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Josep Borrell : "On défend l'Ukraine pour éviter la loi du plus fort"

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Par Méabh Mc Mahon
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Josep Borrell
Josep Borrell   -   Tous droits réservés  euronews

Lors de la conférence 2022 sur l'état de l'Union organisée à Florence (Italie), événement politique européen majeur, le Haut Représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères Josep Borrell a insisté sur le fait que l'UE "ne se bat pas contre la Russie, mais défend l'Ukraine."

"L'affaire du monde entier" selon Josep Borrell

Répondant à notre journaliste Méabh Mc Mahon, il a indiqué "ne pas aimer du tout quand on oppose l'Occident à la Russie ou l'Occident au reste du monde. Ce n'est pas un sujet qui concerne l'Occident ; cela concerne la Charte des Nations Unies, la souveraineté des populations et des États, le respect des frontières et le fait de ne pas employer la force pour dominer son voisin," a-t-il assuré avant d'ajouter : "Ce n'est pas l'affaire de l'Occident, mais du monde entier."

"Défendre l'Ukraine, cela signifie défendre l'ordre international qui s'appuie sur des règles ; sinon, ce sera la loi de la jungle, ce sera la loi du plus fort," a estimé le chef de la diplomatie européenne.

"Ce devrait être l'affaire du monde entier, mais je sais que plusieurs États - des États importants - regardent ailleurs et pour des raisons tactiques qui n'ont rien à voir avec l'Ukraine, ne veulent pas vraiment s'impliquer dans la condamnation de la Russie," a-t-il regretté. 

Pour y remédier, sa mission consiste à "expliquer ce qui se passe" selon lui. "Je viens de me rendre en Amérique latine pour expliquer à mes homologues ce qui se passe, mais j'ai lu des prises de position de Lula, l'ancien président du Brésil qui me préoccupent beaucoup," a-t-il fait remarquer.

La nécessité de distinguer Vladimir Poutine de la Russie elle-même

Josep Borrell a également souligné l'importance de différencier la Russie de Vladimir Poutine : "Nous n'avons rien à reprocher à la population russe. Il s'agit d'un régime, d'un système politique, d'une personne, de la guerre d'un seul individu ; donc, nous voulons affaiblir Vladimir Poutine, mais nous ne voulons pas mettre la population russe au ban de l'histoire. D'une manière ou d'une autre, elle doit être intégrée à un accord de paix et à un système de sécurité garantissant la paix en Europe," a-t-il assuré.

Face à la guerre, l'UE est devenue "actrice en quelques jours" selon Alexander Stubb

Josep Borrell était aux côtés de l'ex-Premier ministre finlandais Alexander Stubb sur la scène de la conférence sur l'état de l'Union. Les deux hommes ont affirmé que la guerre menée par la Russie en Ukraine a représenté un moment charnière historique pour l'UE, en particulier dans la manière dont elle gère les questions extérieures. 

"C'est le moment où l'UE se comporte comme un acteur géopolitique qui prend des décisions, également sur le plan militaire, dans le domaine de l'énergie, en employant un langage de puissance," a déclaré le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères.

Saluant la rapidité avec laquelle les dirigeants européens ont réagi à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Alexander Stubb a indiqué : "L'Union européenne est passée d'un statut de régulateur ou de superpuissance régulatrice à celui d'acteur. Elle était actrice dans la crise de l'euro, mais il lui a fallu plusieurs années pour y parvenir, elle a agi pendant la pandémie de Covid, mais il lui a fallu quelques mois pour le faire, mais quand la guerre s'est déclenchée, il ne lui a fallu que quelques jours pour agir et nous avons été capables de changer totalement de nombreuses choses," se félicite-t-il.

Le prix de la guerre

Qualifiant la Russie de nation "agressive, révisionniste, impérialiste, totalitaire et autoritaire", l'ancien Premier ministre finlandais a expliqué que l'un des grands défis actuels pour les dirigeants européens consiste à expliquer le coût de la guerre. 

"Il faut expliquer le prix de la guerre," a insisté Alexander Stubb, "parce que l'unité et la solidarité durent un certain temps, mais avec l'inflation, la hausse des prix de l'énergie et des denrées alimentaires et la situation de l'asile en Pologne par exemple, elles ne vont pas durer éternellement."

La guerre en Ukraine a mis en évidence la dépendance de l'Union européenne à l'énergie russe et Josep Borrell a reconnu qu'il y aurait un prix à payer si l'Europe défend avec succès, sa liberté et ses valeurs.

"Nous avons construit l'Europe comme un jardin à la française [alors que] le reste du monde est plutôt une jungle et si nous ne voulons pas que la jungle envahisse notre jardin, alors nous devons en payer le prix," a-t-il précisé. 

"Nous devons comprendre," a-t-il renchéri, "que la défense de la liberté et la lutte contre ceux qui combattent l'Ukraine auront un coût. Les responsables politiques devraient avoir le courage d'expliquer aux gens que ce coût doit être accepté car sinon, il sera beaucoup plus élevé," a-t-il mis en garde.

Un embargo européen sur le gaz ? "Plus tard" selon Josep Borrell

Interrogé sur ce que signifiait un embargo sur le gaz russe, Josep Borrell a répondu que cette mesure n'interviendrait "pas dans l'immédiat, mais plus tard" tout en soulignant que l'UE agissait rapidement pour mettre fin à sa dépendance à l'égard des approvisionnements énergétiques russes.

"Sans cette guerre," a-t-il dit, "nous ne prendrions pas de mesures pour nous libérer de notre dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Nous ferions les choses comme d'habitude. Avant cette guerre, nous n'étions pas conscients que l'Europe était en danger et quand nous sommes en danger, nous devons être adultes et prêts à faire face à ces menaces," a-t-il insisté.

Josep Borrell a indiqué qu'il existe encore d'autres moyens pour l'UE de nuire à la Russie sur le plan économique si elle choisit de le faire. "Si nous décidons que nos compagnies d'assurance n'assurent plus le transport du pétrole russe, que ce soit en direction de l'Europe, mais aussi ailleurs dans le monde, les Russes auront beaucoup de mal à acheminer leur pétrole, non seulement vers l'Europe, mais aussi vers le reste du monde," a-t-il suggéré.

Pour visionner l'intégralité de notre entretien avec Josep Borrell et Alexander Stubb, regardez la vidéo ci-dessus.

Journaliste • Méabh Mc Mahon