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Les prix de l'électricité deviennent négatifs en Europe : pourquoi ce n'est pas une bonne nouvelle

Sur cette photo d’archive du 23 août 2013, des éoliennes se découpent sur le soleil couchant alors qu’elles produisent de l’électricité près de Beaumont, Kansas.
Sur cette photo d’archives du 23 août 2013, des éoliennes se détachent sur le soleil couchant près de Beaumont, au Kansas, produisant de l’électricité. Tous droits réservés  Copyright 2013 AP. All rights reserved.
Tous droits réservés Copyright 2013 AP. All rights reserved.
Par Liam Gilliver
Publié le
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Prix négatifs de l'énergie : un répit apparent qui freine les investissements dans les renouvelables

La flambée de l’énergie solaire et éolienne est attribuée à l’augmentation des prix négatifs de l’électricité qui déferlent sur l’Europe.

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Selon le cabinet d’analyses Montel (source en anglais), les prix négatifs de l’électricité ont atteint un niveau record dans la péninsule Ibérique au premier trimestre 2026. Cela se produit lorsque le prix de gros de l’électricité passe sous zéro, l’offre dépassant la demande.

L’Espagne a été la plus touchée, avec 397 heures de prix négatifs entre janvier et mars, un bond spectaculaire par rapport aux 48 heures enregistrées sur la même période en 2025, tandis que le Portugal a atteint 222 heures de prix inférieurs à zéro sur la même période.

Une autre analyse de Bloomberg (source en anglais), fondée sur des données d’Epex Spot SE, a montré qu’en France, le nombre d’heures de prix inférieurs à zéro a presque doublé cette année par rapport à 2025, tandis que l’Allemagne a également enregistré une hausse de 50 %.

La plupart des prix négatifs ont été enregistrés en avril, en raison d’un pic de production solaire lié à l’allongement des journées. Des conditions venteuses balayant l’Europe ont aussi dopé la production éolienne, ce qui signifie que plus d’énergie est produite que nécessaire.

Le cabinet de conseil espagnol AleaSoft Energy Forecasting a constaté que l’Allemagne avait enregistré, le 5 avril, le prix moyen journalier de l’électricité le plus bas, à −16,34 €/MWh. Le même jour, le marché français affichait un prix moyen journalier négatif de −3,56 €/MWh, tandis que la Belgique enregistrait un prix moyen de 0,05 €/MWh.

Les marchés britannique, nordiques et néerlandais ont enregistré leurs plus bas niveaux moyens quotidiens depuis octobre 2025, à respectivement 6,85, 7,61 et 14,46 €/MWh.

Si les prix négatifs de l’électricité peuvent sembler une bouffée d’oxygène dans un contexte de flambée des coûts de l’énergie, ce phénomène en hausse ne fera en réalité pas baisser vos factures.

Pourquoi les prix de l’électricité deviennent-ils négatifs ?

Les prix de l’électricité deviennent négatifs lorsque l’offre dépasse la demande. Sur le marché européen au jour le jour, les producteurs d’énergie soumettent des offres indiquant quelle quantité d’électricité ils vendront et à quel prix. Normalement, ce prix est positif.

Cependant, à l’arrivée du printemps et avec des journées plus longues, des conditions météorologiques idéales peuvent fortement doper la production de solaire et d’éolien, ce qui entraîne une production d’énergie supérieure aux besoins. Cela se produit souvent lors des jours fériés, quand la consommation est plus faible que d’habitude.

Les producteurs peuvent alors se surenchérir à la baisse, en fonction de leurs coûts d’exploitation et de redémarrage, afin d’éviter d’être arrêtés (bridés). Ils le font parce qu’ils continuent soit à gagner de l’argent grâce aux subventions ou aux contrats, soit perdraient davantage en cas de limitation de leur production.

L’an dernier, par exemple, le Royaume-Uni a gaspillé la somme stupéfiante de 1,47 milliard de livres (environ 1,67 milliard d’euros) en arrêtant des éoliennes et en payant des centrales à gaz pour qu’elles se mettent en marche.

Comment l’Europe peut-elle mettre fin aux prix négatifs de l’électricité ?

Mettre fin aux prix négatifs de l’électricité est loin d’être simple. Le réseau énergétique européen obsolète n’a jamais été conçu pour le boom des renouvelables et reste pensé pour de grandes centrales centralisées. Résultat : l’énergie éolienne et solaire, souvent produite dans des zones reculées, ne parvient pas toujours là où elle est nécessaire, comme dans les foyers et les bureaux.

Même si les investissements dans le réseau ont augmenté de 47 % en Europe au cours des cinq dernières années pour atteindre environ 70 milliards d’euros par an, les experts avertissent que cela reste insuffisant.

Un rapport récent du groupe de réflexion énergétique Ember avertit que plus de 120 GW de capacités renouvelables prévues sont menacés en raison de « l’insuffisance de capacité du réseau » en Europe. Cela inclut 16 GW d’installations solaires en toiture, ce qui aurait un impact sur plus de 1,5 million de ménages à travers le continent.

Offrir de l’énergie gratuite ou à prix réduit est un autre moyen de lutter contre les prix négatifs de l’électricité, une incitation déjà à l’étude au Royaume-Uni. Greg Jackson, directeur général d’Octopus Energy, qui milite de longue date pour des réformes visant à proposer une énergie moins chère plutôt que de brider l’éolien, estime que de telles initiatives devraient être pérennisées afin d’inciter les consommateurs à investir dans l’électrification.

Le stockage par batterie est-il la solution ?

Le principal problème lié aux prix négatifs de l’électricité est qu’il est difficile de stocker les excédents. Cela a ravivé les appels à renforcer les systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) en Europe.

L’an dernier, l’UE a installé 27,1 GWh de nouveaux BESS, signant ainsi douze années consécutives de croissance record.

Selon un rapport 2026 de Solar Power Europe (source en anglais), malgré un décuplement de la capacité de batteries de l’UE depuis 2021, pour atteindre aujourd’hui plus de 77 GWh, l’Europe reste « très loin du niveau nécessaire ».

Pour atteindre ses objectifs pour 2030, l’UE doit à nouveau multiplier par dix cette capacité, en faisant passer le stockage par batterie à 750 GWh au cours des cinq prochaines années.

Cinq marchés de l’UE ont assuré plus de 60 % de toutes les nouvelles capacités de BESS en 2025, l’Allemagne et l’Italie étant en tête. La Bulgarie est devenue le marché à la croissance la plus rapide, grimpant à la troisième place, suivie des Pays-Bas et de l’Espagne.

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