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L'Arménie furieuse d'une exposition funeste de trophées de guerre en Azerbaïdjan

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le 12 avril 2021 à Bakou, dans le "parc des trophées" dédié à la victoire dans le Haut-Karabakh
Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le 12 avril 2021 à Bakou, dans le "parc des trophées" dédié à la victoire dans le Haut-Karabakh   -   Tous droits réservés  AFP PHOTO / Azerbaijani Presidential Press Office / handout
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L'Arménie a accusé l'Azerbaïdjan de haine raciale et de "politique génocidaire" en raison d'une exposition de trophées de guerre à Bakou, qui montre notamment des casques de soldats arméniens tués durant le conflit du Haut Karabakh.

Ce parc aménagé dans la capitale azerbaïdjanaise cinq mois à peine après le cessez-le-feu témoigne de l'importance accordée à ce conflit par le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, qui en a fait la pierre angulaire de sa politique. Le leader l'a visité en treillis militaire le lundi 12 avril, dans une opération de communication destinée à galvaniser l'opinion publique.

"Tous ceux qui visiteront le Parc des trophées verront la force de notre armée, notre résolution et à quel point il était difficile d'obtenir la victoire", a lancé le président azerbaïdjanais dans une vidéo publiée sur son site internet.

Outre des engins, équipements et armements arméniens saisis ou détruits durant la guerre de l'automne 2020, des centaines de casques ayant appartenu à des soldats arméniens tués sont présentés.

Représentations dégradantes de l'adversaire

Le parc expose également des mannequins de cire représentant de façon caricaturale et humiliante des militaires adverses, une mise en scène qui a suscité la consternation du défenseur des droits arménien, Arman Tatoyan, pour qui l'ouverture de cette exposition est "une preuve de la haine à l'égard des Arméniens et de la politique génocidaire azerbaïdjanaise".

Le médiateur a par ailleurs repris sur Twitter des images de l'exposition, visitée par des familles à Bakou.

"Nez crochus, crânes plats"

Interrogés par le média oxu.az, les auteurs de ces sculptures disent avoir voulu créer les mannequins les plus laids, sans représenter des personnes en particulier. Une phrase finalement modifiée sur le site du média, qui a remplacé l'adjectif "laids" par "réalistes", comme le souligne le blogueur Cavid sur son compte Twitter.

Dans cette interview, l'un des sculpteurs explique avoir donné aux mannequins "des nez crochus" et "des crânes plats" après avoir fait des recherches sur les Arméniens.

"Triomphe du droit international"

Le chef de la diplomatie arménienne a dénoncé "la dégradation publique de la mémoire des victimes de la guerre, des personnes disparues et des prisonniers de guerre" et une "violation des droits et de la dignité de leurs familles". Des critiques balayées par le ministère azerbaïdjanais des affaires étrangères, qui évoque une "campagne de mensonges et de diffamation", estimant que le message du parc était celui du "triomphe du droit international sur l'occupation illégale" du Haut Karabakh (ndlr République autoproclamée d'Artsakh en arménien) par les forces arméniennes.

Lire aussi : Guerre du Haut-Karabakh : une Arménie esseulée face à Bakou et Ankara

Les images des "trophées" ont aussi choqué les Arméniens à Erevan. "C'est du vrai fascisme", a assuré à l'AFP un historien de 41 ans, Mher Barseguian, estimant que le parc "rappelle les preuves de la barbarie d'Hitler exposées dans les musées du monde entier".

Lire aussi : Dans le Haut-Karabakh, une frontière traverse désormais le village de Taghavard

Cessez-le-feu douloureux pour l'Arménie

En septembre 2020, Bakou a lancé une offensive contre la République autoproclamée du Haut-Karabakh (Artsakh en arménien), territoire à majorité arménienne mais reconnu par la communauté internationale comme faisant partie de l'Azerbaïdjan. Le conflit a fait plus de 6 000 morts en six semaines.

Supérieur technologiquement et soutenu par la Turquie, l'Azerbaïdjan a vaincu les troupes arméniennes et récupéré le contrôle d'une partie du Haut Karabakh. Les forces arméniennes ont en outre cédé plusieurs districts entourant la région, en vertu d'une trêve signée le 9 novembre sous l'égide de la Russie.

La défaite de l'Arménie a entraîné une crise politique dans le pays avec des manifestations contre le Premier ministre Nikol Pachinian, accusé de "traîtrise" pour avoir conclu le cessez-le-feu. La question des prisonniers de guerre arméniens retenus en Azerbaïdjan ébranle aussi la société arménienne, une centaine y seraient toujours détenus.

Pour tenter de mettre un terme à la crise politique, le Premier ministre arménien a accepté l'organisation d'élections législatives anticipées, qui auront lieu le 20 juin.