L'entrée en guerre des Houthis risque de déstabiliser davantage le transport maritime international si le groupe bloque le passage des navires en mer Rouge, comme il l'avait fait précédemment lors de la guerre d'Israël contre Gaza.
Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, sont entrés samedi dans la guerre qui dure depuis un mois en Iran, ajoutant un nouveau front à une situation déjà très volatile et qui évolue rapidement.
Le groupe a annoncé samedi qu'il avait tiré son premier barrage de missiles balistiques visant des "sites militaires israéliens sensibles" en soutien à la résistance iranienne et aux axes régionaux au Liban, en Irak et en Palestine.
Cette annonce intervient alors qu'environ 2 500 marines américains arrivent dans la région, faisant craindre que le président américain Donald Trump n'envisage un déploiement terrestre, et alors que le gouvernement pakistanais s'apprête à se réunir avec les puissances régionales dimanche pour discuter des moyens de mettre fin à la guerre.
Pourtant, les États-Unis et Israël continuent de frapper l'Iran, dont les attaques de représailles ont visé Israël et les États arabes du Golfe voisins. Jusqu'à présent, plus de 3 000 personnes ont été tuées sur tous les fronts de la guerre, en Iran, au Liban, en Israël, en Irak et dans les pays du Golfe.
La guerre, qui est entrée dans son deuxième mois, a menacé l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, provoqué une pénurie d'engrais et perturbé le trafic aérien dans la région. L'Iran maintient sa mainmise sur le détroit crucial d'Ormuz, ce qui ébranle les marchés et les prix à l'échelle internationale.
L'entrée en guerre des Houthis pourrait maintenant nuire davantage au transport maritime mondial si le groupe cible à nouveau les navires dans le détroit de Bab al-Mandeb, au large de la mer Rouge, par lequel transite généralement 12 % du commerce mondial.
L'Iran a accepté vendredi, à la demande des Nations unies, d'autoriser le passage de l'aide humanitaire et des cargaisons agricoles par le détroit d'Ormuz, qui est fermé depuis le début de la guerre, le 28 février.
Entre-temps, Donald Trump a donné à Téhéran jusqu'au 6 avril pour rouvrir la voie navigable sans condition, faute de quoi il s'exposerait à une escalade de l'intensité, affirmant que l'Iran serait frappé "plus durement qu'il ne l'a jamais été auparavant". Ce délai doit également permettre de poursuivre les efforts diplomatiques afin de trouver un moyen d'arrêter les combats.
En Iran, des témoins oculaires ont fait état de frappes intenses samedi en fin de journée et dans la nuit de dimanche à lundi, après que l'armée israélienne a déclaré avoir pris pour cible les installations de production d'armes navales du pays et qu'elle achèverait les attaques contre les usines de production d'armes essentielles dans les "quelques jours" à venir.
L'Iran a réagi en tirant sa propre vague de missiles et de drones sur Israël, que Tsahal dit avoir interceptés. Les États du Golfe ont également signalé avoir intercepté tôt dans la matinée des flottes de drones et de missiles tirés depuis Téhéran.
Israël poursuit également ses opérations terrestres au Liban où les troupes de l'IDF continuent de combattre les éléments du Hezbollah soutenus par l'Iran, dans une tentative, comme l'a décrit le Premier ministre Benjamin Netanyahu, "d'étendre la zone tampon pour protéger les communautés du nord d'Israël".
Un soldat israélien a été tué au combat au Liban et trois autres ont été blessés, ce qui porte à cinq le nombre de victimes militaires depuis qu'Israël a relancé sa guerre contre le Hezbollah le 2 mars.
Samedi, une frappe israélienne a tué trois journalistes dans le sud du Liban, les autorités libanaises dénonçant l'attaque comme un "crime de guerre". L'armée israélienne a déclaré qu'elle avait spécifiquement ciblé l'un d'entre eux, un reporter bien connu du réseau Al Manar du Hezbollah, l'accusant d'opérer "au sein de l'organisation terroriste du Hezbollah sous l'apparence d'un journaliste".
Par ailleurs, le Pakistan a annoncé que l'Arabie saoudite, la Turquie et l'Égypte enverraient des diplomates de haut niveau à Islamabad pour des pourparlers visant à mettre fin à la guerre, et qu'ils arriveraient dimanche pour une visite de deux jours.
Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a déclaré que le président iranien Masoud Pezeshkian et lui-même avaient eu des "discussions approfondies" sur les hostilités régionales.
Toutefois, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré par téléphone à son homologue turc que Téhéran était sceptique quant aux récents efforts diplomatiques. Selon les médias iraniens, Araghchi a accusé les États-Unis de formuler des "exigences déraisonnables" et de mener des "actions contradictoires".
L'envoyé de Trump, Steve Witkoff, a déclaré que Washington avait remis à l'Iran une "liste d'actions" en 15 points en vue d'un éventuel cessez-le-feu, avec une proposition de réouverture du détroit d'Ormuz et de restriction du programme nucléaire iranien, qui est au cœur des tensions avec les États-Unis et Israël.
Téhéran a rejeté cette liste et a présenté une proposition en cinq points comprenant des réparations et la reconnaissance de sa souveraineté sur la voie navigable.
Islamabad, qui est apparu comme un médiateur possible en raison de ses bonnes relations avec les États-Unis et l'Iran, a déclaré qu'il s'efforçait de combler le fossé entre les deux parties et de mettre fin aux hostilités et aux troubles dans la région le plus rapidement possible.
Après un mois de combats, le nombre de morts a dépassé les 1 900 en Iran, 1 100 au Liban, 22 dans les États du Golfe, 20 en Israël et 13 membres des forces armées américaines.