La Suisse a rendu hommage ce vendredi 9 janvier aux victimes décédées dans l'incendie du bar "Le Constellation" la nuit du Nouvel An dans la station de Crans-Montana. Le drame a causé la mort de 40 personnes, en majorité jeunes, et fait 116 blessés. Le copropriétaire du bar a été incarcéré.
La douleur et le recueillement en Suisse ce vendredi, jour de deuil national. La cérémonie d'hommage aux victimes de l'incendie survenu au cours de la nuit du Nouvel An dans la station de ski de Crans-Montana a eu lieu au centre de conférences de la commune voisine de Martigny. 1 400 personnes s'y sont rassemblées.
Si la cérémonie n'a pas pu avoir lieu à Crans-Montana en raison des conditions météo, plusieurs milliers de personnes l'ont suivie sur des écrans géants dans la station endeuillée. Les cloches des églises suisses ont sonné à 14 heures pendant plusieurs minutes. La population a été invitée à observer une minute de silence en mémoire des 40 victimes et des 116 blessés de l'incendie.
"Nous devons aux personnes touchées, à leurs familles et à leurs proches le respect, le souvenir et l'obligation de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'une telle catastrophe ne se reproduise pas", a écrit le président de la Confédération Guy Parmelin, présent sur place, dans une lettre ouverte vendredi.
Guy Parmelin a déclaré qu'il s'inclinait devant ceux "qui ont eu la chance de survivre à l'incendie, mais qui n'en sont qu'au début d'un long chemin vers la guérison".
"Tout est différent maintenant", a déclaré à l'AFP une Française d'une trentaine d'années qui travaille saisonnière à Crans-Montana et qui n'a pas souhaité donner son nom. "Avant, cet endroit était synonyme de sourires. Maintenant, il n'y en a plus ici".
La moitié des personnes tuées dans l'incendie avaient moins de 18 ans, dont deux âgées de seulement 14 ans.
Johan Verthoogen, un touriste belge de 31 ans, a déclaré qu'il se trouvait à proximité le soir de la catastrophe et qu'il avait vu de nombreuses victimes recouvertes de couvertures. "C'était vraiment difficile... de voir ces corps", a-t-il déclaré. "C'étaient des enfants."
Enquête en cours
Les enquêteurs ont déclaré qu'ils pensaient que des bougies étincelantes sur des bouteilles de champagne avaient déclenché l'incendie du bar Le Constellation lorsqu'elles s'étaient approchées trop près du plafond.
Les autorités cherchent à savoir si l'insonorisation du plafond était conforme à la réglementation et si l'utilisation de bougies est autorisée dans le bar.
Il est apparu en début de semaine que les inspections de sécurité incendie n'avaient pas été effectuées depuis 2019.
En vertu de la réglementation régionale, tous les bâtiments du canton du Valais qui sont "accessibles au public" doivent faire l'objet d'un contrôle annuel de sécurité incendie.
La gravité des brûlures a rendu difficile l'identification de certaines victimes, ce qui a obligé les familles à fournir aux autorités des échantillons d'ADN. La police a déclaré que de nombreuses victimes étaient âgées d'une vingtaine d'années.
"Depuis cette nuit du 1er janvier, il ne s'est pas passé un seul instant sans que nous pensions à vous", a affirmé, ému, le chef du gouvernement du canton du Valais Mathias Raynard, dans un discours prononcé lors de la cérémonie. "Les responsabilités, y compris des autorités politiques," doivent être établies, a-t-il ajouté.
Le copropriétaire du bar incarcéré
Les autorités suisses ont ouvert une enquête pénale contre le couple français propriétaire du bar Le Constellation, Jacques et Jessica Moretti.
Ils sont soupçonnés d'homicide involontaire, de lésions corporelles involontaires et d'avoir involontairement provoqué un incendie, selon le procureur général du Valais.
Dans leurs premiers commentaires publics depuis l'incendie, Jacques et Jessica Moretti ont déclaré mardi qu'ils étaient "dévastés et accablés de chagrin" et ont promis leur "pleine coopération" avec les enquêteurs.
Vendredi, la procureure de Sion, Béatrice Pilloud, a ordonné une mesure de restriction à l'encontre de Jacques Moretti. Après un interrogatoire de six heures ce vendredi matin, l'homme a quitté le palais de justice à bord d'une voiture de police pour être incarcéré.
Originaire de Ghisonaccia, en Corse, Jacques Moretti était déjà connu de la justice française, condamné en 2008 par le tribunal d'Annecy pour proxénétisme aggravé.
Concernant son épouse, Jessica Moretti, le parquet a demandé au tribunal l'application d'une assignation à résidence avec bracelet électronique, afin de "limiter le risque de fuite". Cette mesure permettrait également à la mère de s'occuper du jeune fils du couple.
"Mes pensées constantes vont vers les victimes, et les gens qui se battent aujourd’hui. C'est une tragédie inimaginable. Jamais, jamais on aurait pu imaginer ça", a déclaré, en sanglots, Jessica Moretti, avant de présenter ses excuses.
Ces derniers jours, les époux originaires de Corse ont promis leur "entière collaboration" aux enquêteurs.
Invités internationaux
Des responsables politiques de 37 pays, ainsi que de l'Union européenne étaient présents aux cérémonies, dont le président français Emmanuel Macron. "Aux familles endeuillées, dont nous partageons la douleur et le deuil. Aux blessés, à qui nous adressons nos pensées fraternelles et notre solidarité", a-t-il écrit sur X.
Deuxième pays le plus touché par l'incendie après la Suisse, la France compte neuf ressortissants parmi les personnes décédées.
Le président italien, Sergio Mattarella, était également présent. L'Italie pleure le décès de six de ses citoyens. Après la Suisse et la France, l'Italie est le pays qui compte le plus de victimes de l'incendie.
Lors de sa conférence de presse annuelle du Nouvel An à Rome, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a déclaré que les responsables de la catastrophe devaient être identifiés et poursuivis en justice.
"Ce qui s'est passé à Crans Montana est le résultat du fait que trop de personnes n'ont pas fait leur travail ou ont pensé qu'elles pouvaient gagner de l'argent facilement", a-t-elle déclaré.
Giorgia Meloni devait ensuite assister à une messe pour les victimes italiennes de l'incendie, dans une église de Rome.
Étaient également présents la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, l'ancien grand-duc Henri du Luxembourg, ou encore le Premier ministre belge Bart De Wever.