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Jens Stoltenberg : "Nous ne provoquons pas de conflit, mais nous le prévenons"

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Par Méabh Mc Mahon  & euronews
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Jens Stoltenberg
Jens Stoltenberg   -   Tous droits réservés  euronews

Le secrétaire général de l'OTAN évoque les efforts des pays de l'alliance pour venir en aide à l'Ukraine, envahie par la Russie. Il parle aussi du renforcement de la partie orientale de l'OTAN et de l'activation de la CBRN - la force opérationnelle conjointe de défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire.

Meabh McMahon, euronews :

Cette semaine, nous avons assisté à une démonstration massive d'unité de l'OTAN. Cela aidera-t-il à arrêter la guerre en Ukraine ?

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN :

Oui, cela va aider. Et en fait, cela aide déjà en fournissant un soutien à l'Ukraine. Je pense que le président Poutine a vraiment sous-estimé l'unité et la force de l'OTAN, de l'Union européenne et de tous ceux d'entre nous qui croient en la démocratie, en l'État de droit et en l'ordre international fondé sur des règles. Parce que nous faisons front commun en imposant des sanctions sans précédent à la Russie, mais aussi en apportant notre soutien à l'Ukraine, ce qui l'aide à résister à l'invasion des forces russes.

Meabh McMahon :

Le président Poutine est-il un criminel de guerre ?

Jens Stoltenberg :

Ce que nous avons vu, c'est que des civils ont été attaqués, des infrastructures civiles ont été attaquées, des écoles, des hôpitaux. Toute attaque délibérée sur des infrastructures civiles ou des civils est un crime de guerre. C'est pourquoi je pense qu'il est extrêmement important que la Cour pénale internationale ait ouvert une enquête et que les responsables soient tenus de rendre des comptes. Et cela ne fait que souligner et mettre en évidence l'importance de mettre fin à cette guerre. Et de mettre fin à cette guerre rapidement, en retirant les troupes et en s'engageant de bonne foi dans des efforts diplomatiques.

Meabh McMahon :

Et cette semaine, il s'agissait bien sûr de montrer son soutien aux Ukrainiens. Le président Zelensky a rejoint la réunion en visioconférence. Il a dit qu'il voulait 1% des armes de l'OTAN. Est-ce faisable ?

Jens Stoltenberg :

Ce qui est faisable, c'est que les alliés de l'OTAN font tout ce qu'ils peuvent pour apporter leur soutien : un soutien financier, un soutien humanitaire, mais aussi un soutien militaire. Et nous fournissons à l'Ukraine des armes antichars avancées, des systèmes de défense aérienne. Nous devons aussi nous rappeler que les alliés de l'OTAN ont formé l'armée ukrainienne pendant de nombreuses années, des dizaines de milliers de soldats qui sont maintenant sur la ligne de front. L'armée ukrainienne est donc bien mieux équipée, bien mieux entraînée et bien plus forte aujourd'hui qu'en 2014, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine pour la première fois. C'est avant tout le courage des forces de défense de l'armée ukrainienne qui fait la différence sur le champ de bataille. Mais le soutien des alliés de l'OTAN est un facteur crucial pour leur permettre de résister à l'invasion des forces russes. Et nous pouvons constater l'effet des armes et du soutien que nous avons fournis.

Meabh McMahon :

Cette semaine, l'OTAN a annoncé qu'elle allait activer la CBRN - la force opérationnelle conjointe de défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire. Quelle importance cela revêt-il ? Devons-nous être inquiets ?

Jens Stoltenberg :

Eh bien, nous sommes inquiets. Mais en même temps, nous envoyons un message à la Russie : toute utilisation d'armes chimiques, biologiques ou nucléaires changera fondamentalement la nature du conflit. Il s'agira d'une violation flagrante du droit international et les conséquences seront considérables. C'est donc quelque chose de très sérieux. Et c'est aussi une autre raison pour laquelle cette guerre doit prendre fin. Parce que c'est une guerre dangereuse. C'est la plus grave crise de sécurité que nous ayons connue depuis des décennies et c'est pourquoi nous imposons des sanctions à la Russie. Nous apportons notre soutien à l'Ukraine. Mais nous augmentons également l'état de préparation et la présence des troupes de l'OTAN dans la partie orientale de l'alliance.

Meabh McMahon :

Et cette force opérationnelle CBRN, serait-elle capable de protéger l'Ukraine et bien sûr les alliés de l'OTAN d'une éventuelle attaque chimique ?

Jens Stoltenberg :

Eh bien, nos commandants militaires ont pris certaines mesures pour protéger les forces de l'OTAN et nous avons davantage de forces de l'OTAN dans la partie orientale de l'alliance. Nous avons également des capacités pour aider les autorités civiles à gérer les armes chimiques ou biologiques et leurs effets. Et puis nous fournissons un certain soutien à l'Ukraine en ce qui concerne les équipements de protection et d'autres moyens de se protéger contre les armes chimiques ou biologiques.

Meabh McMahon :

Et tout cela, bien sûr, coûtera de l'argent. Et nous avons vu que les membres de l'OTAN mettent maintenant la main à la poche. Ils mettent de l'argent sur la table, comme les Belges qui ont déclaré qu'ils allaient consacrer un milliard d'euros aux dépenses de défense. Combien tout cela va-t-il coûter aux contribuables ? Car il semble que cette guerre pourrait durer un certain temps.

Jens Stoltenberg :

Notre sécurité n'est pas gratuite et nous avons vu ces dernières années, surtout depuis 2014, les tensions augmenter. Nous avons vu la Russie utiliser la force contre l'Ukraine : d'abord l'annexion illégale de la Crimée, puis la déstabilisation de la partie orientale de l'Ukraine, le Donbass, et maintenant l'invasion de toute l'Ukraine. Et la Russie nous menace également : elle demande à l'OTAN de retirer toutes ses infrastructures et toutes ses forces de la partie orientale de l'alliance. Nous devons donc investir davantage dans notre sécurité. La bonne nouvelle est que c’est exactement ce que font les alliés de l'OTAN. Nous avons pris la décision en avril 2014 d'augmenter les dépenses de défense. Depuis, tous les alliés de l'OTAN l’ont fait. Nous avons ajouté au total 250 milliards d’euros supplémentaires pour la défense, et cela nous a rendus plus forts et nous voyons que nous avons plus de capacités, plus de préparation. Et c'est aussi une raison pour laquelle nous avons pu déployer beaucoup plus de troupes dans la partie orientale de l'alliance et plus de navires et d'avions dans les airs, pour nous assurer qu'il n'y a pas de place pour un malentendu à Moscou lorsqu'il s'agit de la volonté de l'OTAN de protéger tous les alliés sur la base du principe fondamental de l'OTAN : un pour tous, tous pour un. Une attaque contre un allié déclencherait une réponse de l'ensemble de l'alliance. En agissant ainsi, nous ne provoquons pas de conflit, mais nous le prévenons.

Meabh McMahon :

Pour finir, une petite question. Le président Biden était ici cette semaine et il a proposé que vous restiez à votre poste une année de plus, alors que vous deviez prendre la tête de la banque centrale norvégienne. Comment voyez-vous les choses ? Êtes-vous prêt pour une année supplémentaire ?

Jens Stoltenberg :

Je me sens très privilégié que l'on m'ait demandé de continuer à être le secrétaire général de l'OTAN, surtout maintenant, au milieu d'une crise de sécurité extrêmement grave, et que l'on m'ait demandé de continuer à veiller à ce que nous restions unis. L'unité qui a été démontrée lors de la réunion de cette semaine, le sommet de l'OTAN, c’est quelque chose qui m'inspire à continuer à me concentrer pleinement sur ma tâche de secrétaire général de l'OTAN.