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RDC : le nouveau narratif se met en place

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Par Julie Gaubert  & Serge Rombi
Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, Premier Ministre de la République Démocratique du Congo.
Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, Premier Ministre de la République Démocratique du Congo.   -   Tous droits réservés  euronews
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Un vent nouveau souffle sur la République démocratique du Congo. Alors qu’il n’avait pas reçu de soutien économique étranger important depuis plus de 9 ans, le pays vient de conclure un nouveau programme économique avec le Fonds monétaire international (FMI). Cette enveloppe globale de 1,52 milliard de dollars offre un changement de cap salué par le Premier Ministre Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, à la tête du nouveau gouvernement en place depuis le 26 avril 2021.

Un nouveau paysage politique et de nouveaux visages

À 44 ans, l'ancien directeur général de la Gécamines, la compagnie minière de l'Etat, se dit prêt à relever un certain nombre de défis avec son gouvernement qui vient de franchir le seuil symbolique des 100 jours. "Il se passe quelque chose en République démocratique, aujourd'hui, il y a un changement," relève Sama Lukonde. "À chaque fois qu'on est à un tournant, on a un changement qui intervient. Cela permet à toute une population de se donner de nouveaux objectifs, de se permettre de rêver à nouveau." Cet élan d'espoir qui semble porter le nouveau Premier ministre, s'explique en grande partie par l'engagement prit avec le FMI le 15 juillet dernier. "Je suis véritablement fier que le gouvernement soit parvenu à finaliser ce programme," ajoute-t-il.

Ce grand changement se constate aussi avec une nouvelle composition d'un gouvernement à 56 membres, et pour la première fois un poste de Ministre du Numérique, Désiré-Cashmir Kolongele Eberande, afin de renforcer une stratégie portée sur l'épanouissement digital.

"Pour la première fois, nous avons un ministre du Numérique et donc cela va aller avec le recensement de la population et finalement la maîtrise de nos chiffres, de nos statistiques pour permettre d'améliorer notre économie en général."

Parmi les grands projets qu'envisage la primature, l'accent est porté sur le renforcement de la sécurité du pays, mais aussi de son éducation, sa santé, et surtout encourager entrepreneurs et investisseurs locaux comme étrangers à contribuer à ce "nouveau pan de l'histoire congolaise".

À la croisée des chemins

"La République démocratique du Congo, c'est ce grand pays au centre de l'Afrique, avec non seulement un marché interne important (...) mais ce sont également neuf pays limitrophes. C'est donc vraiment une courroie entre l'Afrique australe et l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest."

Pour le pays de plus de 89 million d'habitants, l'enjeu est de taille. "Aujourd'hui, c'est vrai que notre économie dépend en grande partie du secteur minier," relève Sama Lukonde. "Mais on aimerait voir d'autres secteurs de la vie économique s'ouvrir."

Parmi eux, l'agriculture, un secteur à fort potentiel : la RDC dispose de plus de 80 millions de terres arables, mais seulement 10% sont actuellement exploitées. Bien que la culture du café, cacao, huile de palme ou hévéa connaisse déjà une forte industrialisation, celle du manioc, maïs, riz ou soja représente une filière à fort potentiel de développement industriel, d'après l'Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (l'ANAPI).

La primature compte dessus notamment pour contribuer à son rayonnement international.

"Nous avons une agence de promotion, l'ANAPI, qui est opérationnelle, avec un site web ouvert sur lequel des gens peuvent prendre des informations suffisantes avant de venir dans le pays. Puis, une fois qu'on arrive et qu'on est en contact avec eux, ils font de la facilitation. Quel que soit le domaine dans lequel on va investir et surtout, les facilités qui sont données pour accompagner."

Encourager la relance économique en RDC n'est pas seulement un souhait, mais plutôt une nécessité après la crise de Covid-19. Bien que le pays n'ait pas été fortement touché par la pandémie - au début de l'été, 916 décès recensés par le site officiel du Ministère de la Santé depuis mars 2020 -, son PIB a chuté de 4.4% à 1.7% en 2020.

Le Premier ministre, lui, reste confiant : "Aujourd'hui, nous avons des perspectives de PIB d'atteindre 4.9 à la fin de cette année, contre 1.7 l'année passée. C'est pour montrer qu'il y a des bonnes perspectives, indépendamment de la pandémie en ce qui concerne la République démocratique du Congo."

L'accent mis sur la jeunesse

Pour M. Sama Londe, "le premier des défis, c'est d'abord l'éducation." "Il faut arriver à former cette jeunesse de manière à ce qu'elle soit utile. Et puis, il faut l'orienter."

En mettant les moyens conséquents dans l'éducation, la primature espère bien pouvoir entraîner une diversification de l'économie majeure dans les secteurs de l'agriculture et la pêche, afin de tendre vers une autosuffisance alimentaire. "Et donc, toute cette jeunesse, toute cette énergie peut être canalisée pour que on puisse finalement atteindre ces objectifs," ajoute Sama Londe.

Pour ce faire, le pays a instauré depuis septembre 2019 la gratuité de l'enseignement primaire, soit 4 millions d'enfants de retour sur le chemin de l'école.

"Notre Constitution, telle qu'elle a été éditée, prône la gratuité de l'enseignement non seulement à l'école primaire, mais à l'école secondaire aussi, quand cela sera possible. Donc la décision a été prise. Cela permet en effet de voir quatre millions d'enfants de plus sur les bancs de l'école. Mais cela va plus loin. Comme le pacte sur l'éducation des jeunes filles, par exemple, qui souvent se sont retrouvées sacrifiée par les parents en disant qu'il fallait peut-être beaucoup plus envoyer les jeunes garçons à l'école."

Une mesure sociale que le Premier ministre reconnait comme un "allègement" pour les parents : "Ceux qui étaient obligés de dépenser aujourd'hui peuvent faire des affectations différentes pour améliorer leur quotidien et leur social."

Investir dans la jeunesse permet également à la RDC d'investir dans son avenir, continue-t-il, et d'autant plus dans un avenir digital.

"Avec l'ère du numérique, on aimerait aussi, de ce côté-là, changer notre manière d'enseigner. Aujourd'hui, en utilisant le digital, on peut faire des très grands pas en termes d'harmonisation de programmes scolaires et d'accès finalement à l'information. Vraiment, ça, c'est un domaine qui permet de rêver."