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En Corée du Nord, Kim Jong-un annonce vouloir entrouvrir la porte

Sur cette photo fournie par le gouvernement nord-coréen, le leader nord-coréen Kim Jong Un assiste à un congrès du parti à Pyongyang, Corée du Nord, le jeudi 7 janvier 2021.
Sur cette photo fournie par le gouvernement nord-coréen, le leader nord-coréen Kim Jong Un assiste à un congrès du parti à Pyongyang, Corée du Nord, le jeudi 7 janvier 2021.   -   Tous droits réservés  朝鮮通信社/KCNA via KNS
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2021 serait-elle l'année de changement pour la Corée du Nord ? Le dirigeants nord-coréen Kim Jong-un a souligné la nécessité d'améliorer considérablement les liens du pays avec le monde extérieur, à l'occasion d'un discours tenu le troisième jour d'une importante conférence politique.

Les médias d'Etat rapportent que Kim a par ailleurs exprimé le souhait de réévaluer les relations avec le rival sud-coréen, sans pour autant préciser les mesures qu'il a déclaré vouloir prendre. Pour les observateurs de cette dictature héréditaire, Kim Jong-un utilise le premier congrès du Parti du travail, le parti unique au pouvoir, depuis cinq ans pour envoyer des signes de conciliation envers Séoul et Washington, alors qu'il est confronté à des difficultés économiques croissantes dans son pays.

Dans son discours ce jeudi, le leader a en effet "déclaré l'orientation générale et la position politique de notre parti pour l'expansion et le développement des relations extérieures", selon l'Agence centrale de presse coréenne, un organe officiel.

Kim a également examiné les relations avec la Corée du Sud "comme l'exige la situation actuelle et les temps nouveaux", a déclaré l'agence officielle.

Ce congrès est le principal organe décisionnel du parti ; il examine les projets passés, définit de nouvelles priorités et remanie les hauts responsables. Il a été convoqué alors que Kim Jong-un cherche à surmonter ce qu'il appelle des "crises multiples" causées par une économie malmenée par la fermeture des frontières liée à la pandémie de Covid-19, une série de catastrophes naturelles et les sanctions économiques imposées par les États-Unis.

"Crises multiples" et nouveau plan de développement

Dans son discours d'ouverture, le dictateur nord-coréen a admis que ses précédents plans économiques avaient échoués et a promis d'adopter un nouveau plan de développement sur cinq ans. Le deuxième jour de la réunion, il a déclaré qu'il renforcerait la capacité militaire de son pays.

Héritier du pouvoir à la mort de son père Kim Jong-il fin 2011, Kim Jong-un a célébré ce vendredi ses 37 ans. Son anniversaire n'a pas encore été désigné comme un jour férié national comme celui de son père et de son grand-père, Kim Il-sung, premier dirigeant du pays. Les médias officiels a déclaré que le congrès se poursuivrait, suggérant qu'il y aurait une session de quatre jours le jour de l'anniversaire du leader.

Ce n'est pas pour autant une révolution copernicienne ou une pérestroïka coréenne qui a lieu. Lors de la session de ce jeudi, Kim Jong-un a également appelé à "éliminer complètement les éléments non socialistes" dans la société nord-coréenne et a proposé des moyens de promouvoir la "puissance du système social de notre Etat", selon les médias officiels. Il a également critiqué les organisations de travailleurs, y compris la ligue des jeunes, pour avoir prétendument manqué à leurs devoirs et a déclaré que la ligue devait donner la priorité à "l'éducation idéologique" avant toute autre tâche.

Le gouvernement nord-coréen a réprimé ce qu'il appelle "des pratiques non-socialistes étrangères et malsaines". Le mois dernier, les médias d'Etat ont déclaré que le parlement nord-coréen avait adopté "une loi sur le rejet de l'idéologie et de la culture réactionnaires". Des spécialistes du pays affirment que la Corée du Nord se prémunit contre une possible propagation du capitalisme et un relâchement de l'unité nationale dans un contexte de difficultés économiques.

L'arrivée de Joe Biden en toile de fond

L'agence d'espionnage sud-coréenne a affirmé que le dirigeant nord-coréen serait préoccupé par le président américain Joe Biden, qui doit prendre ses fonctions le 20 janvier prochain. Biden a traité M. Kim de "voyou" et il est peu probable qu'il ait des entretiens directs avec lui, à moins que la Corée du Nord ne prenne des mesures sérieuses en vue de la dénucléarisation. Le tango diplomatique Kim-Trump avait finalement échoué lors d'un sommet au Vietnam début 2019, après que Trump ait rejeté l'offre du dictateur nord-coréen de démanteler son principal complexe nucléaire, une mesure de désarmement limitée, en échange d'un allègement des sanctions.

Les liens entre les deux Corées se sont développés après que M. Kim ait entamé des pourparlers avec Donald Trump. Mais la Corée du Nord a interrompu ses échanges avec le Sud et a repris une rhétorique dure à son égard depuis l'échec du sommet au Vietnam.

Certains observateurs affirment que la Corée du Nord est irritée par le fait que le Sud n'a pas réussi à se détacher de Washington et à relancer des projets économiques communs bloqués par les sanctions imposées par les États-Unis. Ils spéculent également que la Corée du Nord a d'abord pensé que la Corée du Sud l'aiderait à obtenir un allègement des sanctions mais qu'elle s'est montrée contrariée après que Kim Jong-un soit rentré les mains vides du sommet de 2019.

Ces observateurs affirment également que la Corée du Nord pourrait d'abord tendre la main à la Corée du Sud pour promouvoir un climat de réconciliation avant d'insister pour des pourparlers avec l'administration Biden. La diplomatie nucléaire entre Kim et Trump avait commencé après que des responsables sud-coréens aient rencontré le dirigeant nord-coréen début 2018 et aient fait part à Washington de sa volonté déclarée de renoncer à son programme nucléaire en échange d'avantages économiques et politiques.

Sources additionnelles • Traduction et adaptation : Thomas Seymat