avec (ses) clients, les régulateurs et le public".

Proches de victimes sceptiques

Le rapport met en avant cinq problèmes majeurs, à commencer par la forte pression financière mise sur Boeing et le programme du 737 MAX pour concurrencer au plus vite le nouvel Airbus A320 Neo, poussant l'avionneur à réduire les dépenses et à maintenir coûte que coûte le calendrier de production.

Le document blâme également les hypothèses faites par Boeing sur des technologies essentielles de l'appareil, dont le logiciel anti-décrochage MCAS mis en cause dans les deux accidents, ainsi que sur les réactions des pilotes aux éventuels problèmes.

"La culture de dissimulation" qui prévaut chez le constructeur et l'a empêché de partager des informations cruciales avec les autorités, ses clients et les pilotes du 737 MAX, est aussi pointée du doigt.

Les auteurs du rapport mettent également en avant la façon dont le régulateur supervise Boeing : dans la mesure où des employés de l'entreprise effectuent certaines tâches au nom de la FAA, cela crée, à leurs yeux, des "conflits d'intérêt inhérents".

Ils déplorent enfin l'influence trop importante de Boeing sur la FAA, qui, à plusieurs reprises, a poussé les responsables de l'autorité à rejeter les conclusions de ses propres techniciens à la demande du constructeur.

Le régulateur a affirmé mercredi dans un communiqué avoir déjà commencé à se transformer et être prêt à travailler avec la commission pour mettre en œuvre les changements recommandés.

"Ces initiatives visent à faire progresser la sécurité aérienne en améliorant notre organisation, nos processus et notre culture", a souligné la FAA.

Le rapport parlementaire est publié alors que le 737 MAX, cloué au sol depuis mars 2019, s'est récemment rapproché d'un retour dans le ciel avec une série de vols de certification aux États-Unis et au Canada.

Une fois autorisé à revoler, le MAX "sera l'un des appareils les plus minutieusement contrôlés de l'histoire et nous avons pleinement confiance en sa sécurité", a souligné mercredi Boeing.

Certains proches de victimes des crashs restent toutefois sceptiques.

Les autorités ne devraient pas donner le feu vert au 737 MAX "tant que la FAA n'aura pas retrouvé son autorité sur Boeing et que Boeing ne mettra pas en place une gouvernance plaçant de nouveau la priorité sur sa responsabilité principale, qui est de fabriquer des avions sûrs", a ainsi estimé Paul Njoroge, qui a perdu sa femme, ses enfants et sa belle-mère dans le crash d'Ethiopian Airlines et avait témoigné devant la commission.

"La FAA et Boeing ont caché des informations par le passé et le font de nouveau", avance de son côté Michael Stumo, qui a perdu sa fille dans l'accident. Il souhaite voir plus de données sur le processus de recertification de l'appareil avant qu'il ne soit approuvé.