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Etats-Unis : l'invasion du Capitole, point culminant d'un an de rapprochement entre radicaux

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Par Thomas Seymat
Des manifestants violents, fidèles au président Donald Trump, prennent d'assaut le Capitole, le mercredi 6 janvier 2021, à Washington DC.
Des manifestants violents, fidèles au président Donald Trump, prennent d'assaut le Capitole, le mercredi 6 janvier 2021, à Washington DC.   -   Tous droits réservés  AP Photo/John Minchillo
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La foule qui a assiégé le Capitole à Washington DC le 6 janvier était aussi déterminée qu'elle était bigarrée. Parmi les fidèles du président Donald Trump arrêtés après avoir pris le bâtiment d'assaut, on trouve des chefs d'entreprise, des retraités, des agitateurs d'extrême-droite, des milices paramilitaires, des policiers, des pompiers, des éducateurs, des complotistes et même un nageur olympique médaillé.

Des procureurs américains estiment que certains assaillants cherchaient à "capturer et assassiner des élus", selon des documents judiciaires. Et de nouvelles menaces planent sur l'investiture de Joe Biden.

Mais la fureur de cette coalition, galvanisée par les discours du président sortant, n'est pas un accident de l'Histoire. Elle n'est pas non plus uniquement le résultat d'une radicalisation en ligne ou via un écosystème médiatique conservateur qui relaie depuis des mois des accusations de fraude électorale sans fondement.

La présence de milices anti-gouvernementales, de groupes de droite radicale et d'adeptes des théories du complot mêlés aux manifestants pro-Trump, fait suite, selon les experts interrogés par Euronews, à un rapprochement qui a débuté avec la pandémie de Covid-19 aux Etats-Unis et s'est accéléré tout au long de l'année.

Au printemps 2020, ces même groupes avaient rejoint les manifestations anti-confinement qui ont eu lieu, du Michigan au Texas et de la Californie au Massachusetts. Cette implication avait plusieurs objectifs : une normalisation accélérée, une visibilité augmentée et un recrutement facilité.

"Il est certain que les manifestations de l'année dernière ont cimenté un mouvement social qui agrège un peu tout" explique le Dr Heidi Beirich, co-fondatrice et responsable de la stratégie du Global Project Against Hate and Extremism. Ces groupes n'auraient, dans le passé, probablement pas travaillé ensemble, note l'experte, "mais Trump les a tous réunis sous sa propre bannière. Et c'est cette coalition, pour ainsi dire, que nous avons vue prendre d'assaut le Capitole" le 6 janvier.

Selon elle, ce mouvement comprend désormais "des suprémacistes blancs aux milices, en passant par les complotistes comme les gens de QAnon, ainsi que les partisans de base de Trump, en particulier ceux qui ont été galvanisés par les propos de Trump sur une élection volée et qui sont largement organisés sous l'idée "Stop the Steal".

Jose Luis Magana/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved
Des partisans du président Donald Trump escaladent le mur ouest du Capitole américain le mercredi 6 janvier 2021 à Washington DCJose Luis Magana/Copyright 2020 The Associated Press. All rights reserved

Dans les jours suivants l'élection américaine, ces groupes se sont en effet retrouvés dans des manifestations pro-Trump du mouvement Stop The Steal, accusant — sans preuve — Joe Biden de fraudes électorales.

"Des factions du mouvement [pro-Trump] MAGA se sont réunies pour ces événements Stop The Steal de grande envergure dans tout le pays" détaille le Dr Joan Donovan, directrice de recherche du Shorenstein Center on Media, Politics and Public Policy à la Harvard Kennedy School. Mais ce n'était qu'un nouveau point de contact entre différentes mouvances. "Certaines s'étaient réunies déjà à Charlottesville en 2017, tandis que d'autres se sont rencontrées pour la première fois lors des manifestations anti-confinements et des meeting de Donald Trump".

Le 6 janvier, point culminant d'une convergence de mouvements

Si, pour le Dr Donovan, les réseaux sociaux ont joué un rôle déterminant pour la planification et la coordination des événements du 6 janvier, il faut aussi prendre en compte que ce genre de groupes "utilisent la répétition des manifestations pour donner un élan à leur mouvement au fil du temps, reprendre leur tactique et augmenter l'ampleur des manifestations."

En témoigne la présence à Washington DC la semaine dernière de participants, comme, Jacob Anthony Chansley, connu sous le nom de Q Shaman, déjà impliqué lors de manifestations Stop The Steal en Arizona en novembre, où il s'était déjà maquillé et coiffé de cornes de bison.

"En travaillant ensemble lors des manifestations anti-Black Lives Matter et des manifestations anti-confinement, ces différents mouvements se sont rassemblés en opposition à ce qui se passait ici aux États-Unis," souligne le Dr Beirich, "Et alors que Trump s'affairait pour saper l'élection, ces différents courants de sa base se sont consolidés derrière lui, puis il ont suivi ses directives de se rendre au Capitole le 6 janvier."

Evan Vucci/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved
Les gens écoutent le discours du président Donald Trump lors d'un rassemblement le mercredi 6 janvier 2021 à Washington DC.Evan Vucci/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved

Ce n'est pas la première fois dans l'histoire récente des Etats-Unis qu'un siège d'une assemblée est ciblé par des violences et des groupes armés. Au printemps 2020, de nombreux manifestations avaient eu lieu devant des capitoles d'Etat. En avril, des manifestants, certains armés, avaient même envahi le Capitole du Michigan.

En mai, Lors d'un rassemblement anti-confinement, des membres d'une milice avaient lynché une effigie d'Andy Beshear, le gouverneur démocrate du Kentucky, dans le jardin de sa résidence officielle. Plus grave encore, des miliciens avaient également été arrêtés après avoir prévu de kidnapper la gouverneure du Michigan, qu'ils tenaient pour responsable des mesures de confinement pour freiner la pandémie.

Une réalité mensongère et amplifiée

S'il nuance, "je ne suis pas sûr de pouvoir affirmer qu'il y a un lien direct", Jared Holt, chercheur invité au Laboratoire de recherche en investigation numérique (Digital Forensic Research Lab) du Atlantic Counciladmet que "les similitudes sont frappantes" entre les rassemblements de 2020 et du 6 janvier.

"Des extrémistes se sont ralliés à une cause commune pour protester après les élections de 2020, de la même manière qu'ils l'ont fait lorsqu'ils ont protesté contre les restrictions contre le Covid-19 imposées aux entreprises et aux rassemblements publics, mais à une bien plus grande échelle."

John Minchillo/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.
Un partisan de Donald Trump devant le Capitole, le mercredi 6 janvier 2021, à Washington DC.John Minchillo/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.

Ce fin observateur de la droite radical américaine constate que "la réalité mensongère qui a motivé les insurgés sur place [à Washington DC] a été amplifiée et légitimée par les plus hauts niveaux du pouvoir républicain dans le pays, y compris les membres du Congrès et le président Trump."

Il conclue, comme un signal d'avertissement : "l'attaque du Capitole constitue un avertissement sinistre quant aux conséquences potentielles de la propagation de la désinformation et de l'extrémisme, et de l'action radicale qu'elle peut fréquemment inspirer."