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La pauvreté ne recule pas dans l’Union européenne

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Par Grégoire Lory
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La crise économique s'ajoute à la crise sanitaire
La crise économique s'ajoute à la crise sanitaire   -   Tous droits réservés  Luca Bruno/AP
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La crise du covid-19 jette dans la pauvreté un grand nombre d'Européens. Les personnes en situation précaire ont basculé en quelques mois dans la détresse. C'est le cas de Raymond Jacquet. Cet ancien libraire à Verviers, en Belgique, touche une petite retraite. Une fois le loyer et les différents frais payés il dispose de 650 euros pour vivre.

Afin d’arrondir ses fins de mois il fréquentait les brocantes pour vendre des livres. Ces rassemblements sont désormais interdits. Raymond est désormais sans ressources supplémentaires mais surtout il se retrouve encore plus seul. "Pauvreté, c'est la pauvreté sociale, c'est pas seulement la pauvreté financière (...) on va mourir finalement d'isolement", explique cet homme de 79 ans.

On va mourir dans sa chambre
Raymond Jacquet
retraité précaire

Aujourd'hui Raymond ne peut plus s'acheter un livre neuf. Toutes les dépenses sont comptées. Il ne prend plus sa voiture ou le moins possible car il ne peut pas se permettre un plein d’essence. Les extras sont minutieusement comptés. "J'ai été chercher une pitta l'autre jour (…) ça m'a coûté 6,50 euros c'est grave. Pour mon budget c'est grave", explique Raymond. Ses repas se résument plus souvent à des œufs, des tomates et des pommes de terre.

Atteint du covid-19 à l'automne, Raymond est resté chez lui pour se soigner. Pour lui l'essentiel est de pouvoir se nourrir, se laver et se vêtir afin de garder sa dignité. Mais parfois la force lui manque. "De temps en temps je craque, de temps en temps je suis dans mon fauteuil et je m'effondre et je me demande comment je vais m'en sortir", glisse cet homme qui a travaillé pendant 40 ans.

Une stagnation dans l’UE

De la crise financière en 2008 à la crise sanitaire d'aujourd'hui l'Union européenne n'est pas parvenue à réduire la pauvreté comme elle s'y était engagée. 21,1 % de la population, est menacée de précarité dont :

  • 19,4 millions d’enfants
  • 20,4 millions de travailleurs

Or la seconde vague de la crise sociale est à venir selon le rapporteur spécial de l'ONU sur l’extrême pauvreté. "On sait que la crise est un fusil à deux coups. Nous avons déjà un grand nombre de personnes qui ont perdu leurs revenus pendant des mois, qui ont perdu éventuellement leur emploi et ce sont souvent des personnes qui étaient déjà en situation très précaire", précise Olivier De Schutter. Mais le plus fort de la crise est attendue d’ici la fin de l’année avec "des licenciements qui vont accompagner les faillites d'entreprise lorsque les soutiens que les Etats donnent aux entreprises vont progressivement être retirés. C'est là qu'un très grand nombre malheureusement d'entreprises vont devoir déposer le bilan", ajoute-t-il.

L’UE doit avoir l’audace de repenser sa gouvernance socio-économique
Olivier De Schutter
rapporteur spécial de l'ONU sur l'extrême pauvreté

Les Etats membres s’étaient engagés pour 2020 à sortir 20 millions de personnes de la pauvreté. L’objectif est manqué souligne Olivier De Schutter. Le rapporteur observe plusieurs faiblesses pour expliquer ce constat. Le Belge évoque la concurrence fiscale que se livrent les différentes capitales pour attirer les investisseurs. Chaque année les gouvernements perdent ainsi entre 160 et 190 milliards d’euros par an à cause de cette bataille sur les taxes.

Olivier De Schutter souligne aussi les contraintes du Pacte de Stabilité et de croissance qui encadre le montant de la dette publique des Etats membres. Si le dispositif a été suspendu le temps de la crise sanitaire, ces dernières années cet outil a empêché les Etats membres d’investir dans les politiques sociales, estime le rapporteur de l’ONU. Il propose donc, par exemple, de ne plus considérer les dépenses sociales comme des coûts, qui font augmenter la dette, mais comme un investissement à long terme.