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Transparence salariale : "Les employeurs modèles existent" selon Helena Dalli

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Par Grégoire Lory
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Helena Dalli
Helena Dalli   -   Tous droits réservés  euronews

La pandémie de Covid-19 a creusé les inégalités dans l'Union européenne. Les catégories les plus durement touchées sont les femmes, les minorités, les personnes handicapées et les plus pauvres.

Pour en savoir plus sur ces questions qui seront à l'agenda politique cette année, nous avons interrogé la Commissaire européenne en charge de l'Égalité, Helena Dalli.

Grégoire Lory, euronews :

"Dans l'Union européenne, les femmes gagnent en moyenne, 14% de moins que les hommes. Quelles mesures proposez-vous pour réduire cet écart ?"

Helena Dalli, Commissaire européenne en charge de l'Égalité :

"Oui, comme vous venez de le souligner, les femmes et les minorités ont été beaucoup plus touchées que les autres par la pandémie. Mais comme vous l'avez dit à juste titre, nous avons cet écart de rémunération entre hommes et femmes de 14% auquel il faut s'attaquer. En réalité, cette question est présente dans les traités depuis 1957 : c'est ce principe de l'égalité de salaire pour un même travail ou un travail de valeur égale. Donc c'est une priorité pour nous de présenter une proposition de directive qui met en place la transparence sur les salaires."

"De nombreux États membres sont favorables à cette proposition"

Grégoire Lory :

"Il semble que les entreprises soient réticentes à appliquer des mesures de transparence salariale. Envisagez-vous des sanctions ?"

Helena Dalli :

"Je crois beaucoup au dialogue social. Et c'est important que les syndicats de travailleurs, les organisations patronales et la société civile soient tous impliqués quand nous faisons une proposition. Je suis certaine que les employeurs modèles existent. J'ai parlé avec certains d'entre eux, ils ont déjà mis en place un mécanisme de transparence et ils nous disent que leurs employés en sont très contents. Donc je suis sûre que de nombreux employeurs sont déjà favorables à cette mesure et que d'autres vont suivre."

Grégoire Lory :

"Qu'en est-il des États membres ? Ont-ils la volonté de suivre votre directive ? Ou êtes-vous prête à vaincre certaines réticences de leur part ?"

Helena Dalli :

"Si je me fie aux retours qui me sont faits jusqu'à présent, de nombreux États membres sont favorables à cette proposition. Et les gouvernements veulent faire ce qu'il y a de mieux pour leurs citoyens. Je suis sûre qu'ils ne veulent pas que ce type de discrimination persiste. Donc sincèrement, je ne pense pas qu'il y aura beaucoup d'objection, peut-être des demandes d'ajustement. Il est clair que c'est dans l'intérêt de tous nos concitoyens et je suis certaine que les gouvernements seront désireux de promouvoir cela."

Un retrait de la Pologne de la convention d'Istanbul "serait regrettable"

Grégoire Lory :

"Du fait de la pandémie, les femmes ont vu leur situation se dégrader sur le marché du travail, mais aussi au sein de leur foyer. Il y a une recrudescence des violences dont elles sont la cible. Que pouvez-vous faire face à cela ?"

Helena Dalli :

"C'est vrai, effectivement. De nombreux États membres ont fait état d'une hausse des violences envers les femmes. Ils sont plusieurs à avoir pris des mesures pour s'attaquer au problème, en particulier lors des confinements quand les femmes étaient au quotidien avec leurs agresseurs et ne pouvaient pas trouver d'échappatoire. Il y a évidemment la convention d'Istanbul que l'Union européenne a signée, mais qui n'a pas encore été ratifiée parce que nous n'avons pas réussi à obtenir l'accord de tous les États membres pour le faire. Mais nous devrions aussi avoir notre propre législation à la fin de l'année. Je prévois de présenter une législation qui protège les femmes et les filles des situations de violence."

Grégoire Lory :

"La convention d'Istanbul est un texte qui vise à lutter contre les violences à l'égard des femmes. Un État membre, la Pologne, envisage de s'en retirer. Que pouvez-vous faire pour convaincre les gouvernements de continuer à en faire partie et de renforcer les droits des femmes ?"

Helena Dalli :

"Ce retrait serait regrettable s'il intervient. Mais je discute également avec des organisations issues de la société civile en Pologne, des eurodéputés originaires de ce pays et des députés polonais et il est clair qu'ils sont contre ce retrait. Donc il existe une forte pression pour l'empêcher."

"Une carte d'accessibilité commune pour les personnes porteuses de handicap"

Grégoire Lory :

"Cette semaine, vous avez présenté votre stratégie concernant les personnes porteuses de handicap qui sont plus isolées que jamais en raison de la pandémie. Quel est son objectif ?"

Helena Dalli :

"Il s'agit de la nouvelle stratégie pour les dix ans qui viennent. Nous devons soutenir les États membres par le biais d'un partage de connaissances et d'octroi de fonds afin d'aller vers une Union européenne de l'égalité. Et l'égalité, cela veut dire garantir que chaque citoyen de l'Union ait accès à l'emploi, à l'éducation, au logement, aux soins en évitant toute exclusion. C'est notre mission de travailler à ce que nous ayons véritablement une Union de l'égalité."

Grégoire Lory :

"Quelles mesures proposez-vous pour améliorer les choses en matière d'accessibilité des bâtiments, dans les transports ou encore dans l'éducation ?"

Helena Dalli :

"À ce sujet, nous mettons en avant l'idée d'une carte d'accessibilité par exemple. Nous avons mené un projet pilote dans huit États membres et nous voulons reproduire cela à l'échelle de toute l'Union européenne pour que cela soit vraiment utile. Nous avons certes la liberté de circulation, mais si vous êtes porteur de handicap et que vous envisagez de vous rendre dans un État membre qui ne reconnaît pas certains aspects de vos droits, alors il faut mettre en place cette carte d'accessibilité commune. Elle permettra aux personnes porteuses de handicap de voyager plus librement par exemple."

"Il faut maintenir la pression sur les États membres pour qu'ils aillent plus loin"

Grégoire Lory :

"Votre stratégie comporte des éléments qui étaient déjà dans la précédente stratégie européenne. En quoi celle-ci est-elle différente ?"

Helena Dalli :

"On ne peut pas dire que ces dix dernières années, tout ce qui devait être fait a été fait et puis, il y a aussi de nouvelles réalités qui sont apparues. Donc je ne peux pas dire que cette stratégie a été menée sur les dix dernières années et que l'on en reste là, non. C'est pour cela que nous avons cette nouvelle stratégie pour les dix prochaines années pour que nous puissions aussi maintenir la pression sur les États membres pour qu'ils puissent aller plus loin que ce qu'ils ont déjà fait. Il existe toujours une marge de progression. Donc ce n'est jamais fini."