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Fermez le robinet avant d’éponger : les renouvelables plus rentables que la capture directe

Des éoliennes fonctionnent le long d’une ferme solaire près de Weifang, dans la province du Shandong, dans l’est de la Chine, le 22 mars 2024.
Des éoliennes fonctionnent le long d'une centrale solaire près de Weifang, dans la province orientale du Shandong, en Chine, le 22 mars 2024. Tous droits réservés  Copyright 2024 The Associated Press. All rights reserved
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Par Liam Gilliver
Publié le
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Capture directe du CO2: présentée comme essentielle pour les objectifs climatiques de l’UE, mais est-ce le moment d’investir ?

L’argument en faveur de lourds investissements dans la capture directe de l’air (DAC) « s’affaiblit considérablement » lorsqu’il est question des énergies renouvelables, selon une nouvelle analyse.

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Les technologies de DAC, qui utilisent des réactions chimiques pour extraire le dioxyde de carbone de l’air, occupent une place croissante dans le débat sur l’action climatique.

L’an dernier, le groupe de réflexion du Parlement européen a publié une étude affirmant qu’un « portefeuille diversifié » de retraits de CO2, incluant la DAC, est « essentiel » pour atteindre l’objectif de neutralité climatique de l’UE en 2050 et maintenir le réchauffement mondial dans la limite de 1,5 à 2 °C.

« Cependant, la réduction des émissions doit être prioritaire », peut-on lire dans le document (source en anglais). « Si, dans un premier temps, le budget mondial d’émissions est dépassé et que les retraits ne sont appliqués qu’ensuite, on ne peut pas garantir que la température redescendra. »

Qu’est-ce que la capture directe de l’air ?

Les technologies de DAC existent sous de nombreuses formes, mais la plupart des procédés suivent les mêmes étapes. L’air ambiant est d’abord aspiré dans le système, où le CO2 est isolé et séparé au moyen d’un procédé chimique ou physique.

Ce CO2 quitte ensuite le système sous sa forme la plus pure, où il peut être définitivement soustrait à l’atmosphère ou réutilisé.

« Le CO2 capturé peut être injecté en profondeur sous terre pour être stocké dans certaines formations géologiques », explique le World Resources Institute.

« Il peut aussi être utilisé dans des produits, mais la quantité de dioxyde de carbone stockée et la durée de ce stockage varient. Des matériaux comme le béton peuvent séquestrer le CO2 pendant des siècles, tandis que des produits comme les boissons ou les carburants de synthèse rejettent rapidement ce carbone dans l’atmosphère. »

Capture directe de l’air et énergies renouvelables

Une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Communications Sustainability (source en anglais) a montré que l’argent investi dans le déploiement de l’éolien ou du solaire procure davantage de bénéfices combinés pour le climat et la santé publique que la même somme consacrée à la DAC, même dans des scénarios « extrêmement optimistes ».

Des chercheurs de PSE Healthy Energy, en Californie, ont modélisé les avantages de déploiements de DAC, de solaire à grande échelle et d’éolien terrestre de coût équivalent dans 22 régions de réseaux électriques aux États-Unis entre 2020 et 2050.

L’équipe a d’abord testé un scénario de DAC fondé sur les performances commerciales actuelles, dans lequel il faut environ 5 500 kilowattheures d’énergie pour capturer une tonne américaine de CO2, pour un coût de 1 000 dollars (environ 851 €). Elle a ensuite testé un scénario de progrès ambitieux dans lequel la consommation d’énergie de la DAC baisse de plus des deux tiers et son coût de moitié (1 500 kWh et 500 dollars – 425 € – par tonne).

Dans les deux cas, les énergies renouvelables apportaient toujours davantage de bénéfices climatiques et sanitaires par dollar au niveau national. Avec les performances commerciales actuelles, une DAC raccordée au réseau produisait en réalité, d’ici 2050, plus de gaz à effet de serre et de dommages liés à la pollution atmosphérique qu’elle n’en compensait.

La raison est que si la DAC est branchée sur un réseau alimenté ne serait-ce qu’en partie par des combustibles fossiles, sa construction génère de nouvelles émissions de dioxyde de soufre, d’oxydes d’azote et de particules fines, concentrées dans les communautés vivant à proximité des centrales qui fournissent cette électricité.

Le déploiement des renouvelables produit l’effet inverse, apportant des bénéfices sanitaires dans toutes les régions et dans tous les scénarios modélisés.

Les scientifiques ont aussi modélisé une « percée » technologique (800 kWh et 100 dollars – 85 € – par tonne), correspondant à la borne la plus basse des projections publiées. Dans ce scénario, le solaire et l’éolien restaient plus performants que la DAC sur de vastes portions du pays.

Obtenir le meilleur rapport coût-efficacité des mesures climatiques

« Il existe aujourd’hui une palette de plus en plus large d’interventions pour atténuer les gaz à effet de serre, qui peuvent aussi avoir un impact sur la santé publique », explique le Dr Jonathan J. Buonocore, auteur principal et professeur assistant de santé environnementale à la Boston University School of Public Health.

« Nos travaux montrent ici la force des analyses coût-efficacité pour s’assurer que les capitaux investis dans l’atténuation du changement climatique offrent le meilleur rapport coût-efficacité pour le climat, tout en ayant le moins d’effets secondaires possible. »

Les auteurs soulignent que cette analyse ne constitue pas un réquisitoire contre les technologies de DAC, qui pourraient malgré tout contribuer à réduire le CO2 déjà présent dans l’atmosphère une fois que les émissions en cours auront été largement réduites.

« Si votre évier déborde, commencez par fermer le robinet avant de passer la serpillière », illustre le Dr Yannai Kashtan, auteur principal et spécialiste de la qualité de l’air chez PSE Healthy Energy.

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