Le juge Juan Carlos Peinado a retenu plusieurs chefs d'accusation à son encontre, dont le détournement de fonds, le trafic d'influence, la corruption et l'appropriation illicite à l'issue d'une enquête pénale de plusieurs années.
Begoña Gómez, épouse du Premier ministre Pedro Sánchez, a été formellement mise en examen pour corruption à l'issue d'une enquête pénale de plusieurs années, selon une décision de justice rendue publique lundi.
Le juge Juan Carlos Peinado a ouvert l'enquête en avril 2024 afin de déterminer si Mme Gómez avait exploité sa position d'épouse du chef du gouvernement à des fins personnelles, ce qu'elle et le Premier ministre contestent.
Le dossier porte notamment sur la création – jugée rapide – et la gestion d'une chaire à l'université Complutense de Madrid, co-dirigée par Gómez, ainsi que sur l'usage présumé de ressources publiques et de réseaux personnels pour servir des intérêts privés.
Le magistrat a recensé douze indices de trafic d'influence, parmi lesquels des réunions à La Moncloa, résidence du Premier ministre, et des courriels envoyés depuis le serveur institutionnel de la présidence du gouvernement.
Begoña Gómez est ainsi mise en cause pour détournement de fonds publics, trafic d'influence, corruption dans les affaires et appropriation illicite.
Le magistrat a écarté le délit d'intrusion professionnelle faute de preuves, mais estime qu'il existe suffisamment d'éléments pour engager des poursuites sur les quatre autres chefs d'accusation.
La décision concerne également la conseillère Cristina Álvarez et l'homme d'affaires Juan Carlos Barrabés, eux aussi mis en cause dans cette enquête.
Cette affaire fait partie de plusieurs dossiers de corruption impliquant l'entourage du dirigeant socialiste et d'anciens alliés, accentuant la pression sur son gouvernement de coalition minoritaire.
Les avocats de la défense, le parquet et les parties civiles disposent de quatre jours pour se prononcer sur l'ouverture d'un procès.
L'affaire a débuté en 2024 à la suite d'une plainte déposée par Manos Limpias, un groupe anticorruption aux liens avec l’extrême droite, avant d'être rejointe par d'autres associations.
Le juge a toutefois exclu cette organisation de la procédure en novembre 2025 pour ne pas avoir versé la caution exigée pour se constituer partie civile, même si l'enquête s'est poursuivie.
Au cours de l'instruction, le ministère public a demandé à plusieurs reprises le classement de l'affaire, tandis que les parties plaignantes ont au contraire plaidé pour sa poursuite. La décision judiciaire ouvre désormais la voie à la phase finale avant l'éventuelle ouverture d’un procès, sans mention d’un renvoi devant la cour d’assises.
Affrontement politique autour des poursuites visant Begoña Gómez
Le Premier ministre a dénoncé une instrumentalisation politique de l'affaire par la droite, tandis que l'opposition réclame sa démission.
Plusieurs ministres ont défendu Begoña Gómez, estimant que les juridictions supérieures annuleront la décision et réaffirmant son innocence présumée.
Le Parti populaire (PP) qualifie la situation d'"absolument incroyable".
Le PSOE affirme de son côté que l'affaire est "infondée" et dénonce une stratégie politique de la droite et de l'extrême droite, tandis que Sumar parle d'une enquête "douteuse". À l'inverse, le dirigeant de Vox, Ignacio Garriga, s'est félicité de la décision judiciaire et appelle désormais à poursuivre directement Pedro Sánchez.
Actuellement en déplacement officiel en Chine aux côtés de son mari, Begoña Gómez nie fermement toute irrégularité.