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La citoyenneté européenne n'est plus à vendre à Chypre

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Vue aérienne de la capitale chypriote Nicoasie
Vue aérienne de la capitale chypriote Nicoasie   -   Tous droits réservés  Roy Issa / AFP
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Ils ont déboursé des millions pour obtenir un passeport européen.
Le système mis en place à Chypre en 2007 sera supprimé le premier novembre prochain. En cause : des abus présumés de ce programme controversé destiné à faire venir des fortunes sur l'île. Moyennant un investissement de 2,5 millions d'euros, comme l'achat d'une résidence, un citoyen pouvait acheter son passeport chypriote et donc obtenir la citoyenneté européenne. En l'espace de 13 ans, le dispositif a généré 7 milliards d'euros.

L'annonce surprise du gouvernement est survenue quelques heures après la diffusion par Al-Jazeera d'images montrant des fonctionnaires qui auraient tenté d'aider une personne, agissant en tant que client avec un casier judiciaire, à obtenir un passeport chypriote.

"Se faisant passer pour des représentants d'un personnage fictif censé être un criminel, nos journalistes infiltrés ont été initiés (...) au programme d'investissement à Chypre par des avocats et des agents immobiliers, menant finalement à des politiciens haut placés", a expliqué Al-Jazeera dans un communiqué.

Le ministre chypriote de la Justice, George Savvides, a assuré qu'il y aurait une enquête complète pour répondre à "l'indignation, la colère et l'inquiétude" provoquée par l'enquête d'Al-Jazeera.

"Nous ferons tout ce qui est nécessaire dans le but de protéger l'intérêt public", a-t-il ajouté dans un communiqué.

Les politiciens incriminés dans l'enquête télévisée, un député et le président du Parlement, ont nié toute irrégularité de leur part.

Toutefois, le député en question, Christakis Giovanis, a démissionné du Parlement et des postes qu'il occupait au sein de son parti. Et le président du Parlement, Demetris Syllouris, a annoncé mardi qu'il quittait ses fonctions jusqu'à la fin de l'enquête policière.

De son côté, l'Union européenne a accueilli avec satisfaction l'annonce du gouvernement chypriote. "Je salue la décision prise par Chypre de supprimer" les passeports en or, a tweeté le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders.

Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, s'est également réjouit sur Twitter de la décision "très positive" prise par les autorités chypriotes.

Bruxelles estime que le dispositif pourrait aider des individus du crime organisé à infiltrer l'Union et fait pression sur Chypre : "La présidente Von der Leyen a été claire en déclarant que les valeurs européennes ne sont pas à vendre. La Commission a fréquemment fait part de ses graves préoccupations concernant les programmes de citoyenneté des investisseurs, et directement auprès des autorités chypriotes. La Commission examine actuellement la conformité avec le droit européen du système chypriote en vue d’éventuelles procédures d’infraction " souligne Christian Wigand , porte-parole de la Commission européenne.

Chypre est en train de réexaminer les quelque 4 000 personnes ayant bénéficié du dispositif. Nicosie a déjà révoqué sept passeports.

Une précédente enquête avait montré que des Russes fortunés et des ressortissants chinois étaient "prêts à payer des millions de dollars pour un passeport de l'Union européenne" à Chypre.