France : malgré un projet d'accord, la grève est reconduite chez TotalEnergies

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Par Euronews  avec AFP
Archives : siège de TotalEnergies à la Défense, à l'ouest de Paris, le 28 mai 2021
Archives : siège de TotalEnergies à la Défense, à l'ouest de Paris, le 28 mai 2021   -  Tous droits réservés  CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

**Deux des syndicats sont parvenus à trouver un compromis avec le patronat de TotalEnergies en s'accordant sur une augmentation des salaires de 7%. Insatisfaite, la CGT réclame une hausse de 10% et appelle à "renégocier" le projet d'accord.**La grève a été reconduite "partout" chez TotalEnergies.

La direction et deux syndicats majoritaires semblaient en voie de s'accorder sur une augmentation des salaires après des négociations la veille au soir mais la CGT, à l'origine de l'arrêt de travail qui a provoqué une pénurie d'essence en France, a refusé tout accord et quitté la table des négociations dans la nuit.

Sous pression du gouvernement et d'une grève qui dure depuis 18 jours, la direction du groupe pétrolier avait convié les quatre syndicats représentatifs à négocier en urgence dans la nuit de jeudi à ce vendredi. 

Ce n'est qu'à 3h30 du matin que les représentants des deux syndicats réformistes CFDT et CFE-CGC sont sortis du siège de TotalEnergies à La Défense, pour annoncer qu'ils étaient favorables à la dernière proposition de la direction, selon eux de 7% d'augmentation de salaire dès novembre et des primes (de 3000 à 6 000 euros). 

"L’équipe de négociation CFDT donne un avis favorable aux mesures qui sont sur la table", a déclaré Geoffrey Caillon, coordinateur CFDT. L'avis est également "plutôt favorable" à la CFE-CGC, selon son coordinateur Dominique Convert.

Chaque syndicat va désormais consulter ses adhérents pour décider de signer, ou non, l'offre, avant vendredi midi. "On a soumis un accord pour signature avant midi", a confirmé Namita Shah, membre du comité exécutif de TotalEnergies, sans corroborer le chiffre de 7%, qui est supérieur aux 6% proposés jeudi.

Du côté du gouvernement, on assure faire le maximum pour parvenir à un retour à la normale. La ministre de la Transition énergétique Agnès-Pannier-Runacher assurait ce matin au micro d'une télévision français travailler à "une amélioration de la situation la plus rapide possible"

La CGT refuse le projet d'accord

La CGT, elle, avait déjà quitté l'immeuble, non sans avoir préventivement dénoncé l'accord des deux autres syndicats, forts de 56% de représentativité à eux deux.

Les propositions de la direction de Total aux syndicats sont encore "loin" des 10% d'augmentation générale des salaires réclamés par la CGT, a souligné vendredi son secrétaire général Philippe Martinez, qui a appelé le groupe à "renégocier".

"On n'est pas inconscients, on sait que la vie quotidienne de tous les Français est impactée" par ce conflit social, a reconnu M. Martinez, mais la responsabilité revient, selon lui, à la direction du groupe pétrolier et au gouvernement, qui ont "banalisé l'impact de la grève".

Appel à la grève générale mardi

Le mouvement des raffineries s'est de fait déjà mué en appels à la grève nationale et interprofessionnelle. Quatre grands syndicats (CGT, FO, Solidaires, FSU) et de plusieurs organisations de jeunesse invitent ainsi à se mobiliser mardi prochain pour réclamer principalement une indexation des salaires sur l'inflation. 

Le secteur des transports a bien l'intention de se faire entendre dans le cortège. La SNCF et la RATP, responsables du transport ferroviaire à Paris, en Ile-de-France et dans le reste de la France ont indiqué qu'ils seraient au rendez-vous. 

Le gouvernement de son côté avait fait fortement pression pour que les négociations commencent au plus vite. Le président français, Emmanuel Macron a assuré que le retour à la normale interviendrait "dans le courant de la semaine qui vient".

L'exception Esso

Il n'y a "pas de gréviste" ce vendredi matin sur le site de la raffinerie Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime), où une grève pour réclamer des augmentations de salaire avait débuté le 20 septembre, a annoncé vendredi le syndicat Force ouvrière (FO).

"Les salariés ont décidé de rentrer travailler mais de mettre un ultimatum à la direction pour la négociation annuelle obligatoire du 6 décembre", a déclaré à l'AFP le délégué syndical centre FO chez Esso-ExxonMobil, Pierre-Antoine Auger. Il précise aussi qu'un nouveau vote pour décider de la reprise ou non de la grève se tiendra à 14h ce vendredi.

La CGT a confirmé à l'AFP qu'il n'y avait "pas de grévistes sur le quart du matin". "Nous attendons de voir si l'équipe de 14h sera gréviste ou non", a prévenu une source syndicale CGT.

Vendredi vers 8h30, sur le piquet de grève du site normand d'Esso-ExxonMobil, ne restaient que quelques palettes fumantes et des drapeaux siglés CGT et FO plantés sur le parking en face de la raffinerie, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le deuxième site français d'Esso-ExxonMobil à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) avait quant à lui levé la grève dès jeudi. 

Chez Esso-ExxonMobil, un accord avait été trouvé mardi entre la direction et deux syndicats majoritaires, dont la CFDT, mais pas avec la CGT, qui avait alors décidé de maintenir l'appel à la grève sur les deux sites.

Le site de Port-Jérôme-Gravenchon avait été le premier à être visé par des réquisitions de personnels du dépôt mercredi soir pour permettre la livraison de carburants, en rupture dans de nombreuses stations-services. La CGT a intenté un recours en référé devant le tribunal administratif de Rouen. Vendredi matin, la justice annonce rejeter le recours, jugeant la réquisition "nécessaire" .

La quête de carburant se poursuit sur tout le territoire

Dans les Hauts-de-France, en Ile-de-France ou encore dans le Centre-Val-de-Loire, particulièrement touchés par les pénuries conséquences des grèves dans les raffineries et dépôts de carburants, les automobilistes ont continué ces derniers jours leur quête d'essence et de diesel. 

À l'affut des ravitaillements de camions citernes et connectés à leurs applications, beaucoup se sont retrouvés dans une situation compliquée. Un certain nombre de professionnels dépendent en effet de leur véhicule pour travailler : les transporteurs routiers, les artisans, ambulanciers etc. 

Alain JOCARD / AFP
File d'attente dans une station service à Paris, le 13 octobre 2022Alain JOCARD / AFP

"Depuis quatre-cinq jours, c'est la catastrophe", s'agace Françoise Ernst, monitrice d'auto-école à Paris. "On ne peut plus travailler."

"C'est un vrai problème, pas que pour les chefs d'entreprise, pour tout le monde", témoignait aussi Enzo Rougès, chef d'entreprise dans l'automobile, à une station BP de Paris prise d'assaut.

Les routiers sont "sur le fil du rasoir", assure auprès de l'AFP le secrétaire général de l'organisation professionnelle Otre, Jean-Marc Rivera.

Premiers stocks libérés

A 17h ce jeudi, 29,1% des stations manquaient d'un ou plusieurs carburants, selon le ministère de la Transition énergétique, à peine moins que la veille (30,8%). Dans le Centre Val-de-Loire, la proportion monte à 44,7%.

DENIS CHARLET / AFP
Camion-citerne arrivant sous escorte policière au dépôt de TotalEnergies à Mardyck, dans le nord de la France, le 13 octobre 2O22DENIS CHARLET / AFP

L'ouverture des négociations s'est faite après les réquisitions gouvernementales de salariés dans la raffinerie Esso-ExxonMobil de Gravenchon en Normandie, et au dépôt de Flandres de TotalEnergies à Mardyck, près de Dunkerque, pour rouvrir les vannes.

Sur le terrain, les premiers salariés réquisitionnés, forcés de travailler sous peine de sanctions pénales, ont permis de libérer de premiers stocks de carburants par oléoduc (7 000 mètres cubes du dépôt de Gravenchon en Normandie en 24 heures, selon le gouvernement) et par la route (25 camions-citernes de Dunkerque jeudi), sans encombre. 

Pour accélérer la reprise, le gouvernement a de nouveau autorisé les camions-citernes à rouler ce week-end, alors que les poids lourds ont normalement interdiction de rouler du samedi 22h au dimanche 22h.