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Répression au Bélarus : une plainte pour "torture" déposée en Allemagne

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Arrestation d'un manifestant à Minsk (Bélarus), le 8 novembre 2020
Arrestation d'un manifestant à Minsk (Bélarus), le 8 novembre 2020   -   Tous droits réservés  STRINGER/AFP or licensors
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Dix opposants au régime d'Alexandre Loukachenko ont déposé plainte en Allemagne, dont la compétence judiciaire universelle permet de juger crimes d'Etat ou contre l'humanité où qu'ils se produisent.

Ces opposants au régime du dirigeant bélarusse et à sa réélection contestée en août 2020 ont déposé une plainte pour des actes présumés de "tortures" systématiques, a annoncé mercredi le parquet fédéral allemand, basé à Karlsruhe.

La répression policière déclenchée à l'été 2020 s'apparente selon eux à des actes de "torture d'Etat", potentiellement passibles de poursuites de la part de la justice allemande dans le cadre de sa compétence universelle.

Le président Alexandre Loukachenko, qui dirige sans partage le Bélarus depuis 1994, a été confronté pendant des mois à un mouvement de protestation historique contre sa réélection jugée frauduleuse en août dernier.

Violences

Ce mouvement a rassemblé des dizaines de milliers de personnes à de nombreuses reprises dans les rues de Minsk et d'autres villes avant de s'essouffler progressivement face à la répression constante des autorités. La plupart des figures de l'opposition ont été emprisonnées ou contraintes à l'exil.

"Le pouvoir d'Etat bélarusse a répondu par une violence massive et sans précédent, des tortures systématiques et d'autres abus" aux manifestations déclenchées le 9 août par l'opposition après la réélection contestée de Alexandre Loukachenko, déplorent les avocats des plaignants dans un communiqué.

"Depuis lors, le gouvernement en place réprime impitoyablement sa propre population civile", ajoutent-ils, dénonçant "des arrestations arbitraires, des persécutions pénales à motivation politique et d'autres formes de répression".

Au total, les avocats "ont connaissance de plus de 100 cas documentés de torture d'Etat en Biélorussie". "Les experts des droits de l'homme de l'ONU ont eux recensé jusqu'en septembre pas moins de 450 cas de torture. Le chiffre réel devrait être beaucoup plus élevé", soulignent-ils.

"le traitement de l'État ne peut être décrit que comme bestial"
avocats de plaignants

Parmi les faits présumés visés par la plainte figurent des "arrestations pour des raisons futiles, des tortures et de mauvais traitements pendant les jours de détention", détaillent les avocats, égrenant en outre "violences physiques, humiliations, menaces, insultes et autres dégradations pendant plusieurs jours".

Des privations de sommeil, de nourriture, de soins médicaux ou encore des "passages à tabac", qui ont eu de "graves conséquences sur la santé" des opposants, sont également cités dans la plainte. "Dans l'ensemble, le traitement de l'État ne peut être décrit que comme bestial", concluent-ils.

Sans se prononcer sur cette plainte, la chancelière Angela Merkel a appelé mercredi matin des étudiants, lors d'une commémoration de la libération des Pays-Bas, à "ne pas oublier qui est en prison là-bas," au Bélarus. Plusieurs opposants avaient trouvé refuge en Allemagne après le début de la répression.

Précédent syrien

La justice allemande applique le principe de la "compétence universelle" qui permet de juger en Allemagne toute personne pour les infractions les plus graves commises n'importe où dans le monde.

Elle a ainsi mené des enquêtes et jugé d'anciens membres du régime syrien de Bachar al-Assad, accusés d'actes de tortures ou de "crimes contre l'humanité". La justice avait pour la première fois condamné le 24 février à Coblence un ancien membre des services de renseignement syrien pour "complicité de crimes contre l'humanité".

Le verdict dans un autre procès contre un accusé syrien considéré comme plus central dans le vaste appareil sécuritaire syrien pourrait être rendu à l'automne.

Ce principe allemand est actuellement l'unique possibilité de juger des forfaits perpétrés dans des pays où la justice n'est pas indépendante, en raison de la paralysie de la justice internationale.