Le candidat de l'extrême droite Abelardo de la Espriella, admirateur de Donald Trump, est arrivé en tête du vote, suivi de près par le sénateur de gauche Iván Cepeda, soutenu par l’actuel président Gustavo Petro.
Le candidat de l'extrême droite et admirateur de Donald Trump, Aberaldo de la Espriella, est arrivé en tête d'un premier tour de la présidentielle colombienne. Au second tour, il sera face à Iván Cepeda, sénateur et philosophe de gauche, proche du président sortant Gustavo Petro.
Cepeda a recueilli 41 % des suffrages, contre 44 % pour De la Espriella.
Ce score dépasse les attentes pour De la Espriella, 47 ans, avocat pro‑Trump, chanteur et créateur de vêtements qui se surnomme « Le Tigre » et se présente comme un outsider décidé à bousculer les codes de la politique.
Cepeda est un sénateur progressiste qui a promis de poursuivre un plan délicat visant à instaurer une « paix totale » en négociant des accords avec les guérillas et les bandes criminelles.
Il a constamment caracolé en tête des sondages avant le scrutin de dimanche, mais dans les semaines précédant le vote, De la Espriella a rapidement gagné du terrain en promettant de sévir contre les groupes armés.
Mais Cepeda et Petro ont semé le doute sur les résultats du premier tour, affirmant sans fournir de preuves que des centaines de milliers de votes ont été manipulés et que des acteurs étrangers sont intervenus dans le scrutin.
Cepeda a déclaré qu’il attendait que les autorités électorales examinent les résultats avant de reconnaître l’issue du scrutin.
« Ce n’est que lorsque les commissions de dépouillement auront complètement clarifié ce qui s’est passé que nous commenterons les résultats de ce soir », a indiqué Cepeda, tout en reconnaissant que le scrutin devrait se jouer lors d’un second tour.
Il a juré de vaincre « l’extrême droite fasciste » lors du second tour du 21 juin, en associant son rival aux mafieux et aux ploutocrates.
Le résultat pourrait redéfinir les relations avec les États‑Unis
Ce scrutin polarisé intervient alors que l’administration Trump joue un rôle plus offensif en Amérique latine que n’importe quel gouvernement américain depuis des décennies, en accentuant la pression sur des pays comme la Colombie, le Mexique ou l’Équateur pour qu’ils durcissent notamment leur lutte contre la criminalité.
L’élection met aussi en lumière deux visions diamétralement opposées de l’avenir du processus de paix dans un pays marqué par des années de conflit.
D’un côté, Cepeda promet de poursuivre le programme progressiste de Petro et accentuer les efforts pour négocier des accords de paix avec les groupes armés, selon une feuille de route qui devrait fortement contraster avec la vision de Trump pour l’Amérique latine.
De l’autre, De la Espriella promet une répression implacable contre les groupes criminels et la construction de dix méga‑prisons, dans la lignée de la politique de « guerre contre les gangs » du président salvadorien Nayib Bukele, qui a fait chuter les taux d’homicides mais alimenté les accusations de violations des droits humains.
Ce scrutin, organisé dix ans après la signature par la Colombie d’un accord de paix historique avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), est perçu comme un référendum sur la politique de Petro.
L’accord conclu il y a dix ans avait fait naître l’espoir de briser le cycle infernal des affrontements entre groupes rebelles et forces gouvernementales. Mais la violence est depuis repartie à la hausse, en partie à cause des groupes armés, qui ont profité des négociations de paix avec le gouvernement Petro pour gagner du terrain.
Cette dynamique a atteint son paroxysme à l’approche de l’élection. Les groupes criminels ont multiplié les attaques par drones, les agressions armées ont émaillé la campagne et, en juin dernier, l’homme politique de 39 ans et aspirant à la présidence Miguel Uribe Turbay a été mortellement touché par balles lors d’un meeting.
Cepeda et Petro conservent néanmoins un important socle de soutien, notamment grâce aux politiques progressistes mises en œuvre sous le mandat de Petro, comme la hausse du salaire minimum.
Ces résultats au coude‑à‑coude augurent toutefois de sérieuses difficultés pour Cepeda au second tour, De la Espriella étant pressenti pour capter une large part des voix qui s’étaient portées au premier tour sur un autre candidat conservateur.