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Le festival Lumière 2020 fête les frères Dardenne et le cinéma

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Le Festival Lumière a attribué son Prix 2020 aux frères Dardenne à Lyon, succédant ainsi à Francis Ford Coppola.

L'actrice Émilie Dequenne découverte par les "Frères" dans Rosetta, Palme d'or à Cannes, en témoigne :

"(Cette récompense) est une évidence avec une identité qui est propre à celle des frères : ils ont un cinéma unique en leur genre... Que la lumière soit avec les frères !"
Emilie Dequenne, actrice

Les frères, double Palme d'or à Cannes, sont les auteurs d'une œuvre immense qui marquera l'histoire du cinéma. Ils ont été accueillis sur la chanson intitulée "Vesoul" de leur compatriote Jacques Brel.

"Formidable !" s'exclame Luc Dardenne après avoir reçu le Prix. "Émouvant, bouleversant..." renchérit Jean-Pierre Dardenne. "On avait vu Vesoul, mais Lyon, on n'avait jamais vu !" ajoute Luc Dardenne dans un sourire.

"Une petite filiation entre les frères Lumière et nous"

Le Prix Lumière se veut un peu l'équivalent d'un Prix Nobel qui existe pour la littérature, mais pas pour le cinéma.

Les deux frères ont confié à Euronews, leur connexion avec les inventeurs du cinématographe et la légitimité de recevoir ce Prix Lumière.

"Ce Prix nous est remis dans la ville de Lyon, là où le cinéma a été inventé, il est remis par l'Institut Lumière, et les Lumière étant deux frères, c'est un petit plus pour nous, nous sommes aussi deux frères ! Donc, on ne peut pas s'empêcher - quoiqu'on puisse penser par ailleurs - qu'il y a une espèce de petite filiation entre ces frères Lumière et nous !"
Jean-Pierre Dardenne, réalisateur
"Ce qui est formidable avec ce Prix, c'est qu'il est unique, on ne peut pas l'avoir deux fois. On peut avoir d'autres prix deux fois, mais pas le Prix Lumière"
Luc Dardenne, réalisateur

Des cinéastes qui ont toujours été au plus près du réel et de leurs personnages, souvent aux marges... Leur dernier film primé à Cannes en 2019, Le Jeune Ahmed parlait avec prémonition d'un jeune radicalisé qui tente de poignarder son enseignante, en résonance douloureuse avec l'acte terroriste perpétré contre un professeur en France.

Le festival Lumière a accueilli 23 films de la Sélection officielle de Cannes 2020, qui n'a pas eu lieu physiquement, dont le film Drunk, récemment primé à San Sebastian et à Londres de Thomas Vinterberg, l'un des invités d'honneur aux côtés d'Oliver Stone notamment.

"Ce festival est particulièrement important en ce moment parce que les gens se réfugient dans leur canapé, et Thierry se bat pour faire revenir les gens dans les salles, pour cette expérience collective de l'obscurité. Et ça ne pourrait pas avoir plus de sens que de faire ça ici, dans cette ville des Lumière, où tout a commencé...".
Thomas Vinterberg, réalisateur

Des classiques restaurés aux avant-premières cannoises...

Retour aux sources même du cinéma, avec des projections Rue-du-Premier-Film, à l'Institut Lumière mais aussi dans plus de 40 salles de la Métropole de Lyon.

Films classiques, copies restaurées, hommage, rétrospectives, il y en avait pour tous les goûts et le public s'est déplacé malgré les conditions sanitaires. Le regard était aussi tourné vers l'avenir.

Parmi les autres films de la sélection officielle cannoise, le premier film d'une régionale de l'étape, Charlène Favier, qui présenta au Cinéma ComoediaSlalom, en présence de l'actrice principale, Noée Abita et d'une grande partie de l'équipe du film, tourné et co-produit en région par Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma. Le film sort sur les écrans français le 4 novembre.

"Quel bonheur d'avoir le coup de fil de Thierry Frémaux pour nous annoncer la sélection officielle : il y a quelque chose de complètement fou pour un premier film. Cela nous a donné le petit tampon qu'il fallait pour qu'on soit encore un peu plus légitime"
Charlène Favier, réalisatrice

Ce film semi-autobiographique qui aborde la question du harcèlement sexuel dans le sport a été écrit des années avant le mouvement #MeToo. Y figure Jérémie Renier, l'un des acteurs révélés par... les frères Dardenne.

Le Festival Lumière, du passé à l'avenir du cinéma...

Quand aux frères cinéastes, comme de tradition, ils ont aussi tourné leur remake du premier film de l'histoire du cinéma, "La Sortie des usines Lumière", à l'endroit même ou les autres frères, Louis et Auguste Lumière, inventeurs et cinéastes, actionnait pour la fois leur Cinématographe, qui donnera dans la foulée naissance à la salle de cinéma.

Dans leur remake cette année, les Dardenne ont ajouté des angles de prises de vues, mettant notamment au point le départ filmé caméra épaule de leur "Rosetta", Emilie Dequenne, sur le porte-bagage d'une bicyclette, dans cette Rue-du-Premier-Film, qui s'appelait en 1895, Chemin Saint-Victor. Devant la caméra, les acteurs du monde du cinéma, masqués, ont remplacé les ouvriers. Un signe des temps, forcément symbolique.

125 ans après, le cinéma était devenu une industrie extrêmement florissante avant la pandémie de la Covid-19. Le film est et restera toujours un produit phare de l'industrie culturelle, mais la salle de cinéma est gravement touchée, avec aussi l'habitude, notamment des nouvelles générations nées à l'ère du digital, de visionner directement sur les plateformes les nouvelles productions, y compris hollywoodiennes. La dernière production de Pixar, Soul, sélectionné à Cannes, a aussi été montrée pendant le festival, une réussite cinématographique qui, malheureusement, sortira directement sur les plateformes Disney.

Mais il n'y aura pas de mort du cinéma, comme l'a répété justement Thierry Frémaux tout au long du festival qu'il dirige. Le Festival Lumière, a d'ailleurs initié depuis 2013 un Marché International du Film Classique, dédié à la filière patrimoine du cinéma, dont les formes de diffusion se diversifient, intéressant notamment les plateformes.

Les films d'aujourd'hui seront les films de patrimoine de demain, et le Festival Lumière a plus que jamais réussi, en cette année, si particulière, à réunir le passé et l'avenir du cinéma.

Journaliste • Frédéric Ponsard