Ali Khamenei, 86 ans, reste l'autorité suprême en matière de prise de décision interne et externe en Iran. Il occupe le poste de guide suprême depuis 1989, dépassant ainsi les dix ans de mandat de son prédécesseur, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, à la tête du régime de la République islamique.
Dans la structure de gouvernance iranienne, la position du Guide suprême est le noyau solide autour duquel gravite l'orbite de l'Etat, de l'armée et de l'idéologie transnationale.
Pour comprendre la nature du régime iranien et ses mouvements régionaux, il faut d'abord déconstruire cette figure, qui combine le "turban noir", symbole de la légitimité religieuse issue de la Maison du Prophète, avec l'autorité de commandement suprême sur les forces armées, qui est le principal moteur de la politique régionale et stratégique du régime.
La légitimité du pouvoir à Téhéran découle de la théorie du Wilayat al-Faqih, qui a été au cœur de la révolution iranienne de 1979 et qui a conféré au Guide suprême le pouvoir absolu, tant sur le plan religieux que politique, d'avoir le "dernier mot" sur la légalité et la moralité de toute mesure prise par l'État.
La Wilayat al-Faqih repose sur l'idée que le juriste mujtahid, un érudit religieux possédant une connaissance approfondie de la loi islamique, a le droit de diriger la société et de gérer ses affaires politiques et religieuses, en particulier en l'absence de l'imam infaillible du chiisme Twelver (le douzième imam ou le Mahdi attendu).
Le rôle du Guide ne se limite pas à la surveillance, mais s'étend à la définition des politiques générales du régime, en contournant le parlement, le pouvoir judiciaire et la présidence de la république, la priorité étant de préserver la révolution fondée par Ruhollah Khomeini, qui a renversé le régime du Shah.
En ce sens, le Guide devient l'architecte de l'ordre interne et régional, légitimant son influence sous une couverture religieuse et morale ininterprétable, offrant une protection politique et religieuse aux activités militaires et idéologiques, les forces armées et les alliés régionaux étant le fer de lance de la mise en œuvre de sa vision.
Khamenei : Le plus ancien dirigeant et le pilier de la prise de décision
Ali Khamenei (86 ans) reste l'autorité suprême en matière de prise de décision interne et externe en Iran. Il occupe le poste de guide suprême depuis 1989, dépassant ainsi les dix ans de mandat de son prédécesseur, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, à la tête du régime de la République islamique.
Khamenei était actif dans le mouvement islamique avant la révolution et, après 1979, il a occupé plusieurs postes, dont la présidence de la république dans les années 1980, avant d'assumer la fonction de Guide suprême après la mort de Khomeini.
Le Guide dispose de pouvoirs étendus et est l'arbitre final sur les questions sensibles liées à la religion, à la sécurité et à l'économie.
Il joue un rôle idéologique central qui assure la survie du régime et de la révolution. Son autorité dépasse les cadres gouvernementaux traditionnels et il détermine toutes les politiques et décisions qui doivent être conformes aux principes de la révolution et aux objectifs religieux du régime.
La relation entre le Guide et le Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) est de nature existentielle : le régime iranien ne peut être imaginé sans lui, et le CGRI ne peut accomplir ses missions régionales et de sécurité sans la couverture juridique et politique fournie par le Guide.
Le CGRI opère directement sous la supervision du Guide, n'est pas affilié à l'armée régulière ou au ministère de la défense et constitue la principale arme militaire du régime à l'intérieur et à l'extérieur du pays.
Le rôle du Guide consiste également à définir les politiques générales du régime, après consultation du Conseil d'orientation, afin de garantir leur cohérence avec les objectifs de la révolution et l'intérêt national, et à superviser leur mise en œuvre dans toutes les institutions gouvernementales.
Il a également le droit d'ordonner des référendums publics pour renforcer la légitimité des grandes décisions.
La légitimité religieuse comme base de l'influence régionale
L'Iran se présente comme le protecteur des musulmans opprimés dans le monde, sur la base de l'attente du retour du douzième imam. Ce concept se manifeste par le soutien de groupes alliés et par des interventions régionales qui renforcent l'influence de l'Iran et consacrent son rôle de puissance régionale aux dimensions religieuses et politiques.
Le Guide suprême est la voix centrale qui dirige la politique étrangère de l'Iran, fixant les priorités de la République islamique dans ses relations régionales, y compris les équilibres avec les voisins et ses politiques en Syrie, au Liban, au Yémen et dans le Golfe.
Le Hezbollah libanais est le principal bras militaire et politique de l'Iran au Liban. Il opère sous la supervision du CGRI et de la Force Qods, prolongement direct de l'autorité religieuse et politique de l'Iran.
Les Houthis au Yémen sont soutenus par Téhéran par le biais de missiles, de drones et de formations militaires, ce qui renforce la capacité de l'Iran à exercer des pressions dans le Golfe et au Moyen-Orient.
En outre, les milices chiites en Irak et en Syrie représentent une double force, militaire et politique, coordonnant directement avec le CGRI et la Force Qods.
Dans des déclarations récentes à l'AFP, un responsable du Hezbollah a souligné que le parti n'interviendrait pas militairement en cas de frappes limitées sur l'Iran, mais qu'il existait une ligne rouge consistant à viser le guide suprême Ali Khamenei, reflétant la centralité de sa personnalité et le lien entre sa survie et les politiques régionales de toutes les branches de l'axe dit de la "résistance".
Le Kataib Hezbollah irakien a appelé ses combattants à se préparer à l'éventualité d'une "longue guerre" dans la région, compte tenu de l'escalade des tensions et des menaces américaines de lancer des frappes militaires contre la République islamique d'Iran.
En ce sens, Khamenei est un symbole de légitimité religieuse et d'influence régionale, et constitue le centre de gravité du régime iranien, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Son rôle d'autorité religieuse mondiale se superpose à ses fonctions d'architecte de l'influence militaire et politique.
Il y a environ une semaine, des sources américaines ont révélé à Axios que l'administration du président Donald Trump envisageait actuellement une série d'options militaires pour traiter avec l'Iran, y compris la possibilité de cibler le guide suprême Ali Khamenei et son fils Mojtaba si les négociations sur le programme nucléaire iranien échouaient.